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Jeudi 20 novembre 2008 4 20 /11 /Nov /2008 15:53

J’ai passé le week end à Givors à côté de Lyon avec la famille de Fakraddine Zaraï, ce jeune mort dans sa cellule, le 8 août dernier, à la prison de Saint Quentin Fallavier, dans des conditions on ne peut plus troubles.

 

Fakraddine était à quelques jours de sa sortie à l’issue d’une peine de huit mois durant laquelle le bracelet électronique lui avait été refusé, par la juge d’application des peines, ainsi que la libération conditionnelle au motif que le certificat d’embauche, présenté dans le dossier, venait du mari de sa sœur.

 

Pour précision cet homme dirige une entreprise sérieuse et florissante.

 

La famille a été prévenue 12 heures après le drame, ce qui est inacceptable, a du lutter bec et ongles, durant un mois ½ afin de récupérer les affaires personnelles de Fakraddine et pour ce faire a du faire appel au procureur de la République pour être enfin entendue.

 

Une enquête est actuellement en cours.

 

L’article D 427 du CPP pose le principe qu’en cas du décès du détenu, de maladie mettant ses jours en danger, d’accident grave ou de placement dans un établissement psychiatrique, la « proche famille doit en être immédiatement informée ».

 

Une chose me semble certaine, c’est que suicide ou mort suspecte, il est intolérable qu’une personne détenue meure en prison et, qui plus est, lorsqu’elle demande à travailler ou à bénéficier du bracelet électronique.

 

Une marche à été organisée à Givors à laquelle se sont jointes de nombreuses personnes en soutien à la famille. A l’issue de la marche, j’ai pris la parole au nom de l’ARPPI, Association pour le Respect de Proches de Personnes Incarcérées, dont je suis la présidente.

 

Je me suis adressée à tous ceux et celles qui étaient présents, mais en particulier aux nombreux jeunes venus pour la terrible occasion, afin de les sensibiliser sur le fait qu’ils pourraient être un jour les prochains Fakraddine si ils se trouvaient incarcérés.

 

A tous j’ai tenté de faire comprendre l’importance de savoir pourquoi à l’avenir ils ne voudront pas aller en prison. Puis, pour légitimer mes paroles, je leur ai parlé de mes deux fils en prison et en particulier de Cyril qui la veille de mon départ pour Givors devait sortir en permission.

 

Je leur ai raconté un bout de notre histoire. « Avant hier 13 novembre à 8 heures du matin l’épouse de Cyril qui se trouvait devant la prison de Liancourt, pour l’accueillir dés sa sortie, m’appelle affolée pour me prévenir que Cyril n’est pas sorti comme prévu parce qu’il a été transféré à l’hôpital dans la nuit.

 

Cette scène est carrément indescriptible tellement l’angoisse était énorme. A ce moment précis seule l’image de la mort de Fakraddine planait devant mes yeux.

 

J’ai téléphoné partout et à tout le monde.

 

Le service des urgences de l’hôpital m’a raccroché au nez, le surveillant pénitentiaire qui parlait à ma belle fille, et que j’entendais bredouiller au bout du fil, n’a pas voulu me prendre en ligne.

 

C’était l’horreur totale en ce jour qui devait être jour de fête.

 

J’ai fini par savoir à 10 heures 30 après deux heures et demie d’angoisse que Cyril était vivant et qu’il avait été enchaîné comme une bête à un lit d’hôpital alors qu’il aurait du être en permission.

 

Et pourtant, Cyril qui a fini par sortir après avoir signé une décharge et avec des heures de retard et bien que la juge d’application des peines ait refusé une prolongation de sa permission, m’a dit après quelques heures passées avec lui et ma petite fille, de venir vous rejoindre ici pour vous soutenir puisque je m’y étais engagée ».

 

Puis, Nabila la sœur de Fakraddine qui avait organisé la marche et m’y avait invitée, Nadia Soltani du (collectif Belgacem) qui a également perdu son frère en prison ainsi que Karine Bergne ( Faites la lumière en détention) qui a perdu son époux, le père de sa petite fille, sont intervenues à leur tour pour interpeller les personnes présentes, en particulier les jeunes, sur le douloureux sujet du suicide en prison.

 

Quant au maire de Givors, qui s’était déplacé pour l’occasion, il a eu les mots justes et a rappelé avec beaucoup d’émotion dans la voix les chiffres liés au suicide en prison et la réalité du délabrement carcéral.

 

S’il reste très difficile de s’opposer à l’offensive sécuritaire et au discours la concernant, il y a néanmoins urgence pour les membres de l’ARPPI et tous les acteurs de la cause carcérale, à se mobiliser pour faire évoluer les mentalités sur le sujet du suicide en prison et celui de la réinsertion.

 

Il est important de faire comprendre aux plus nombreux que la réinsertion n’est ni un cadeau , ni une faveur faite aux personnes détenues mais une nécessité absolue. Quant au suicide c’est l’évasion ultime qui place l’administration pénitentiaire devant un échec mais aussi toute la société face à celui ci.

 

La prévention de l’un et la promotion de l’autre passent obligatoirement par le maintien des liens familiaux parce que nous, familles et proches, sommes les meilleurs garants de celles ci. Il incombe à l’état d’assurer le suivi des actes qu’il réprime et il doit pour cela donner les moyens aux instances politiques et administratives travaillant sur la problématique carcérale afin qu’elles puissent œuvrer concrètement au maintien effectif des liens familiaux.

 

A ce moment seulement, familles et proches de personnes détenues pourront mettre en œuvre une aide pleine et efficace pour que nos proches incarcérés n’essaient plus d’attenter à leurs jours et puissent enfin souscrire et adhérer durant la détention, au contrat social en vue de leur libération.

 

Catherine présidente A.R.P.P.I

Par Catherine
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Dimanche 25 mai 2008 7 25 /05 /Mai /2008 00:22

Je suis tombée sous mes aiguilles
Flanquée de mon manteau de brume
Perdu mon âme, cœur en exil
Flocons de nuit, déchets de lune.
Minée par un mal silencieux
Mes fonds marins m'ont entraîné
Comme un noyé lassé des cieux
Toucher le fond pour oublier

 

 La vie efface

Les infortunes

Les fonds d'amer

Et d'océans

Toutes les violences

Ourlées d'écume

Les vagues à l'âme

Et les tourments.

 

J'ai fait comme si, j'ai fait semblant

Surtout cacher la vérité

De feu de paille, en feu de camp

Brûlé l'ennui à mes brasiers

Et tout au fond de ma souffrance

Une voix disait de n'pas flancher

De tenir bon que l'existence

Finirait par me révéler.

 

La vie efface

Les infortunes

Les fonds d'amer

Et d'océans

Toutes les violences

Ourlées d'écume

Les vagues à l'âme

Et les tourments.

 

 

J'ai recousu mes déchirures

Au fil du temps et des saisons

Ma peur du vide et mes fêlures

Tourné le dos à mes prisons

Pleurs et colères qui nous consument

Cris de silence, sable émouvant

Tout c'qui enferme et qui embrume

Mes vents du sud et tous les vents.

 

 

La vie efface

les infortunes

Les fonds d'amer

Et d'océans

Toutes les violences

Ourlées d'écume

Les vagues à l'âme

Et les tourments.

 

 

Allongée sous le toit céleste

J'ai siroté la voie lactée

Pressé d'étoiles jusqu'à l'ivresse

Eclats de ciel, folles nuitées

Matins radieux plein de couleurs

Croissant de lune dans mon café

Bouts de soleil mixés au cœur

La vie au petit déjeuner.


 

Par Catherine - Publié dans : SLAM - Communauté : Oeil alarme ou larme à l'oeil
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Dimanche 18 mai 2008 7 18 /05 /Mai /2008 00:16

Politique nationale
Malgré les circonstances
Qui nomme la résistance
Pathologie sociale
Des suppressions de postes
Pour beaucoup d'enseignants
Comment passer en force
Par le gouvernement
Un service minimum
Qui tue le droit de grève
De sévices en réformes
Dire non du bout des lèvres
Un président classé
Monument hystérique
Qui prône laïcité
Et agit hérétique
Un commandant Darcos
Qui veut mater ses troupes
Avec son vieux matos
Fait déborder la coupe
Mais le « Temple scolaire »
C'est comme au Guyana
C'est une dérive sectaire
Où les gourous sont rois.
Ils pondent des lois iniques
Qu'ils font passer en force
Des idéaux logiques
Dont l'pouvoir les renforce
Une société secrète
Qui agit dans l'occulte
Qui fait de se adeptes
Délinquants ou incultes
Mais y'a des lycéens
Qui rêvent d'un autre monde
Qui en ont marre du vain
Du vent et de l'immonde
Qui descendent dans la rue
Sans les parents d'élèves
Puis retournent au bahut
Bienvenue à la relève
Comme en mai 68
Faudrait que ça explose
Pour l'année 2008
Faire péter les nécroses
Faire de l'éducation
Une vraie priorité
Pour fermer les prisons
Et tout recommencer.


 


 

Par Catherine - Publié dans : SLAM - Communauté : Oeil alarme ou larme à l'oeil
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Samedi 17 mai 2008 6 17 /05 /Mai /2008 21:40

 

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ARTE RADIO: JOUR DE PARLOIR,
Catherine a deux enfants en prison...
Elle va au parloir, accompagnée par Joseph Beauregard.
Un GRAND reportage a écouter absolument !

Par Catherine - Publié dans : INTERVIEW - Communauté : Fraternité a perpète
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Samedi 17 mai 2008 6 17 /05 /Mai /2008 21:39



Cliquez sur l'invitation


Un documentaire de Saïd Remli et Guillaume Estivie, dans lequel Catherine s'exprime sur les conditions de détention, aux côtés de nombreux autres intervenants.
Travailleurs sociaux, personnalités politques, anciens détenus, surveillants de prison.
Un documentaire sans concessions à voir absolument.

 

Par Catherine - Publié dans : EVENEMENT - Communauté : Fraternité a perpète
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Vendredi 16 mai 2008 5 16 /05 /Mai /2008 21:27

Il paraît qu'écrire sa vie sur un blog est indécent, voire vulgaire. Je dis faux. C'est de la Net-analyse, moins chère qu'un psy qui garderait mon ombre et mon Oedipe planqués sous son divan...

Tout le monde m'appelle Catherine. Ce n'est pas mon vrai prénom. C'est celui de ma petite soeur décédée en 1973. Mon prénom à moi c'est Claude. Je m'appelle Claude Charles-Catherine avec un trait d'union. Je suis née buleuse et en colère couleur désastre le 11 septembre 1953 à Paris 14 ème, d'une mère bourguignonne née à Pommard et d'un Père martiniquais né à Gros Morne. Petite métisse stase née d'un excès lacté et d'un cancer du cacao, j'ai la couleur du lait, la force et l'intensité du chocolat.

Semblable, perverse, délurée, masochiste, refoulée, inféconde, violée, demandeuse, incréée, démunie, désespérante, désespérée, enfermée et maintenue des années, dans la liste non exhaustive de mes états boulets. Une plaque d'égo sur mon âme, ma vie s'est étiolée, rétrécie, effondrée sur mon petit moi.

A ce rythme, je n'm'approche guère des étoiles...

Je m'étais dit qu'un jour, si j'arrivais à sortir de la drogue, cigarette comprise, de la maladie en général, du sida en particulier, je viendrais partager mon expérience avec d'autres.

Avec l'envie de vivre et de guérir chevillée au corps, j'ai décidé d'explorer toutes les voies, au sens noble du terme, pour recouvrer mes forces, mes choix et la santé. Conviction profonde et absolue qu'au fond de soi, chacun possède le pouvoir de se guérir ou, à défaut, d'aller mieux.

Des années d'abstinence plus tard, en décryptant mon mode d'emploi je l'ai compris. Je me suis pardonnée. J'ai innocenté mes présomptions. J'ai ressuscité mon moi et l'ai « dé corrompu » de ses imperfections. Puis, je me suis aimée. J'ai libéré de ses barrages le torrent de mon coeur. Je l'ai laissé couler à nouveau, émerveillée de me savoir vivante et offerte à l'amour.

Je ne parle pas de cet amour qui enchaîne à l'autre. Non. Je parle de celui qui change la réalité apparente des choses en quelque chose de magique et qui donne une saveur toute particulière et nouvelle à la vie.

Alors que je commençais à ne plus y croire et que la culpabilité disputait au désespoir la paternité de ma souffrance, je l'ai cueilli au coeur de mes moroses et de mes épines de mère. Ces fleurs de fraternité ont poussé dans les endroits les plus inattendus. Parfois même, au fin fond d'une immonde prison, dans les entrailles de laquelle l'un de mes garçons se faisait torturer ou dans un bled au fin fond du Vercors, de l'Afrique ou d'ailleurs. Partout où je m'y attendais le moins et même sur internet où pensées virtuelles et roses androïdes m'ont été offertes parfois par brassées.
Ces rencontres ont été déterminantes pour la plupart. Pour les meilleures d'entre elles, il m'a fallu ouvrir grand mes yeux, mon coeur et mon esprit et regarder la vie au delà de mes murs. Je les ai débusquées derrière un regard, un sourire, un acte d'amour ou de fraternité. D'humanité tout simplement...

Elles m'ont aidée à déverrouiller mes possibilités et à trouver une issue à ma douleur. J'ai ressuscité mes envies, sorti mon libre arbitre de ses filets, donné du relief à mes choix et viré mes : parce que et mes : pourquoi moi ?

Petite luciole poussée par mes vents contraires j'ai arrêté de virevolter autour de la lumière, elle qui me tamisait et surtout m'éteignait. La souffrance m'a donné le choix entre me battre et abdiquer. J'ai fait le tri et j'ai choisi la vie...

Mais, pour mieux comprendre mon parcours, un petit retour en arrière s'impose, là où commencent mes souvenirs...

Hôpital silence, blouse blanche et secret...Ma mère est entrée dans le bureau du docteur psychiatre après m'avoir demandé de l'attendre sagement dans cet horrible couloir...J'ai le coeur au bord des lèvres...Odeur d'éther et ventre serré. Je vous en prie madame, asseyez vous...Chuchotements couperet... « ca rac té rielle », votre fille est « caractérielle ». J'ai tout entendu. Je ne sais pas ce que ça veut dire vraiment mais, j'ai compris que c'est une maladie.

Avec ce seul mot, Le docteur vient d'enfermer dans son « fourre tout » médical mes peurs, mes angoisses, mon anxiété de petite fille. Occultée l'ambiance à la maison d'une violence inouïe. Tout ça parce que j'ai refusé de faire ses tests à la con. Il m'a demandé de dessiner un arbre. Moi, je dessine très bien j'ai pris mon temps pour reproduire à l'identique le vieux pommier, du verger de mon grand père, tordu et nervuré. Mais, je n'allais pas assez vite à son goût. Il a ensuite voulu qu je mettre des cubes l'un sur l'autre suivant leur face et je ne sais quoi d'autre d'affligeant pour mesurer mon intelligence.

Ensuite, il m'a demandé si j'avais déjà eu des rapports sexuels. Je ne savais même pas ce que ça veut dire, ou si je jouais avec des garçons. Non j'ai répondu je me bats avec eux quand ils embêtent mon petit frère. Puis, il a fait le tour de son bureau et m'a demandé de baisser ma culotte aux pieds de ma chaise. Il a glissé sa main entre mes cuisses, au bord des lèvres, doucement, furtivement, du bout des doigts, sans forcer. Il m'a demandé de ne rien dire à ma mère avec des mots de docteur, comme un secret d'initié qui n'intéressait pas les adultes et encore moins les parents. En clair, il m'a saoulée et je l'ai détesté d'emblée. Je ne suis pas folle ok ? Je manque juste de concentration et j'ai une sensibilité exacerbée. Je m'ennuie en classe tout me semble trop lent. Je suis une hyperactive avec des collisions de pensées incessantes qui me perturbent . j'ai droit à deux bureaux et quatre cases au fond de la classe dans lesquelles je ne retrouve jamais rien. Je bouge tout le temps. Je suis une « zenophobe » probablement... Pour faire mes devoirs correctement il me faudrait du calme à la maison. Or, chez nous la météo familiale est complètement déboussolée. C'est un jour soleil, un jour nuage, pluie de coups et tonnerre de voix. Et même si derrière les cris de mon père brille l'amour de ma mère, impossible d'apprendre une leçon. La terreur règne en maître à la maison.

J'ai une dizaine d'années. Gros temps dans mon coeur. Les gourous institutionnels l'ont décidé. Je suis malade... Je dois prendre des cachets...

En classe, pas de concentration, je suis ailleurs. Avec ma mère pour la plupart du temps. J'ai peur qu'elle ait mal. Que mon père lui fasse mal. Je n'apprends rien à l'école. Tant et si bien qu'elle a décidé de me placer chez les soeurs, avec la mienne... Nous ne rentrons que le week end à la maison. Pour une fois, je ne suis pas mécontente de quitter la prison familiale. Debout sur mes rêves je guette mon destin.

Plage de douceur... Odeur de cire... encens d'église...Catherine s'est évanouie deux fois à la messe... exode de la mémoire... Dentelle des souvenirs... Psy tes cachets font foi...

Lorsque nous sommes sages, soeur Marie Dolorès nous permet de lire « La vie des saints » avant de dormir. J'adore lire. Chut...Je ne dois pas employer ce verbe, les soeurs disent qu'il n'y a que Dieu que l'on doit adorer...L'histoire de la vie des saints me fait pleurer. Pas des larmes de peine. Non. des larmes de coeur, c'est pas pareil. J'aime cette sensation. Je la crée, je l'invente même. D'ailleurs, pour la retrouver je chante souvent des chansons tristes dans une langue inconnue. Elles «métallisent » mes pensées d'un composite acier qui me renforce tout en me faisant vibrer. Elles sortent de mes tripes, me bercent, m'apaisent et me font voyager. Née du bonheur d'être triste une vague mélancolique déferle de mes yeux dés que je les entonne. Elles s'envolent dans ma voix et ne m'impriment pas. Mes racines parlent au désespoir qui étouffe mon enfance. Blues d'école de la vie. J'y dérive comme un morceau de banquise au soleil. ...

Je trouve les saints merveilleux. Eux aussi font du bien à ma tristesse. Plus tard, comme métier je veux faire sainte. Pas religieuse, non, c'est toujours pareil et je déteste leurs vêtements. Je veux être sainte. Sainte Thérèse d'Avilla, sainte Bernadette ou Saint François d'Assise, mon préféré.

Catéchisme ! Soeur Raphaël m'appelle depuis cinq minutes déjà pour son cours. Elle passe et repasse devant ma cachette. Dans mon placard je ne bouge pas, je ne respire pas non plus. Je ne veux pas qu'elle me voie. Je sais que c'est péché mais je ne veux pas y aller. Tant pis ! Je ferais un « notre père » et un « Avé » et puis aussi un dessin du paradis avec Adam et Eve, je lui avais promis.

Samedi à la confesse, je n'en dirais rien au curé car, même si il ne dit rien à Dieu, à elle, il va le répéter. J'aime trop soeur Raphaël, je ne veux pas lui faire de peine. De toute façon, ça changera pas grand chose, J'invente les 3/4 de mes péchés. Les vrais sont creux, insipides, identiques : Colère, jalousie, gourmandise. Ils me font honte, ils m'ennuient aussi. Dieu ne m'en voudra pas, il sait lui aussi que je suis malade d'ailleurs il a du le savoir bien avant les médecins. Pour soeur Raphaël il le saura aussi. Il le sait sûrement déjà puisqu'il sait tout. Il y a plein d'autres choses que je ne dit pas aux soeurs ni au curé. Par exemple, elles ne savent pas que j'adore le diable, enfin, mon père... J'ai pourtant très peur de l'enfer. Pas celui de chez moi. Non. L'autre, celui d'après. Mais je ne peux pas leur dire ça elles ne comprendraient pas... Je prie matin et soir pour ma famille, pour que nous soyons tous réunis au paradis. Paraît qu'il n'y pas assez de place dans le caveau familial. Pour remercier les soeurs c'est avant les repas que je prie. Je sais que Dieu n'est que bonté et le curé aussi... il ne me touche que les genoux...

Il était une fois...Une marchande de foi...qui vendait de la foi...dans la ville de foi...Vite... Mon Dieu... j'ai le très grand regret...le péché vous déplait...ferme résolution... ne plus vous offenser...faire pénitence. .. Ainsi soit il.

La maîtresse ne m'aime pas. Elle m'a refusé le mot « Albatros » au jeu du baccalauréat en cours de français. Elle a dit que j'inventais des mots, que ça n'existe pas. Elle a donné le point à sa chouchou. Je m'en fous elle est nulle, elle ne connaît rien, pas même les oiseaux...


Slam:"Couleur Métisse" par Catherine.

Par Catherine - Publié dans : ECRITURE - Communauté : Oeil alarme ou larme à l'oeil
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Vendredi 16 mai 2008 5 16 /05 /Mai /2008 13:58


Je suis d'une sensibilité épidermique. Je pressens les évènements. Je les ressens si fort au fond de moi qu'ils s'inscrivent dans ma peau. Picotements, fourmillements et démangeaisons géantes. Ils me terrorisent parce que je ne les comprends pas. Mes nuits sont remplies d'ombres menaçantes, de planchers qui craquent sous le poids des monstres. Je les sens là, tapis, prêts à bondir.

A l'école, je partage les jeux de mes copines, l'esprit habité de catastrophes naturelles ou pas. Sans crier « gare », elles peuvent m'amputer à tout moment, arracher à ma vie les personnes que j'aime le plus au monde, dans un futur plus ou moins proche. Je ne marche pas non plus sur les lignes impaires que forment les dessins des trottoirs. Je ne prononce pas non plus certains mots, ma mère pourrait mourir… Je fais ces rituels tous les jours, ma prière tous les soirs. Malgré mon nouveau « pyjama » chimique, mes peurs sont toujours là…

Nerfs en pelote… Tricot médical... Dix failles à l'envers…Déraille à l'endroit… Chimiothérapie de l'enfance... Toxicomanie émergente...

Quand je rencontre la « secte » j'ai douze ans environ. La secte des hommes araignées. Ils sont plusieurs au milieu de ma solitude et de mes peurs, il y en a tout un nid. Ils n'ont pas de mains, ils ont des araignées…Des araignées à cinq pattes cachées ici ou là, sous la table ou dans un coin. Elles grimpent, s'accrochent, furètent, se promènent sur ma nuque, mes cuisses, mon ventre ou mon dos. Enormes, velues, venimeuses, inquiétantes. Je suis tétanisée j'ai peur des araignées. La p'tite bête qui monte…qui monte…qui monte...qui monte…

Ma mère ne sait rien de tout ça, mais ne me confie jamais à la garde des hommes insectes. Heureusement. ils me dévoreraient toute crue emprisonnée dans leur toile géante. A partir delà, je décide de m'endurcir pour les repousser : un maître d'école, un psychiatre ou les copains de mon père.

Puisqu'il rêvait d'un garçon je vais en devenir un. Je veux qu'il me regarde…

Je défends les injustices. A l'école, dans la rue sur son chemin, partout. Je suis investie d'une mission. Souvent, je m'accuse à la place de mon frère et ma soeur quand ils font une connerie. Mon père ne les frappe presque plus. Je suis la vedette de la fratrie. Je m'offre en martyr à sa ceinture dont je porte longtemps les stigmates. A chaque fin de mois lorsque nous rentrons avec notre livret scolaire à faire signer, ma petite soeur, avant dernière de sa classe se cache dans les toilettes dans lesquelles elle se vide de ses peurs au dessus de la lunette. Je sens déjà les coups de ceinture mordre ma peau lorsqu'à mon père, je tends mon livret scolaire. Il me frappe pour trois. Pour mon livret, celui de ma soeur et pour mon arrogance. Dans toutes les mentions de mon livret à chaque matière, la même phrase en leitmotiv : élève intelligente, des possibilités mais dissipée et bavarde. N'apprend pas ses leçons, peut mieux faire… Je mens sur mes yeux au beurre noir lorsqu'à l'école une maîtresse me pose des questions. Fraternelle béatification. Je m'approche du paradis…

Pierre Desgraupes… Pierre Dumayet…Pierre Lazareff… présentent le magazine « Cinq colonnes à la une ». A côté de mon père je regarde la télévision, quand il est là…Ca et le foot…Je n'y comprends pas grand chose…Je veux juste qu'il m'aime et qu'il ne m'envoie pas au lit sans dessert parce que j'ai parlé pendant le journal télévisé.

Raté ! Ce soir je vais au lit sans dessert, pire, avant le fromage. J'ai été prise d'un fou rire. C'est mon frère Michel qui en imitant discrètement la gestuelle de mon père a provoqué mon hilarité. Comme à son habitude, ma mère m'apporte une fois encore à manger caché dans les plis de son amour.


Partout autour de moi le bitume se déchire...cauchemar affreux…Séisme apocalyptique... Bouches carnivores, grimaçantes et tordues…Elles veulent m'avaler… Rictus sans fond juste à mes pieds…. La terre se fend, se referme, se refend... tout bouge... Au bord de la déchirure…sur l'autre lèvre… ma grand mère et ma soeur… Ma grand mère pleure… ma petite soeur hurle… Elle m'appelle…me supplie de ne pas la laisser... La terre continue de trembler... Elle me tend la main pour que je l'attrape… Elle a peur… Moi aussi… Efforts…contorsions sans limite... Je n'y arrive pas… Elle non plus... Je lui crie de ne pas s'inquiéter... On se retrouvera après… Ca va forcément s'arrêter… Au fond de moi je sais que c'est fini…C'est alors qu'elle disparaît là bas… tout là bas… au bout de mon cauchemar... Je suis en miettes... Anéantie... Le reste de ma famille est sur la même portion de terre que moi…Je ne les vois pas…Je les sais là, à mes côtés.

Ma mère se réveille j'ai trop crié, trop pleuré aussi. Elle vient me secouer doucement. Je suis en nage. Je lui raconte. Elle tente de me rassurer, me caresse les cheveux. « Ce n'est rien, tu as fais un mauvais rêve. Calme toi tu vas te rendormir ». Elle m'essuie le front y dépose un baiser et va se recoucher. La terre s'est arrêtée de trembler. C'est l'année de mes treize ans.

Tu crois qu'on sera comment en l'an 2000 ? Me demande Catherine.

Quelques jours plus tard ma grand mère meurt. Je suis effondrée. Mon rêve vient me hanter, il ne me quittera plus. Je le garde imprimé dans ma mémoire, d'où il ressurgira à l'infini au milieu de mes peurs.

Interdiction de sortir depuis toujours. La révolte gronde. Ce soir c'est la grande évasion. Je veux voir ce « dehors » que mon père m'interdit. Ma petite soeur me supplie de ne pas le faire. Papa va me tuer. A ma place dans le lit j'ai mis un polochon et le col de fourrure d'un manteau. Elle pleure, terrorisée. Ses dents s'entrechoquent. Elle me tire par le bras. « Non ! S'il te plait n'y vas pas ». Je lui réponds de ne pas s'en faire, de ne pas s'inquiéter. Dans ma tête commence une nouvelle aventure dont je suis l'héroïne.

Doucement, je glisse le long de la gouttière. J'ai le coeur léger il n'a rien emporté. Tout est resté là haut dans la chambre. Je marche droit devant moi, l'air de la nuit envahit. Je ne respire plus à mi bronches comme à la maison, je respire à plein poumons. Je suis invincible. Au bout de ma rue, je tourne à gauche dans la rue Régnault. Je n'ai pas fait trois cent mètres environ qu'un car de police s'arrête à ma hauteur. Contrôle ! Je me suis maquillée comme une voiture volée pour me vieillir de quelques années. C'est la première fois. Je leur sors ma carte de transport tarif réduit à 30%. J'ai 14 ans la majorité est à 21.
Ils décident de me ramener chez moi… Citrouille ou carrosse ?

Dring…Police ouvrez !… Bruits familiers...La maison bout quand je dis que c'est moi. Visite éclair de mon père dans ma chambre, polochon démasqué. La porte s'ouvre à la volée. Mon père est furibond, il écume. Cavalcade dans les escaliers je cours me réfugier dans les étages…Il me rattrape, me redescend par les cheveux. Les flics sont interdits. Ils l'exhortent à se calmer. Il leur répond que je suis SA fille, il m'élève comme il veut, fallait pas me ramener.

M'en fout…Même pas mal...

Bien que ma peur de lui soit volatile, je suis en transe...Dans ma tête, cette scène je l'ai déjà vécue...Il me rentre dans l'appartement après avoir claqué la porte...Il hurle...Me dit qu'il va chercher une planche, me casser les bras et les jambes, m'ôter l'envie de recommencer… Il m'a jeté sur mon lit où je gis essoufflée…Il revient… le visage déformé par la colère. Pas tant parce que Je suis sortie. Non. Mais parce que je l'ai défié...Au dessus de moi, il me somme de baisser les yeux…Je refuse…je les garde plantés dans les siens…Je ne supplie pas…Sainte douleur priez pour moi, il ne sait pas ce qu'il fait…Il lève sa planche de bois au dessus de ma tête et l'abat...ma mère s'est jetée entre lui et moi.

Partout du sang… Sur le lit… sur mes mains… dans ses yeux... Je suis horrifiée…Tout le monde hurle… On ne s'entend plus pleurer… Je suis hors de moi... Je frappe mon père à coups de pieds tout en lui souhaitant l'enfer ou la prison. Je ne le sais pas encore… C'est un seul et même endroit.

Prédicateur fou, interloqué par ma rébellion. Il promet à ma mère des jours à venir les plus noirs de son existence. Puisque c'est comme ça, elle n'a qu'à se débrouiller avec moi.

Cette nuit je sais que toute la famille m'aime. A travers ses suppliques et ses larmes elle me l'a dit, elle me l'a prouvé aussi. Là bas, derrière mes nuages, le paradis se rapproche.

Petite revue de stress : 32 points de suture pour ma mère, traumatisme et yeux rougis pour mon frère et ma soeur, une plaque de cheveux en moins, le coeur en miettes et quelques ecchymoses en plus pour moi.

Quelques jours plus tard, je surprends une conversation entre mes parents. Il est question de séparation et de moi. « J'en peux plus de ta violence envers les gosses…sous ses airs de risque tout…Tu vois bien qu'elle est perdue dans ses rêves. Elle ne cédera pas…Tu vas finir par la tuer…Que tu partes. ...Maintenant… ».

J'ai tout entendu. Je me sens responsable de la séparation, coupable de leurs disputes, de n'être pas sage, je ne mérite pas de vivre. Dans leur vie je ne suis qu'un point d'interrogation. Pire ! Une note de brouillon…

Par Catherine - Publié dans : ECRITURE - Communauté : Oeil alarme ou larme à l'oeil
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Vendredi 16 mai 2008 5 16 /05 /Mai /2008 13:40

Mon père m'a emmené voir un juge pour enfants. Il m'a parlé de son départ, Je n'ai pas demandé pardon, il ne m'a pas dit qu'il m'aimait. Il a dit que j'étais comme lui...Je ne sais pas ce que ça veut dire. Il m'a demandé ce que je voulais faire plus tard. Vétérinaire j'ai répondu. Je pouvais pas lui dire que je voulais travailler comme sainte. Tu ne parles pas de la vie des saints à Lucifer. Pas à lui...

Le juge des enfants a désigné une éducatrice qui me suit à la trace à peine mon père est il dans l'avion. Elle me trouve du boulot ça ne dure pas très longtemps, le frère de mon patron n'arrête pas de me draguer ou plutôt il essaye de m'acheter à l'esbroufe. Coincée comme un doigt dans une porte je fuis tout ce qui s'adresse à ma féminité. Les hommes araignée ont laissé en moi le venin de leurs terribles « morpiqures ».

Je rêve de voyages et d'ailleurs. Je veux me faire émanciper de repousser mes frontières.

Je m'inscris pour partir en Australie j'ai presque 17 ans. J'ai répondu à une petite annonce parue dans un journal. Mon éducatrice me déconseille d'y aller. Elle m'explique que j'aurais des problèmes, que c'est un pays neuf, qu'il n'y a presque pas de femmes. Indépendante, intelligente, jolie comme je suis, j'aurais forcément des ennuis. Je finis par capituler devant ses arguments massue. Exit mes rêves d'Australie et de contrées inconnues...

Quelques temps plus tard, je recontre un homme de trois ans mon aîné avec lequel nous faisons Christophe et Cyril mes deux garçons.

Je suis fortement déçue par la vie étriquée qu'il me propose. J'ai tellement besoin d'horizon. Les images projetées en interne par mon univers affectif ne collent pas au présent. Nous nous battons tout le temps. Je ne gère ni mon émotionnel « Strombolique » ni mes turbulences affectives. Je suis enfermée dans mes colères de petite fille immature et lui dans son passé ce qui le rend violent. La lave inféconde de nos volcans fumeux a stérilisé le désir amoureux. En le choisissant, c'est mon père que j'ai redessiné. De fausses joies en vrais feux de détresse notre couple agonise sur un bûcher que l'on rallume à chaque fois. En vain.

J'ai 17 ans et demi lorsque j'accouche de Christophe mon fils aîné. Je n'ai toujours rien compris à la vie. Je pleure quand je l'entends éternuer, incapable de croire que c'est moi qui l'ai fait. Mon ménage bat déjà de l'aile. Je rêve de grands espaces, il veut me les couper et m'enfermer. A défaut d'Australie, je décide de partir rejoindre mon père en Guadeloupe. Il travaille à l'économat de l'hôpital de Basse-terre. Christophe a sept mois et malgré les dénégations de ma mère, je l'embarque avec moi.

Dés ma descente d'avion, je suis déçue. Laminée. Plantée face à mon père, à moins de trois mètres de lui, il ne me reconnaît pas. Trois ans nous séparent. J'ai à peine changé. Je lui fais de grands signes, il ne me voit toujours pas. Il cherche une fille plus grande, plus mate, plus belle, me dit en interne mon for intérieur alarmé par ma déconfiture. Je suis effondrée, triste et en colère. Une fontaine d'hiver se met à couler à l'intérieur de moi et malgré la chaleur écrasante, une sueur froide enveloppe tout mon corps. L'odeur violente des fleurs martèle mes tempes et au milieu de leurs effluves, je me sens racornie et gluante.

Tout au long de ma vie, à chaque violente émotion la fontaine se mettra à couler .

Je me venge en fumant devant mon père. Des « Benson and Hedges » achetées en détaxe à bord de l'avion. C'est à lui que je les destinais. Je le provoque sans arrêt à la limite de l'arrogance. A défaut de me voir, même en coin, je sais qu'il me regarde...

Un mois environ après mon arrivée je me dispute avec lui. Très fort. Trop fort. Irréversible. Il est environ 22 heures lorsque je quitte sa jolie maison de Capesterre. J'ai Christophe sur un bras, ma valise au bout de l'autre. Il fait très noir. La nuit a le coeur qui bat fort. Au milieu d'un concert de bruits inquiétants, je me poste sur la route. Pas de réverbère. La lune me soutient tandis qu'en moi, la fontaine d'hiver continue de couler. La femme de mon père me rejoint, elle tente de me retenir. J'entends mon père lui crier que ça ne sert à rien, je suis comme lui, je ne reviendrais pas. Je crois comprendre qu'il parle de nos caractères fiers et entiers qui sont aussi vaniteux. Une bouffée d'orgueil m'envahit, détrônant sans sommation mon indigente colère.

Sous la lune, pouce levé, j'attends une hypothétique voiture qui ne vient pas. Cette nuit ne m'accorde pas un regard. Partout autour de moi bruissements, feulements, craquements sinistres me tordent les tripes. Je tiens Christophe serré contre moi et lui chante mon blues d'une voix chevrotante. Pas trop fort cependant, je ne veux pas attirer les monstres tapis dans l'ombre des bananiers. Tandis que je me demande comment le sauver en cas d'attaque, il babille. Il ne semble outre mesure affecté par la situation.

Je veux aller à Pointe à Pitre chez une tante. Celle que mon père m'a présenté récemment. Ce n'est pas une vraie tante, il doit coucher avec, comme avec beaucoup d'autres... Du moins c'est ce que j'ai cru comprendre de leur relation, je ne suis pas une spécialiste, mais je comprends le créole... Une jeune femme nous prend à bord de son véhicule, au bout d'une vingtaine de minutes de ce qui me paraît être une éternité. Elle dit que ce que je fais est très dangereux. Elle me demande si je veux bien m'arrêter quelques instants chez elle. Après avoir attendu qu'elle se change, nous reprenons la route. Un peu plus tard, elle nous dépose Christophe et moi chez la tante en question, au milieu d'un sordide bidonville.

Un peu plus tard ma tante m'explique que comme la plupart des habitants de cet endroit, elle est obligée de préparer des gamelles pour les rats sinon ils deviennent agressifs. La petite voisine a perdu une phalange à cause d'une vilaine morsure. Je suis tétanisée par la peur. Je coince ma valise devant la porte du réduit qui me sert de chambre et garde Christophe couché sur mon ventre, tout en scrutant l'obscurité. Je passe deux nuits parmi les plus affreuses de ma courte vie. Le surlendemain, ma mère m'envoie en express nos billets de retour. Dans l'avion qui me ramène en métropole, je me dis que je n'ai tenu qu'un mois avant de tourner les talons sur mon premier papa. Toute ma vie je le chercherais derrière chaque homme de ma vie.

Des mois plus tard, mes rêves d'aventures trônent dans la vitrine de mes souvenirs, tandis que je m'étiole dans l'arrière boutique familiale entre bagarres et amertume. Seul Christophe qui est un clown m'arrache des fous rires et m'aide à m'ancrer dans la vie.

Je suis enceinte de Cyril mon second fils. La vie m'explose soudain au visage comme une grenade dégoupillée. Catherine ma petite soeur, de un an ma cadette, meurt dans la nuit du 13 au 14 mars 1973. Dans des circonstances horribles. Nous nous sommes disputées et battues pour la première fois, quinze jours plus tôt. Un truc de mômes ! J'apprends sa mort le jour où je lui donne rendez vous chez notre mère pour me réconcilier avec elle. C'est en larmes que ma mère ouvre la porte flanquée de Gérald mon neveu âgé de cinq ans à peine. « Tata est morte » se met il à crier. Sur mes trois soeurs je sais immédiatement de laquelle il s'agit. Je me mets à vomir. Ma mère se montre forte, bien que tout comme moi elle soit assommée de douleur. Comment supporter de perdre un enfant ? Elle me dit d'aller dormir dans notre ancienne chambre. Celle où nous dormions avant et dans laquelle elle me demandait chaque soir avant de s'endormir : « Tu crois qu'on sera comment en l'an 2000 » ?.

Yeux ouverts dans le noir je ne dors pas. J'entends un bruissement à côté de moi qui me fait tourner la tête. Là, debout à côté de moi, ma petite soeur. Je suis pétrifiée de peur, mais contente. Je lui souris, elle s'assoit sur mon lit, je le sens s'enfoncer sous son poids. Elle a ce joli pantalon en velours lisse qu'elle aime porter parfois. Sa tête est entourée de curieux bandages. Ca fait une semaine que je ne l'ai pas vue. J'essaie de la toucher, je ne saisis que le vide. Je n'arrive pas à prononcer un mot ils sont coincés dans ma gorge. Ils refusent obstinément de sortir malgré mes efforts pour articuler une phrase. Mon clapet est coincé. Tout à coup, elle si pudique, écarte les pans de son chemisier et me montre sa poitrine. Elle est complètement mutilée, c'est horrible. « Regarde t'as vu ce qu'ils m'ont fait à la morgue ? ». Personne de la famille ne s'y est encore rendu. Je me mets à hurler de douleur et de terreur. La mort me regarde dans les yeux et je ne peux soutenir son regard. Ma mère débarque dans la chambre je lui raconte ce qui vient de se passer, une fois encore elle me dit que c'est un mauvais rêve, elle me conseille d'aller chercher Christophe dans son lit pour qu'il dorme avec moi, elle est à bout.

Le lendemain, lorsque nous nous rendons à la morgue, ma petite soeur gît sur une table entourée de draps blancs. Bouche entr'ouverte, yeux mis clos, des bandes entourent son crâne. Ma mère est livide, elle pose sur moi un regard interrogateur. Quant à moi je ne peux la toucher, je m'en sens incapable. Un sac de vêtements que l'on tend à ma mère. A l'intérieur, son pantalon de velours et le chemisier qu'elle portait la veille lorsqu'elle est venue me voir...

Boite de somnifères avalée...Sirène...Pompiers ...lavage d'estomac...Merde ! Je suis sauvée...

Un bandeau de douleur serré comme un étau me ceint le crâne. Je veux fermer mes paupières mais j'ai peur de rêver ce que mon conscient ne me dit pas. Je me sens responsable de sa mort jusque dans mes cellules. Le paradis s'est définitivement refermé devant moi. Je n'y ai plus droit
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Par Catherine - Publié dans : ECRITURE - Communauté : Oeil alarme ou larme à l'oeil
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Vendredi 16 mai 2008 5 16 /05 /Mai /2008 13:30
Durant les années qui suivent la disparition de ma petite soeur, pas une fois, je n'ose imaginer arriver à ce nouveau millénaire, je n'y pense même pas, c'est une abstraction. Le sentiment de culpabilité qui m'étouffe est trop puissant. Je m'en veux de lui survivre malgré mes abus. Je survis en apnée dans la baignoire émotionnelle.

En 74, mon ménage a les deux ailes définitivement brisées, je me sépare du père de mes enfants avec lequel je me bats tous les jours lui qui m'empêche de voler. C'est alors que je rencontre celui qui, je crois, sera l'homme de ma vie, il s'appelle Roland il est beau comme un dieu.

Avec lui, je crois avoir découvert l'essence même de la vie, par le biais des drogues et des expériences extrêmes. Je brûle la chandelle par les deux bouts et par le milieu aussi. Je cours pieds nus dans la vie, jusqu'aux limites de mes possibles et de mes improbables. Acides, héroïne, cocaïne, opium sous toutes ses formes, speed, cachets et fumette. Je m'écorche les pieds jusqu'aux racines. Je voyage de l'Asie à la Colombie sans bouger au delà du Maroc, de la Hollande ou des Antilles. Je rêve d'ailleurs mais j'ai peur de la route, peur de l'inconnu si il n'est pas balisé, je suis devenue autiste, enfermée dans un monde que je consomme mais, plus que tout, qui me consume. Avec mon histoire d'Australie, mon éducatrice a distillée en moi une peur diffuse que je n'arrive pas à contrôler. Mes potes reviennent couverts de poux, du fin fond du Pérou, de la Colombie, de l'Afghanistan, de l'inde ou du Népal, les poches pleines de tickets d'embarquement pour les paradis perdus. Et comme tous les paumés de la terre, je m'y promène jusqu'à tomber.

Puis, nous décidons Roland et moi de partir aux Antilles fin Décembre 1977, je veux revoir ce père qui ne me regarde pas. Nous « décrochons » sans trop de mal de nos problèmes de came à coups d'herbe locale et de raggae et de rhum. Nous sommes jeunes et en pleine santé, du moins, nous aimons à le croire.

Lorsque nous rentrons au tout début du mois de mai, la force de nos habitudes nous submerge à nouveau, nous replongeons de plus belle. Tout s'enchaîne à une incroyable vitesse et, en quelques semaines, je ne suis plus que l'ombre de moi-même. Je n'en peux plus. Je suis trop mal, j'ai trop mal. La came que nous prenons est si pure et les quantités si énormes, qu'à la moindre pénurie, dans nos corps et nos têtes, c'est la Bérésina. Deux de nos amis viennent de mourir à 23 ans à peine.

Nous nous inscrivons dans le tout premier programme méthadone à l'hôpital Saint Anne qui partage, avec Fernand Vidal, la primeur de cette nouvelle expérience. Nous sommes en mai 78 je crois. Je ne me souviens plus très bien. Nous sommes admis en médecine ambulatoire dans le service du Professeur De Nicker. Mais, le dosage dégressif est trop mal géré et surtout trop rapide, nous shootons en parallèle lorsque cela devient trop dur et, peu à l'aise avec le mensonge, nous décidons, d'un commun accord, d'abandonner le programme.

J'ai envie d'autre chose et, surtout, d'une autre vie. J'ai envie de décrocher définitivement. Quelques semaines plus tard je décide d'aller à l'hôpital le plus proche de notre appartement de Levallois où nous venons d'emménager. Il se trouve que celui ci se trouve être Beaujon, mon destin est en marche mais, je ne le sais pas encore et n'en ai pas la moindre conscience. Roland lui refuse d'y aller. Je suis en crise, je hurle, je trépigne, je déchire nos photos je menace, je l'oblige jusqu'à la capitulation. Nous nous rendons à l'hôpital où moins d'une heure plus tard, nous sommes alités dans un sas de réanimation et embarqués pour une cure de sommeil profond.

Chacun dans notre lit, nous envoyons à l'autre de petits signes et des baisers du bout des doigts, en signe de réconciliation. Maintenant que la perf est branchée, j'ai l'impression de tomber dans un trou à toute vitesse, je peux sentir le trajet de chaque goutte de produit injecté dans mon corps en miettes. Elles éclatent dans ma tête comme des pétards et me font sursauter. Elles découpent mes pensées en un puzzle géant impossible à assembler. L'effort demandé est trop grand, le produit trop fort, et ma résistance aux limites de ses possibles. Ma vue et ma vie se brouillent .Dans le trou, la vitesse s'accélère, mais pour autant, je n'en vois pas le fond. Le vide vertigineux m'aspire jusqu'à la moelle. Je réussis à articuler quelques mots en direction de Roland sur mon ressenti, il me répond d'une voix pratiquement inaudible que ça lui fait le même effet. Dans le brouillard, j'aperçois le tuyau de ma perfusion planté dans ma chair, comme si ma veine, devenue plastique, sortait de mon corps pour courir sur mon bras. Nous nous quittons, sur le seuil du néant. Je m'endors sans savoir que tout au fond du trou c'est l'enfer.

Huit jours de sommeil sans boire ni manger, m'ont anéantie. Je me réveille dans un état second, envahie par les nausées et les hallucinations. Bien que l'on vienne de me les retirer je peux encore sentir la sonde plantée dans mes tripes et celle qui me vrille la vessie, de leur douloureuse empreinte elles ont marqué ma mémoire. J'essaie une nouvelle fois d'assembler des morceaux de mon avant entre les bips du monitoring branché sur mon coeur. Les hallucinations durant lesquelles je crois voir mes enfants, ma mère des seringues pleine de came et un ami pendu. Je veux voir mes enfants interdits d'entrer, décrocher mon ami, attraper les seringues qu'un autre ami m'a envoyé. A chaque tentative pour me lever je tombe comme un tas de chiffons au pied de mon lit. Je suis sans force et sans ressource tandis que sonne une alarme dans mon brouillard. Je peux sentir dans le bas de mes reins, à droite, tout en haut de la fesse, les piqûres de Droleptan qui repoussent la marée hallucinatoire. Masque mortuaire au sourire ensanglanté sur le beau visage de Roland dont la lourde chevelure s'étale sur la table d'autopsie. Alors que je le somme de se lever, il ne me répond pas. Je ne peux me résoudre le toucher je sais qu'il a froid. Figé et ailleurs déjà, il est de marbre. Il m'a abandonné et je n'en reviens pas...

Enterré dans mon coeur, je lui ai trouvé une place dans l'urne familiale, à côté de ma petite soeur. Nous sommes le 28 juillet 1978. J'ai alors 25 ans, je suis enceinte de six mois. Les médecins qui s'occupent de moi, à l'époque, m'expliquent que cette cure, au cours de laquelle Roland a perdu la vie, risque d'avoir une incidence délétère sur le bébé. Les médecins me poussent à avorter, alors que la mère de Roland me supplie de garder ce petit bout de son fils. La mort dans l'âme, je me résous à accepter l'avortement thérapeutique conseillé.

A partir de cet instant, ma vie devient un flirt poussé avec la mort. Je la caresse, l'excite, la titille et m'over dose dans ses bras. Pompiers, oxygène, tuyaux dans le nez, dans la gorge qui respirent à ma place. Arrêt cardiaque, coma, dépression pulmonaire, réanimation. Elle ne veut pas de moi. Je crois ainsi la dominer parce que je la provoque. Parfois, dans un sursaut de lucidité, je tente de me faire aider par des psychiatres qui n'ont pour toute réponse qu'anxiolytiques et somnifères. Mais, je n'ai pas besoin de leurs cachets je les avale déjà par poignées...Il y a aussi les autres celles et ceux qui veulent mon bien, celles et ceux qui pavent l'enfer de leurs bonnes intentions. Elles et ils me posent des questions d'un ton contrit ou consterné. Pourquoi la mort de Roland ne me fait pas cesser la drogue ? Pourquoi ceci ou cela ? Incapables de comprendre que ma douleur a besoin d'être anesthésiée.

Je rentre à nouveau à l'hôpital Marmottan où mon toubib me propose une post cure. Fin 78, je pars donc à La «Gentillade » à côté de Cahors. Tout se passe relativement bien jusqu'au jour ou le copain de Cathy une amie rencontrée sur le site, se met à critiquer la gestion du lieu, après avoir fouillé dans les papiers de la directrice semble t'il. Comme je ne veux pas que l'on vire mon amie avec son mec, je prends sa défense. Elle n'est responsable de rien. J'ai beau argumenter qu'elle était avec moi en ville, sous la houlette de Joseph un encadrant de la structure. Rien n'y fait elle est responsable d'être la copine d'un fouineur. La directrice me dit, puisque je ne suis pas contente, de me casser aussi. Retour à la case départ...

A mon retour j'atterris à Belleville où je traîne plusieurs mois avec Cathy. Je suis incapable de revoir nos anciens amis à Roland et moi. En les zappant et en shootant comme une folle je crois pouvoir oublier le drame de nos vies détruites. Je me sens coupable. Il y a quelques mois, juste après sa mort, j'ai quitté l'appartement que nous venions de prendre où j'ai laissé, posé sur une étagère, le dernier bouquet de fleurs qu'il m'avait offert avant sa mort. Il venait de les cueillir dans un jardin en bas. Je ne veux pas de ces fleurs au souvenir amoureux déshydraté. Je t'aime, un peu, beaucoup, à la folie, par à coups...Desséchée.

Je suis en manque...La violence des douleurs, l'âpreté des odeurs me fait gerber comme un porc. J'ai les tripes farcies d'acide et des coulées d'humeurs dégoulinent de tout mon corps.

Mes veines sont glacées comme une concession de cimetière, je suis malade comme une chienne qu'on emmène à la fourrière...

Recroquevillée, en position foetale, je tente de me réchauffer dans ce corps douloureux qui avorte de mes excès. Sylvia a embarqué mes derniers billets, il y a des heures maintenant, il est trois heures du matin, je sais que je viens de me faire farcir comme une dinde en cette veille de nouvelle année, aussi opiacée que les précédentes...

Dans mon cerveau enfiévré, mes circuits déprimés cherchent une solution, j'habite à Chinatown, en plein treizième arrondissement, mais, je sais que « Trang » n'est pas là et que ses compatriotes dealers, sans thune, sont un casse tête chinois... Je n'ai pas assez de force vive pour faire face à ces mecs, aux masques de poupée de cire, qui disent « non » avec un sourire quand pour la came, y'a pas de pognon...

Rien de céleste dans mon empire en l'état présent, je le troquerais quand même volontiers contre un petit gramme de rêve frelaté. Au lieu de cela, il s'effondre sur mes dernières illusions opiacées. . Je vais crever. Je sens déjà le sapin de noël fabriqué de milliers d'aiguilles, et le saule pour pleurer...

Je me remets à trembler comme une feuille, alors que les rouages de mon cerveau brûlant se mettent à scander un nom, sur le tempo des frissons. Ils m'agitent et me parcourent en me faisant claquer des dents: Chris... tian... Chris... tian...Chris...tian...Chris...tian.

La petite lanterne rouge de l'espoir se met à scintiller sur mes circuits rouillés, le visage du dealer m'apparaît entre deux spasmes. A cet instant mes neurones se remettent à fonctionner à plein régime...

J'ai laissé tellement d'oseille à ce mec à une certaine époque, qu'il a du pouvoir s'acheter un labo pour la fabrication de sa poudre blanche, j'argumente en mon manque intérieur.

Une montée de bile, me submerge à nouveau avant que j'atteigne le téléphone. Elle me laisse là, ko, haletante, essoufflée, désarticulée, en kit. En prime, la fontaine d'hiver s'est remise à couler à l'intérieur de moi. Plus elle coule plus je me vide, plus je me vide plus je m'écroule.

J'ai mal à mes os et je voudrais scier mes jambes aux impatiences démesurées. Je suis couverte de sueur alors que je continue à trembler. Tandis que le manque assassin plonge dans mes reins une tige de feu, entre sanglots et hoquets, je promets au diable et à Dieu que je ne recommencerais pas s'ils m'épargnent ce soir. Promis, juré, craché, ce sera la dernière fois.

Je respire un grand coup, il ne faut surtout pas que Christian, s'il me répond, sente que je suis malade, sinon il me fera galérer du haut de son petit pouvoir de merde, il me trouve trop fière m'a t'il déjà dit.

Je range mon orgueil dans le coffre fort du désespoir, je le ferme à double tour, tandis que je compose son numéro sur mon clavier de téléphone.

Cinq minutes plus tard, au bout d'un nombre incalculable de sonneries, j'entends mon « héro » articuler un « allo » excédé au bout du fil.

« Allo ! Christian » ? Fais je d'un ton faussement enjoué.

« Peux tu passer me voir » ? Ca fait deux mois que je ne l'ai pas vu, en dehors d'une soirée organisée chez une amie, il y a une petite quinzaine de jours.

Il n'a pas l'air d'être décontenancé par mon appel, je sais que c'est un noctambule...

« Dans une heure ça te va ? »

« Ouais super, à tout' ».

Je me remets en position foetale me demandant ce que je vais bien pouvoir lui raconter et qu'il entendra pour la millionième fois de sa vie de quelqu'un qui ne peut le payer. « Fais moi crédit jusqu'à demain» ?

Je m'endors un court instant d'un faux sommeil, peuplé de seringues, de dealers, de poudre et de flics.

A force de mouvements désordonnés et incontrôlables, je finis en bas de mon lit. De peu, j'ai manqué ma bassine à angoisses où stagne mon vomi vert fluo.

Dring...Je déplie ma carcasse agonisante et me rends à la porte après une dernière salve de gerbe à côté de mon lit. J'arrange mes cheveux devant le miroir de l'entrée, j'ai le coeur qui semble vouloir sortir de ma poitrine tellement il bat fort. Je suis la rescapée d'un tsunami opioïde qui attend l'aide humanitaire depuis des jours...En vain.

« C'est moi Chris ».

J'ouvre la porte à l'espoir, il me paraît très mince quand je croise son regard dans l'entrée. La peur qu'il s'en aille me fait serrer mes sphincters, afin que ce qu'ils retiennent, ne se répande pas sur le palier à ses pieds. Je le mets de suite à l'aise, je n'ai pas la force de polémiquer.

« Je suis malade et j'ai donné mes dernières thunes tout à l'heure à une copine qui n'est jamais revenue. Il faut que tu m'avances un gramme au minimum et au maximum ce que tu veux » lui dis je d'un trait...

En s'approchant de moi pour me dire bonsoir, j'entends le bourdonnement de ses insipides paroles dont je ne saisis que trop bien le sens : « Je ne peux pas, j'ai trop besoin de thune, bla, bla,.bla »...A cet instant, JE SAIS qu'il ne peut repartir sans me donner la précieuse poudre.

Je pense au poignard posé sur ma table de nuit, j'ai envie de lui planter dans le cou pour qu'il connaisse ma souffrance et ma détresse. Des images affreuses inondent mon cerveau malade, mais, je suis sans force et à bout.

Je refuse ses dénégations, je prends les clés sur la porte que j'ai fermée à double tour et, une fois dans le salon, en hurlant, je menace de me jeter avec elles par la fenêtre, si il ne me donne pas, là tout d'suite, de sa putain d'came de merde.

Je sais qu'il déteste le scandale, si je me maudis en mon for intérieur, ma fontaine d'hiver noie déjà mes remords sous son torrent glacé.

Sans un mot, Christian sort le paquet miracle qui me fera revivre quelques heures durant. De mes mains fébriles j'ai déjà attrapé la cuiller, mais il me faut un temps fou pour coordonner mes mouvements. Christian m'aide à maintenir l'équilibre précaire du précieux mélange tout crachant des imprécations que je n'entends même pas, tandis que je cherche une veine pas trop sclérosée, vite, vite, sinon je vais mourir une nouvelle fois.

Christian se lève sur un « good trip et bonne année Catherine » d'une voix glacée venue d'outre tombe, du caveau de ses certitudes erronées. Je lui désigne du menton le trousseau de clés planqué sous un coussin.

Il s'en va sans un mot, les accrochant dans l'entrée après avoir ouvert la porte, comme un amant de longue date qui, à l'issue de l'ultime dispute, partirait sans se retourner. Il me laisse là, liquide, vide et prostrée, sur mon îlot désert et glacial, habité du spectre de mes nuits sans came, les intestins déchirés, devant le festin à venir de mes veines en débâcle...



Ame d'hiver habillée de déchets de lune

Grelottant au vent glacé de mes réveils

Rames échouées sur mes récits d'infortune

Morceau de banquise je dérive au soleil.

D'un désert blanc j'ai recouvert mes matins

Pour que l'amer se retire de mes yeux

Guetté le jour où un souffle divin

Changerait mes larmes en perles des cieux.

Sachet de brume, envol ou fardeau

Marée soudaine ou dérobade

Les larmes chaudes de l'héro

Coulent dans mes veines malades...


Par Catherine - Publié dans : ECRITURE - Communauté : Oeil alarme ou larme à l'oeil
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Vendredi 16 mai 2008 5 16 /05 /Mai /2008 13:29
Pour la première fois de ma vie, en 1979, je suis incarcérée à la prison de Fleury Mérogis, j'ai alors 26 ans. Je suis dans un état second, choquée par cette juge qui nous a collé Cathy et moi en taule, pour quatre grammes de shit...

Je ne me souviens plus de mon arrivée à Fleury, seule l'odeur des douches sales, du savon, des cellules d'arrivantes sombres et angoissantes, de chiottes ouvert à tous les vents, d'yeux baissés ou détournés en d'intestinales solidarités, le bruit angoissant des clés qui claquent de serrure en serrure, envahissent ma mémoire. Tant de portes pour si peu de liberté.

Impossible de dormir malgré la fiole de médicaments. Mes insomnies ont la bouche pâteuse, les lèvres desséchées, elles sont peuplées de cris, de bruits, de coups dans les portes qui me renvoient à toutes mes douleurs. Des filles hurlent, appellent à l'aide, leur soif de vivre ou de mourir s'exprime par gorgées d'onomatopées. Mais, leurs voix éraillées par les nuits sans sommeil, viennent griffer en vain le temps mort et l'inertie de l'écho. Mes illusions rendent leur dernier soupir.

J'ai mal dans tout mon corps, je peux sentir mes nerfs et mes muscles bouger en moi, ils réclament leur pitance opiacée. J'ai l'impression que la peau arrachée par un savant dépeçage, on m'a placée là, pour m'observer souffrir. Oeilleton voyeuriste, sinistre judas, porte cyclope qui claque au nez de ma souffrance et de mes frustrations... Les jours s'étirent plats, identiques dans le sablier du temps, à la taille si serrée, que chaque seconde me semble être une éternité. Souverain il se pose comme une étole sans fin, déposée sur l'épaule de l'ennui, linéaire et sans mesure, jusqu'à l'éternité. De grains de sable en grains de sable, derrière ma porte le temps est effrangé.

Je bondis lorsqu'elle s'ouvre pour le courrier ou la promenade que je ne veux louper pour rien au monde. Mais invariablement, elle me ramène frustrée, de la chaise à mon lit, de mon lit à mes rêves et de mes rêves à l'avant, celui du dehors, avant la prison. Je n'ai rien d'autre à faire que combler ce vide immense qui m'habite, en jetant des petits bouts de rien dans mon néant. Ecriture et bla bla incessant. Pas de mobilisation personnelle pour mon écologie interne et son développement durable. Je ne sais pas même qu'ils existent. Je me sens juste dépossédée de moi, de ma personnalité, du lever au coucher, au sein d'une organisation immuable qui ne m'appartient pas.

A côté de moi Alexia, ma co cellulaire, sanglote tournée contre le mur. Ça fait maintenant plus de trois semaines qu'elle a ses règles. Les miennes se sont taries comme la majorité des femmes emprisonnées qui se dessèchent de l'intérieur. Comme si inconsciemment, être une mère ou une femme en prison, n'avait plus de sens. J'ai beau écrire avec elle, lettre sur lettre, personne ne s'inquiète de ses litres de sang déversés. Comme si l'éminence de leur tarissement était une évidence, dans cet endroit hors de la vie.

De temps à autre soeur Blandine entre rapidement dans la cellule pour donner les médicaments évasion. Ces milliers de petites scies, de grappins, d'hélicoptères, de tunnels creusés, écrasés dans une fiole que nous avalons avec avidité. Elle tapote la joue d'Alexia en lui disant que ce n'est rien, que ça va forcément passer. Je suis atterrée. La proximité m'est insupportable. Ses pleurs, les gargouillis de son ventre, ses hoquets, ses spasmes, ses gémissements, ses larmes et ma rage traversent en d'électriques diagonales, l'espace clos de mon cerveau. Je décide de passer à l'action. Je refuse cette misère triste et silencieuse, dans laquelle je ne me reconnais pas.

Lorsque le lendemain, la soeur entre dans la cellule distribuer les cachets, j'insiste pour qu'elle s'occupe concrètement d'Alexia. J'ai élevé le ton, je sais que ma voix porte. Elle recule, puis se dirige vers la porte, de biais, en crabe. C'est alors que je tente de la retenir par le bras, mais seul, son voile me reste dans la main découvrant ses cheveux courts. A ce moment, je me moque de tout, du prétoire, du mitard et de tout le reste. Je m'en fous !...Pour une fois, soeur Blandine ne dit rien. Dans un silence pesant, elle inscrit sur son cahier Alexia pour le toubib.

Je ne la sens pas très à l'aise, lorsqu'au détour d'un couloir, nous nous croisons à nouveau.

Dans la cour, concentrées en de petits groupes, des femmes. Jeunes pour la plupart. J'en connais de nombreuses. Je les ai croisées dans Paris, au détour d'un plan came...

Je discute et rigole avec elles, même si je me demande ce que je fous là, à regarder ma part d'ombre multipliée par plusieurs moi. Violentes, débiles, critiques ou énervantes je les porte toutes en moi. Je les suis je toutes à la fois. Comme un aimant elles m'attirent, puis me révulsent dés que je tourne mes pas, car je déteste de toutes mes forces, ce que leur miroir me renvoie de moi.

J'entre dans des joutes verbales où la violence est aux aguets, tapie au coin d'une phrase ou à l'angle d'un simple mot. Je me mesure, je juge, je jauge et je m'octroie, avec mon verbe agile, des mots censeurs, sournois et menaçants censés m'éviter la confrontation physique que je déteste tant. Misérable despote de mon petit état policier, je m'enferme dans mes prisons.

Cependant, je suis loin d'être prête à comprendre ou analyser ma vie et à déterminer ce dont je voudrais me débarrasser. Je n'ai même pas conscience de cette possibilité. Je n'en suis pas là encore. Pour cela il me faudrait me regarder en face et mieux encore, me faire aider. En tout état de cause, pour voir mes propres fesses, il me faudrait un miroir.

De retour dans ma cellule, j'installe un arc en ciel dans ma tête. Après avoir fait l'écrivain public pour celles qui ne peuvent ou ne savent pas rédiger une lettre, j'écris à mes fils. Eux me croient en maison de repos. Ma mère réceptionne les lettres estampillées Fleury Mérogis. Sainte Geneviève des bois les ballade...Puis, elle brule les enveloppes sur l'hôtel du non dit et du secret.

J'adhère mollement. Sur ce point, ma volonté s'exprime avec paresse. Je sais au fond que ma peine sera brève, même si je ne suis pas encore jugée au bout de quatre mois. En attendant, je crayonne dans ma tête des dessins d'avenir avec eux, pour éviter que présent ne me dévore. Je leur écris des poèmes débiles, dégoulinant de culpa, que je ne leur envoie pas.

Je suis :

Mère morte

Quand flotte à ma surface

Le coeur brûlé

De tous mes égarements.

Mère morte

Quand mes dernières audaces

Arrachent à votre ciel.

Des bouts de firmament.

Mère cure

Quand la chaleur de vos trop, pique

Et fait grimper mon vif argent

Lorsque la fièvre de vos suppliques

S'envole sous ma main de maman.

Mère veille

Quand mes habits de trêve

Habillent vos journées

Que je customise vos rêves

pour les faire scintiller.

Alors, à cet instant seulement,

Je redeviens étoile de mère...
Par Catherine - Publié dans : ECRITURE - Communauté : Oeil alarme ou larme à l'oeil
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