Extrait de l'émission "Ras les murs" sur radio libertaire, dans lequel Catherine, maman de Cyril et Christophe Khider, slame et s'exprime sur les conditions de détention.
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Saint Maurice le 21 11 2007
Christophe mon garçon,
A la veille du vote des lois sur la condition pénitentiaire, j’ai rouvert la boite de Pandore. Je me dis qu’à défaut d’abolition, il reste quelque espoir d’une amélioration des conditions
de détention en général. J’aimerais que tu me donnes une vision sans fioritures de ta pensée, parce que pour moi, ce n’est pas simple. Je navigue entre utopie carcérale et réalisme
implacable. Une partie de moi voudrait que le paléolithique carcéral soit en plein déclin et que l’hermétisme centrifuge qui "blood shake" les hommes dans le brouillard du droit, d’ici peu
ne soit plus. Que les nouveaux textes de loi les fossilisent. Pourtant, je vois bien que dans l’Olympe des droits de l’homme, les dieux ont détourné les yeux, courbés sur leurs monceaux de
rapports accablants. Et que, les mots qui dénoncent ou qui montrent du droit, ne sont que des palabres qui cachent la forêt, où poussent, haines et intérêts centenaires.
J’aurais voulu croire en l’authenticité de la mythologie humaniste mais, elle surnage dans le bourbier sécuritaire, à la surface duquel, flottent les consciences humaines, la morale, les
valeurs citoyennes, l’éthique et tout ce tas de conneries de mots fourre tout qui tentent de nous faire croire que nous avons un libre arbitre. Foutaises ! Tous nos rêves reposent dans le
berceau des illusions.
Mon autre partie d’une lucidité quasi médiumnique pétrie de ce quotidien que nous vivons depuis des années, me ramène très vite sur terre. Je sais que ces nouveaux textes de loi sur la
condition pénitentiaire, vont claquer une fois de plus, comme une paire de menottes, sur les poids niés de la réalité. Froide, clinique, absolue et sans appel. Et, subtile et sinueuses,
torture et inégalités sociales continueront d’épouser les contours du droit. Fatiguant pour moi de naviguer entre miel et Piment...
Et vous autres les dangereux, ceux qui mordent...au mauvais hameçon, les Rottweillers de la grande meute sociale, l’état va continuer de vous euthanasier par injection létale, étalée dans
le temps. Longue, lente et douloureuse perfusion de néant. Surtout ne rien dire, garder la musulière. Et, dans le grand labo carcéral, à l’abri des regards, l’expérimentation va pouvoir
continuer sa funeste parade. Tests sur la résistance humaine pour mater les dissidents sociaux et trouver une réponse génétique ou psychiatrique à leurs comportements. Il faut bien
justifier l’enferment et rassurer les gens. Tandis que sans fourrure, vous êtes dépecés vivants.
Et, entre ces murs qui vous enferment, vous compactent et vous compressent, à force de passer le temps, il se dilue jusqu’à en devenir liquide et finit par tomber, goutte à goutte, sur vos
fronts, jusqu’à vous rendre fous. Comble du raffinement. Cadeau du Pacs entre psychiatrie et prison. Contrôler pour dominer quel qu’en soit le prix. Diviser pour mieux régner en
individualisant les peines. Et, sur la poitrine des hommes, refleurissent des étoiles à cinq branches, marquées du sceau de l’intolérance et de la discrimination... positive ou non. Puis,
imploser le pardon à coups de taser, d’électro chocs, ou de cachetons. Oraison de la raison.
Quant à la réinsertion et la réintégration, elles ne sont que les momies du « Sarkophage » sécuritaire, exposées au musée du vent .
Tu sais, dernièrement, en relisant le tas de courrier que les gars m’ont envoyé de taule, ces dernières années, je me rends compte que beaucoup sont cassés. Ils survivent en phonétique et
vivent le présent comme ils se conjuguent. Au passé ou au futur antérieur à la prison. Ils n’ont d’autres perspectives que le tryptique carcéral. Leurs souvenirs restent clairs et lucides,
pour la plupart d’entre eux, mais ont si profondément foré leur mémoire que parfois, des déperditions s’opèrent et laissent échapper des morceaux d’avant, dans des éclats de vivre aussitôt
réprimés. Ils n’osent plus dire ou se rebeller sous peine d’être transférés loin des leurs, ou pire encore, se retrouver psychiatrisés en UMD. Alors, en pointillés, ils se repeignent un
horizon, par touches de vengeance fantasmées et successives et des couleurs d’évasion. Enfin, tout ce qui permet de tenir face à l’indicible. Seul le poison de l’espoir en maintient
quelques uns en vie, un petit peu encore, eux qui, souvent, n’ont ni famille, ni amis, ni relais, ni soutien à l’extérieur. Voilà pourquoi tous ces hommes font des paquets d’hier qu’ils
glissent sous leur lit. Pour ne pas oublier qu’un jour ils ont été vivants.
D’autres, font un ultime choix de liberté, émasculant leurs demain, plutôt que les vivre dans de si terribles conditions. Un suicide tous les trois jours au sein d’une mécanique bien
huilée. C’est dingue mais personne ne dit rien ! Que des chiffre implacables et froids dans des colonnes de statistiques. Mais, je ne te raconte rien que tu ne saches déjà. N’est ce pas
?
Tous les jours je me demande comment tu arrives à tenir debout, face à ce présent que tu vis en rafale ? Quant à ton frère comment n’est il pas mort après ces années d’horreur carcérales et
d’isolement ? Comment faites vous pour supporter la vision de ces hommes, jeunes, vieux et malades qui agonisent, puis crèvent comme des animaux en cage, dans l’indifférence quasi générale.
Normal ce sont les méchants, à l’image de ces gosses qu’on appelle mineurs délinquants, en oubliant qu’ils sont des adolescents. Il n’y a pas très longtemps l’un deux, très jeune, s’est
pendu en prison. Et bien d’autres encore, comme Eric Blaise, meurent couvert de bleus dans l’opacité d’un quartier disciplinaire à la première incarcération...
Au milieu de toutes ces horreurs, hier, ton coup de fil m’a rassurée. Oui, je suis rassurée de te savoir aussi fort, malgré toutes ces mauvaises nouvelles concernant ton petit frère. Pour
lui, c’est la dernière ligne droite et comme tu me l’as dit, il va falloir qu’il puise en lui d’incroyables ressources, face à la machine à broyer. C’est elles qui lui permettront de
franchir vivant la ligne d’arrivée. Nous en avons tous trois conscience. Comme je te l’ai dit au téléphone je l’ai vu samedi dans un remake d’éléphant man, avec un pied qui ressemblait à
celui d’un Mamouth. Et...Toujours pas de plâtre. Et pour être sur qu’il ne puisse se faire opérer dehors, on parle de lui révoquer 10 mois de sursis datant de 1998...Delphine Boesel se
rendra le 21 décembre au tribunal de Bobigny afin d’éclaicir cette histoire.
J’ai cru comprendre que tu avais dit au chef de détention de Saint Maur que ta courtoisie légendaire ne pourrait durer bien longtemps, au regard de ce qu’on lui faisait subir et que, de
temps à autre, il te demandait des nouvelles de Cyril. Remercie le pour moi, juste pour ce geste.
Pour alléger ma lettre je te raconte une anecdote. Y’a un type gentil, catholique pratiquant, alter mondialiste, écologiste, qui achète équitable, roule en vélib et tout et tout qui
m’envoie, de temps à autre, des prières pour toi et ton petit frère depuis des mois. Dans un mail, il y a peu, alors que je répondais à des questions qu’il me posait sur toi, il a paru
surpris que je lui dise que tu n’avais jamais eu d’histoire en détention avec les surveillants. Et, que les deux seules fois en douze ans où tu t’étais retrouvé au mitard, étaient une
réponse aux deux tentatives d’évasion que tu avais commises. Celle par hélicoptère, au dessus des prisons de Fresnes, et la seconde il n’y a pas si longtemps, à la très sécuritaire centrale
de Lannemezan. je lui dit que tu avais réussi à parvenir jusque dans le garage des surveillants, en utilisant des souterrains, dont ils avaient oublié l’existence. Du Prison Break pur jus
dans sa 1ère mouture. Episode pour lequel tu vas repasser en jugement et à l’issue duquel, une condamnation viendra s’ajouter aux 45 ans que tu as à faire.Il m’a demandé pourquoi les médias
n’en avaient pas parlé et pourquoi tu n’avais pas d’histoires avec les surveillants. Ne surtout pas faire de vagues pour éroder la grande falaise sécuritaire, et sur lesquelles viendraient
surfer, des abolitionnistes hawaïens et leurs yoko lélé ai je répondu. Puis, je lui ai expliqué qu’il n’y avait qu’un journal Toulousain qui avait parlé de cette tentative d’évasion dans
ses colonnes dans lesquelles tu avais été surnommé « l’homme araignée ». Le type n’en revenait pas, alors, après les questions d’usage, pour savoir si il y avait eu des violences, et après
que je lui ai raconté la douceur de ton expédition, il était estomaqué. je lui ai expliqué qu’une évasion comme la première, au dessus de Fresnes, servait la sécurité mais la seconde
effectuée tout en douceur, la contredisait. Enfin il a fini par me demander si je priais dieu en ce moment et je lui ai répondu : « Oui, il a deux jours j’ai prié Dieu, avec lequel j’étais
en froid depuis un bon moment et vous savez ce qu’il m’a m’a dit à propos de la prison ? A moi aussi l’Enfer-me-ment » !!!
Tiens, pour corroborer mes arguments d’hier, à propos de la médicalisation du monde par enfants interposés, je te livre un extrait de mon expérience sur le sujet, que j’ai écrit sur mes
blog. Je ne sais pas comment aujourd’hui je suis debout, comment j’ai réussi à éradiquer de ma vie, la camisole chimique que l’on avait déposée sur mes épaules de gosse, simplement parce
que j’étais turbulente. Tout ce qui se passe actuellement n’est que la continuité d’une politique de contrôle savamment orchestrée. Mais ça, comme le reste tu le sais déjà...
Aujourd’hui, lorsque je discute avec des psychiatres ils disent que je suis une exception. Moi qui pensais être définitivement socialisée, une fois encore, du haut de leurs certitudes, ils
me classent hors norme !
Les bons docteurs et les droits de l’enfant.
Hôpital silence, blouse blanche et secret...Ma mère est entrée dans le bureau du docteur psychiatre après m’avoir demandé de l’attendre sagement dans cet horrible couloir...J’ai le cœur au
bord des lèvres...Odeur d’éther et ventre serré. Je vous en prie madame, asseyez vous...Chuchotements couperet... « ca rac té rielle », votre fille est « caractérielle ». J’ai tout entendu.
Je ne sais pas ce que ça veut dire vraiment mais, j’ai compris que c’est une maladie.
Avec ce seul mot, Le docteur vient d’enfermer dans son « fourre tout » médical mes peurs, mes angoisses, mon anxiété de petite fille. Occultée l’ambiance à la maison d’une violence inouïe.
Tout ça parce que j’ai refusé de faire ses tests à la con. Il m’a demandé de dessiner un arbre. Moi, je dessine très bien j’ai pris mon temps pour reproduire à l’identique le vieux pommier,
du verger de mon grand père, tordu et nervuré. Mais, je n’allais pas assez vite à son goût. Il a ensuite voulu qu je mettre des cubes l’un sur l’autre suivant leur face et je ne sais quoi
d’autre d’affligeant pour mesurer mon intelligence.
Ensuite, il m’a demandé si j’avais déjà eu des rapports sexuels. Je ne savais même pas ce que ça voulais dire, ou si je jouais avec des garçons. Non j’ai répondu je me bats avec eux quand
ils embêtent mon petit frère. Puis, il a fait le tour de son bureau et m’a demandé de baisser ma culotte aux pieds de ma chaise. Il a glissé sa main entre mes cuisses, au bord des lèvres,
doucement, furtivement, du bout des doigts, sans forcer. Il m’a demandé de ne rien dire à ma mère avec ses mots de docteur, comme un secret d’initié qui n’intéressait pas les adultes et
encore moins les parents. En clair, il m’a saoulée et je l’ai détesté d’emblée. Je ne suis pas folle ok ? Je manque juste de concentration et j’ai une sensibilité exacerbée. Je m’ennuie en
classe, tout me semble trop lent. Je suis une hyperactive avec des collisions de pensées incessantes qui me perturbent . j’ai droit à deux bureaux et quatre cases au fond de la classe dans
lesquelles je ne retrouve jamais rien. Je bouge tout le temps. Je suis une « zenophobe » probablement... Pour faire mes devoirs correctement il me faudrait du calme à la maison. Or, chez
nous la météo familiale est complètement déboussolée. C’est un jour soleil, un jour nuage, pluie de coups et tonnerre de voix. Et même si derrière les cris de mon père brille l’amour de ma
mère, impossible d’apprendre une leçon. La terreur règne en maître à la maison. J’ai une dizaine d’années. Gros temps dans mon cœur. Les gourous institutionnels l’ont décidé. Je suis
malade... Je dois prendre des cachets... De l’Epanal la journée et le soir du Théralène.
En classe, pas de concentration, je suis ailleurs. Avec ma mère pour la plupart du temps. J’ai peur qu’elle aie mal. Que mon père lui fasse mal. Je n’apprends rien à l’école. Tant et si
bien qu’elle a décidé de me placer chez les sœurs, avec la mienne... Nous ne rentrons que le week end à la maison. Pour une fois, je ne suis pas mécontente de quitter la prison familiale.
Debout sur mes rêves je guette mon destin.
Plage de douceur... Odeur de cire... encens d’église...Ma petite soeur s’est évanouie deux fois à la messe...exode de la mémoire...Dentelle des souvenirs...Psy tes cachets font foi...
Lorsque nous sommes sages, sœur Marie Dolorès nous permet de lire « La vie des saints » avant de dormir. J’adore lire. Chut...Je ne dois pas employer ce verbe, les sœurs disent qu’il n’y a
que Dieu que l’on doit adorer...L’histoire de la vie des saints me fait pleurer. Pas des larmes de peine. Non. des larmes de cœur, c’est pas pareil. J’aime cette sensation. Je la crée, je
l’invente même. D’ailleurs, pour la retrouver je chante souvent des chansons tristes dans une langue inconnue. Elles « métallisent » mes pensées d’un composite acier qui me renforce tout en
me faisant vibrer. Elles sortent de mes tripes, me bercent, m’apaisent et me font voyager. Née du bonheur d’être triste, une vague mélancolique déferle de mes yeux dés que je les entonne.
Elles s’envolent dans ma voix et ne m’impriment pas. Mes racines parlent au désespoir qui étouffe mon enfance. Blues d’école de la vie. J’y dérive comme un morceau de banquise au soleil.
...
Je trouve les saints merveilleux. Eux aussi font du bien à ma tristesse. Plus tard, comme métier je veux faire sainte. Pas religieuse, non, c’est toujours pareil et je déteste leurs
vêtements. Je veux être sainte. Sainte Thérèse d’Avilla, sainte Bernadette ou Saint François d’Assise, mon préféré.
Catéchisme ! Sœur Raphaël m’appelle depuis cinq minutes déjà pour son cours. Elle passe et repasse devant ma cachette. Dans mon placard je ne bouge pas, je ne respire pas non plus. Je ne
veux pas qu’elle me voie. Je sais que c’est péché mais je ne veux pas y aller. Tant pis ! Je ferais un « notre père » et un « Avé » et puis aussi un dessin du paradis avec Adam et Eve, je
lui avais promis.
Samedi à la confesse, je n’en dirais rien au curé car, même si il ne dit rien à Dieu, à elle, il va le répéter. J’aime trop sœur Raphaël, je ne veux pas lui faire de peine. De toute façon,
ça changera pas grand chose, J’invente les ¾ de mes péchés. Les vrais sont creux, insipides, identiques ; colère, jalousie, gourmandise. Ils me font honte, ils m’ennuient aussi. Dieu ne
m’en voudra pas, il sait lui aussi que je suis malade. D’ailleurs, je suis sure qu’il l’a su bien avant les médecins. Pour sœur Raphaël il le saura aussi. Il le sait sûrement déjà puisqu’il
sait tout. Il y a plein d’autres choses que je ne dit pas aux sœurs ni au curé. Par exemple, elles ne savent pas que j’adore le diable, enfin, mon père... J’ai pourtant très peur de
l’enfer. Pas celui de chez moi. Non. L’autre, celui d’après. Mais je ne peux pas leur dire ça elles ne comprendraient pas... Je prie matin et soir pour ma famille, pour que nous soyons tous
réunis au paradis. Paraît qu’il n’y pas assez de place dans le caveau familial. Je sais que Dieu n’est que bonté et le curé aussi... Il ne me touche que les genoux...
Il était une fois...Une marchande de foi...qui vendait de la foi...dans la ville de foi...Vite... Mon Dieu... j’ai le très grand regret...le péché vous déplait...ferme résolution... ne plus
vous offenser...faire pénitence. .. Ainsi soit il.
La maîtresse ne m’aime pas. Elle m’a refusé le mot « Albatros » au jeu du baccalauréat en cours de français. Elle a dit que j’inventais des mots, que ça n’existe pas. Elle a donné le point
à sa chouchou. Je m’en fous elle est nulle, elle ne connaît rien. Pas même les oiseaux...
Je suis d’une sensibilité épidermique. Je pressens les évènements. Je les ressens si fort au fond de moi qu’ils s’inscrivent dans ma peau. Picotements, fourmillements et démangeaisons
géantes. Ils me terrorisent parce que je ne les comprends pas. Mes nuits sont remplies d’ombres menaçantes, de planchers qui craquent sous le poids des gargouilles et des monstres. Je les
sens là, tapis, prêts à bondir.
A l’école, je partage les jeux de mes copines, l’esprit habité de catastrophes naturelles ou pas. Sans crier « gare », elles peuvent m’amputer à tout moment, arracher à ma vie les personnes
que j’aime le plus au monde, dans un futur plus ou moins proche. Je ne marche pas non plus sur les lignes impaires que forment les dessins des trottoirs. Je ne prononce pas non plus
certains mots, ma mère pourrait mourir... Je fais ces rituels tous les jours, ma prière tous les soirs. Malgré mon nouveau « pyjama » chimique, mes peurs sont toujours là...Epanal 3, 4 le
médicament se décline en force de dosage suivant le besoin.
Nerfs en pelote... Tricot médical... Dix mailles à l’envers...Une faille à l’endroit... Chimiothérapie de l’enfance... Toxicomanie émergente...
Quand je rencontre la « secte » j’ai douze ans environ. La secte des hommes araignées. Ils sont plusieurs au milieu de ma solitude et de mes peurs, il y en a tout un nid. Ils n’ont pas de
mains, ils ont des araignées...Des araignées à cinq pattes cachées ici ou là, sous la table ou dans un coin. Elles grimpent, s’accrochent, furètent, se promènent sur ma nuque, mes cuisses,
mon ventre ou mon dos. Enormes, velues, venimeuses, inquiétantes. Je suis tétanisée j’ai peur des araignées. La p’tite bête qui monte...qui monte...
qui monte...qui monte...qui monte...qui monte...
Vite, vite, un coup de Baygon-Epanal-Théralène pour effacer tout ça....
Bon voilà, un exemple parmi tant d’autres de la psychiatrisation des enfants. Elle se propage de l’ adolescence à la mort. A moins de sortir du système. Moi j’ai réussi. Mais combien en
sont morts et combien de mômes avalent de la Ritaline ?
Pour finir sur une note optimiste dimanche dernier, lendemain du parloir avec ton frère, je suis partie en vacances tout l’après midi avec l’association "Expression libre". Tu sais cette
association qui m’avait invitée à monter sur scène, il y a quelques mois, pour Slamer avec d’incroyables musiciens. C’était la première fois de ma vie. Je t’avais dit que ça avait été
super. Et bien là, je dois remonter sur scène le 1er décembre et je suis allée aux répétitions dimanche. C’est une sensation indescriptible face à de merveilleux musiciens qui m’ont porté.
Si le bonheur existe, il ressemble à ça. Le soleil se lève enfin sur ma vie. Je suis si heureuse.
Dis à tes amis, qui ont leur famille sur Paris, que cela se passe de 20heures à 23 heures à l’espace Kiron 10 rue de la Vaquerie Paris 11ème . Métro Charonne ou Voltaire. C’est un très bel
endroit.
Je te redis tout ça au téléphone.
Je t’embrasse et t’aime à perpétuité.
Maman
Et Caïn répondit au Seigneur : « Ce châtiment est au dessus de mes forces, je dois me cacher loin de toi. Je serais un
errant un vagabond et le premier venu me tuera. » Et le seigneur mit un signe sur Caïn pour le préserver d’être tué par le premier venu.
Lui qui avait tué son frère a été pardonné par la justice divine alors que celui qui a aidé son frère, au delà de la gravité de son acte, doit être exterminé par la justice des hommes au
détriment du droit. Lorsque la vengeance se substitue à la punition, elle anhile toute forme de rédemption, ce dont, pas même les victimes, brandies comme alibi sécuritaire, ne
profitent...
"Maman je ne veux pas crever ici !"
C’est avec cette courte phrase, entre hoquets de colère, de désespoir et de panique, que Cyril, mon fils, haletant m’a interpellé au téléphone il y a quelques jours. Comme si, à l’issue
d’une traque sanglante, j’étais son ultime planche de salut.
Au-delà du magma émotionnel et affectif, j’ai pu comprendre, avant que la communication ne soit coupée, que, l’administration pénitentiaire, dans un grand élan magnanime, venait de
l’empêcher de faire appel sur une décision arbitraire pour laquelle il n’avait que 24 h pour le faire. Aujourd’hui, même le plus élémentaire des droits n’est plus plus accessible. Le mur se
rapproche à une vitesse vertigineuse...
Dans un récent texte je demandais : « faut il que je me suicide devant une caméra pour tenter de sauver la vie de mon fils et, avec un peu de chance, celle de quelques autres » ?
Aujourd’hui je redemande si dois je réellement passer à l’acte, juste avant que ne soient votés les textes, sur la condition pénitentiaire, pour tenter de sauver mon garçon.
Qu’il puisse sortir debout et vivant de cet univers qui, jamais, ne rendra les hommes meilleurs. Surtout pas en l’état actuel.
Apparemment, il n’y a que cela qui fonctionne dans cette société entièrement aliénée à l’image et au profit et dans laquelle, les recours légaux sont illusoires. Plus de six ans que je les
pratique sans discontinuer.
Même le plus grand des colosses s’érode, sous les assauts du vain...
Les murs suintent la vie qui ne se manifeste pas.
Dans l’espace clos de béton, l’ennui s’affine en fûts de chaînes jusqu’à la dépression. Les heures s’étirent longues, creuses, douloureuses, et sans fin. Pas de réintégration ni de
réinsertion possible, c’est une grande illusion.
Tandis que la sécurité dépose devant chaque tombe cellule, un gros bouquet de leurres dans un fracas de clés, à chaque pas que fait l’humanité sur la route du progrès, la régression se
densifie, alors qu’entre les êtres, la solidarité se délite. Et, tant vantés les droits de l’homme, infectés de panaris géants, laissent entrevoir la ligne brisée de l’horizon. Funestes
complications.
Et, d’états généraux sur la condition pénitentiaire en rapports accablants, même les associations ne peuvent contenir l’abominable et inhumaine infection.
Elle continue de déverser son pus acide sur la planète tout en bourrant ses vides démocratiques qui ne se remplissent pas. Dix pas en arrière pour un pas un avant.
Pendant ce temps, la dictature dépose son grand filet sécuritaire sur les épaules du monde. Mille failles à l’envers pour une maille à l’endroit. Et, tout au bout du compte, détricoter
l’humain.
Plus de peine de mort prononcée, que des peines à vie qui, planchers ou plafonds, sentent déjà le sapin. Effroyables conditions où des hommes entassés à plusieurs dans quelques mètres
carrés, subissent des humiliations qui sont devenues la règle et la torture la norme.
L’égalité des chances n’existe que dans la gémellité du sinistre résultat.
On ne fait pas subir aux animaux ce que l’on fait subir aux hommes, sinon ce serait une véritable levée de boucliers, dans le camp de leurs associations de protection aux 30 000000 millions
d’amis.
L’espoir, lui, a disséminé ses pièges un peu partout, là, où toutes les peines perdues se mêlent.
Etre seul à plusieurs, au coeur d’une fataliste cohésion.
Jamais les hommes captifs n’ont été aussi proches de l’implosion. La fuite à n’importe quel prix. Shit, cachets, suicide ou évasion. Tous veulent saisir la corde.
Que faire ?
Cautionner l’hermétique et ses pratiques ou bien lâcher l’opaque pour l’éthique ?
Refuser ce système où l’arbitraire bâtit autour du droit, de l’humain et des libertés une grande muraille de chaînes, comme une huitième merveille du monde, en y ajoutant à l’infini des
maillons.
En finir avec l’humanité visqueuse qui épouse tous les contours de la sécurité et tous nos à peu près. Et, qu’enfin nos consciences, accouchent de paires d’yeux bien ouverts, à la vision
acérée, mais aussi d’élans solidaires qui se cabreraient devant l’ignoble, l’inacceptable et l’inhumain. Larme à l’œil ou l’œil alarme ?
Ah utopie quand tu nous tiens !
Catherine
Photo : Sàra
QUAND LES PARLEMENTAIRES FONT LEUR TRAVAIL POUR FAIRE RESPECTER LES DROITS DE L'HOMME, NOUS COMMENCONS A ENTREVOIR UN BOUT DE LA
DEMOCRATIE...
Alima Boumediene-Thiery
Membre de la Commission des Lois
Membre de la Délégation Parlementaire
Pour l'Union Européenne
Monsieur le Président de la
Commision Nationale de la Déontologie
Et de la sécurité
62, Boulevard de la Tour maubourg
75007 Paris
Paris, le 12 novembre 2007
Monsieur le Président,
Permettez moi de revenir vers vous au sujet du cas Cyril khider pour lequel vous aviez bien voulu intervenir et je vous en remercie chaleureusement.
Néanmoins, je viens vers vous une nouvelle fois, afin d’effectuer une autre saisine de la commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS).
A la suite d’un accident de sport au centre de détention de Meaux, survenu le 21 septembre, Monsieur Cyril Khider s’est fortement blessé à la cheville. Au centre hospitalier de Meaux un
plâtre lui a été posé pour soigner la fracture de la malléole externe gauche. Il a beaucoup souffert suite à la pose de ce plâtre, alors qu’il sentait son pied placé de travers dans le
plâtre.
Le 26 septembre 2007, il retourne aux urgences alors que sa jambe avait gonflé et un autre plâtre lui a été posé.
Alors que ce plâtre n’était pas sec, une intervention musclée et absolument injustifiée de certains surveillants de l’établissement a été effectuée le jour même.
Il a été plaqué au sol par plusieurs surveillants qui lui ont tordu la cheville avec son plâtre, qui n’était pas encore sec et donc ne lui protégeait pas correctement la cheville.
Cyril Khider a, par la suite, été placé au quartier disciplinaire pour des faits pour lesquels il fut en partie relaxé par la commission de discipline de l’établissement et, qui remettaient
ainsi en cause, l’intervention des surveillants, qui n’auraient pas du utiliser la force sur cet homme blessé.
Quoiqu’il en soit, il est retourné au début du mois d’octobre au centre hospitalier de Meaux pour qu’un plâtre lui soit déposé et il lui a été indiqué à ce moment là, et près de trois
semaines après l’accident, qu’il devait être opéré ; une plaque de fer devant être posée dans sa jambe.
Son avocate et lui ont saisi la Direction Régionale de Paris pour lui permettre d’être opéré dans un autre hôpital que celui de Meaux ainsi que nous avons alerté, la Direction
Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales.
Pour toutes ces raisons, je tiens à saisir la CNDS afin d’établir si de tels agissements constituent un manquement aux règles de déontologie de la sécurité et du droit.
Vous remerciant par avance, je vous prie de croire, Monsieur le Président, en l’expression de mes sentiments distingués.
Alima Boumediene - Thiery
Paris, le 29 octobre 2007
Madame Alima BOUMEDIENE-THIERY
Sénatrice de Paris
Palais du Luxembourg
15 rue de Vaugirard
75291 PARIS Cedex 06
et par télécopie : 01.42.34.40.64
Aff : Cyril KHIDER/AP
Objet : demande de saisine de la CNDS
Madame la Sénatrice,
Je suis le conseil de Monsieur Cyril KHIDER, pour lequel vous êtes déjà intervenue et avez déjà saisi la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité.
Je vous adresse ce courrier afin que vous procédiez à une nouvelle saisine de la CNDS suite à différents problèmes rencontrés par Cyril KHIDER au centre de détention de MEAUX, où il est
détenu depuis quelques mois.
Cyril KHIDER a été victime d’un accident sur le terrain de sport survenu le 21 septembre 2007 et a été emmené aux urgences de l’hôpital de MEAUX en raison d’une perte de connaissance, d’un
traumatisme crânien et d’une fracture à la malléole externe gauche.
Alors qu’il se trouvait sur le terrain de sport, Cyril KHIDER a reçu un ballon à la tête.
Il a chuté, a perdu connaissance et s’est blessé à la cheville.
Au centre hospitalier de MEAUX, où il a été examiné en urgence, un plâtre lui a été posé pour soigner la fracture de la malléole externe gauche.
Il a beaucoup souffert suite à la pose de ce plâtre, alors qu’il sentait son pied placé de travers dans ce plâtre.
Le 26 septembre 2007, il est retourné aux services des Urgences, alors que sa jambe avait gonflé et un autre plâtre lui a été posé.
Alors que ce plâtre n’était pas sec, une intervention musclée et absolument injustifiée de certains surveillants de l’établissement a été effectuée sur Cyril KHIDER le jour même.
Il a été plaqué au sol par plusieurs surveillants qui lui ont tordu la cheville avec son plâtre, qui n’était pas encore sec et donc ne lui protégeait pas correctement la cheville.
Cyril KHIDER a, par la suite, été placé au quartier disciplinaire pour des faits pour lesquels il fut en partie relaxé par la commission de discipline de l’établissement, qui remettait
ainsi en cause l’intervention des surveillants, qui n’auraient pas dû utiliser la force contre cet homme blessé.
Quoiqu’il en soit, il est retourné au début du mois d’octobre au centre hospitalier de MEAUX pour qu’un nouveau plâtre soit reposé et il lui a été indiqué à ce moment-là, et près de trois
semaines après l’accident, qu’il devrait être opéré ; une plaque de fer devant être posée dans sa jambe.
Nous avons saisi la direction régionale de Paris pour lui permettre d’être opéré dans un autre hôpital que celui de MEAUX ainsi que nous avons alerté la Direction Départementale des
Affaires Sanitaires et Sociales.
Cependant, je souhaiterai que la CNDS soit saisie du comportement des surveillants qui, alors que Cyril KHIDER était blessé et ne constituait aucunement une menace pour eux, l’ont plaqué au
sol et lui ont tordu la cheville avec le plâtre, rendant précaire son rétablissement ; puisqu’à la suite de cette intervention, il lui a été indiqué qu’une opération chirurgicale serait
nécessaire.
Je reste à votre entière disposition pour tout renseignement complémentaire afin de vous communiquer toute pièce que vous estimeriez utile.
Dans cette attente,Je vous prie de croire, Madame la Sénatrice, en l’assurance de mes salutations respectueuses.
Delphine BOESEL
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