Mercredi 18 juillet 2007
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Tous les gens naissent égaux
Sauf quand ils sont pauvres noirs ou nés gros
Le lien humain est la ficelle du string
Qui scie les fesses de Martin Luther King
Et tout là haut si le pasteur voit ça
Il a confirmation que le dream ne paie pas.
Car la sécurité crée l'empire et non l'emploi
Dans ton immeuble tu t'fous que ton voisin
Soit Polonais Tchèque ou Roumain
Mais tu ne voudrais pour rien
Qu'il soit Sénégalais Peul ou Malien
Pourtant tu sais qu'la faim c'est moche
Que pour la fuir ils ont vidé leurs proches
Et sont venus nourrir en France
Un p'tit bout du Congo ou de la Casamance.
Tri sélectif dans la poubelle humanitaire
On leur vole leur cerveau après avoir pillé leurs terres
Et tout c'que trouve la "France affaire"
Pour bloquer l'hémorragie sanitaire
C'est un Tampax sécuritaire.
Tu vis en te tenant les côtes
Tandis qu'ils s'échouent sur nos côtes.
ou dans des trains d'atterrissage
Lors d'un ultime passage.
Dans les charters post colonisation
Ils crèvent d'un cancer du colon.
Mais toi t'es qui et surtout tu fais quoi
T'es déjà cuit lorsque tu restes coît
Tandis que tous les petits shérifs
A Dakar Saint Denis ou Sétif
Ont empoigné un cruciforme
Pour revisser en somme
La casse de l'oncle Tom
Aux frontières dans les taules
Partout vidéo et contrôle
L'état surveille ses plantations
de pure misère et de béton.
l'échograpie d'l'humanité dans son cursus
vient nous montrer une fois de plus
L'avortement des trois foetus
Qu'elle avait osé baptiser
Fraternité égalité et liberté
Devant tout ça faut pas qu'nous oublions
Que peines planchers charters ou plafonds
Trop souvent nos consciences et nos actions
Font aussi de la rétention.
Par Catherine
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Vendredi 8 juin 2007
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17:34
La justice et la pénitentiaire démasquées, le droit des victimes bafoué...Retranscription presqu'intégrale du procès des frères Khider aux
assises du super loto pénal : Pas de jackpot pour les vraies victimes même si les avocats des parties civiles scandent en coeur pendant le tirage: "Le million! le million!le million!!!
JEUDI MATIN :
Palais de justice hyper sécurisé : gendarmes sur les toits, escortes renforcées, double fouille avec double portique, interdiction d’entrer avec un téléphone portable même éteint, sauf pour
quelques avocats.
Dans la salle pleine de matons, de directeurs régionaux des flics encore…Le cirque sécuritaire est réglé au millimètre près histoire de souligner aux journalistes et aux jurés : attention vous
allez voir de dangereux et irrécupérables criminels…
Dés l’ouverture du procès, la présidente pensait pouvoir régler rapidement les préliminaires, tirage au sort des jurés, lecture de l’acte d’accusation. C’était sans compter sur la pugnacité des
trois inculpés et de Bernard Ripert (avocat de Mounir du barreau de Grenoble).
Premier incident :
Il commence par demander l’annulation du procès et son report à cause d’une fouille qu’ont essayé de lui imposer les gendarmes à l’entrée du palais. Il a ensuite été bousculé et éjecté dehors par
les gendarmes devant les jurés et d’autres témoins qui assistaient à la scène. Il dépose des conclusions auprès de la greffière car cela représente un discrédit jeté d’emblée sur la défense qui
apparaît du coup aux yeux du jury comme sujette à caution.
Interruption d séance, plaidoirie des avocats de la partie civile qui acceptent eux d’être fouillés comme tout citoyen et ne voyant là qu’une mesure sécuritaire nécessaire. Réquisitoire de
l’avocat général qui rappelle qu’un avocat peut être pris en otage par les accusés (via sa famille qui serait retenue par des complices) et se trouver dans l’obligation de procurer des armes pour
une tentative d’évasion…Ripert balaie tout ça, en leur rappelant fermement quelques vérités sur les véritables raisons de cette mascarade sécuritaire. Interruption, délibéré, la présidente
déclare nulle la demande de Ripert.
Second incident:
Christophe et Mounir refusent de se lever lorsque la présidente leur parle.
Grandiloquente et sévère, elle somme Christophe de se lever. Il lui répond immédiatement: « alors que je vous l’avais demandé et que cela ne représente aucun danger pour vous, vous avez refusé
que je sois à côté de mon petit frère Cyril dans ce box et que nous puissions nous voir au dépôt. Nous ne nous sommes pas vus en liberté depuis 1992 et la dernière fois c’était dans un parloir de
la prison de Fresnes en 200. Vous ne nous respectez pas, je n’ai aucune raison de vous respecter».
A partir de cet instant, ils ne se lèveront quasiment jamais, excepté lorsqu’ils estimeront devoir le faire pour une personne venant à la barre ou pour prendre la parole. Pour la pilote, son
avocat et quelques autres par exemple.
Comme tout a pris un certain temps, la présidente déclare vouloir commencer le procès de cette tentative d’évasion dont sont coupables les trois présents dans le box.
Ripert dépose une nouvelle conclusion et demande à nouveau le report du procès de cette tentative d’évasion devant une autre cour d’assises, la présidente ayant plus que clairement établi la
culpabilité alors que l’acte d’accusation n’a pas encore été lu et que les jurés n’avaient pas été tirés au sort.
Nouvelle interruption, plaidoirie et réquisition de l’accusation qui bien évidemment jure ses grands dieux qu’on ne peut pas comprendre dans les paroles de la présidente le soupçon d’une
partialité, Ripert démontre le contraire et met en évidence le rôle de la présidente qui, tout comme l’instruction mènera les débats à charge, tentant d’influer sur les témoins, les jurés, etc.
Interruption, délibéré, la présidente annule la demande de Ripert.
La présidente présente les différents protagonistes et indique que l’Ufap et Fo pénitentiaires sont parties civiles dans ce procès. Ripert interrompt immédiatement et dépose des conclusions pour
que ces deux syndicats ne puissent être parties civiles. Il est déjà tard dans l’après midi et la présidente montre des signes d’agacement et commence à perdre son sang froid. Elle menace Ripert
en lui indiquant qu’elle va refuser ses interruptions : il lui répond fort calmement qu’il dépose une conclusion sur le fait qu’elle lui refuse de déposer des conclusions. Le ton monte, elle
comprend qu’elle n’aura pas le dernier mot, que la bataille ne fait que commencer et s’excuse péniblement de sa réflexion. Interruption.
Ripert plaide logiquement que FO et UFAP n’ont rien à faire là en tant que syndicats, qu’ils n’ont pas été attaqués en tant que tels et les victimes, si il y en a, sont des surveillants en
particulier. Ou sinon il faut choisir, soit c’est la profession qui est attaquée et les surveillants retirent leurs plaintes, soit ce sont les surveillants qui sont les victimes et les syndicats
n’ont rien à voir.
L’avocat des syndicats pénitentiaires (Winter) déclame que les syndicats sont pour le progrès social et que c’est dans cette optique qu’il faut considérer cette représentation. Suspension, la
présidente reporte sa décision.
Les jurés sont tirés au sort.
La greffière lit l’acte d’accusation.
L’audience est suspendue pour la pause repas.
Du coup, dés le début, le procès a été bousculé. La cour d’assises qui pourtant est une mécanique bien huilée, a été forcée de se révéler pour ce qu’elle est véritablement : une machine à broyer,
où s’il n’est pas contesté d’emblée, le pouvoir de la présidente est absolu, où les jurés ne sont que des alibis à légitimer une accusation et une condamnation programmée.
Mais, les trois accusés, Ripert ainsi que Delphine Boesel ne laisseront jamais ronronner ce procès où d’habitude la cour
s’endort du sommeil du juste pendant le réquisitoire de l’avocat général qui demande tranquillement une peine de trente ans.
JEUDI APRES MIDI :
L’enquête de personnalité des trois accusés, Christophe, Cyril, Mounir et témoignages de Claude Charles Catherine dite Catherine (la mère de Christophe et Cyril) et de leur père (beaucoup plus
réservé).
Elle s’adresse à la pilote de l’hélicoptère pour lui dire mes sincères regrets et souligner son extrême courage. Puis, elle se dépouille de ses faux semblants. Dans un streap- tease familial au
tempo de vérité elle se met à nu. Elle raconte l’enfance de Cyril, son impossibilité à se construire alors qu’elle a une seringue plantée dans le bras, une paille dans le nez, ou un joint à la
bouche. Le tout entre des allers retours incessants en prison. Elle raconte cette année 1973 où enceinte de Cyril elle perd sa petite sœur, de un an sa cadette qui meurt dans d’affreuses
circonstances. Elle raconte sa tentative de suicide quelques jours après cet horrible événement et les bagarres avec le père de ses fils. Elle raconte sa désertion, sa peur de ne pas vivre et de
vivre, son incapacité à être mère alors qu’elle n’est qu’une ado. Les jurés sont émus, certains font des efforts désespérés pour ne pas pleurer. Plusieurs d’entre eux lui adressent un petit
sourire de compassion. Elle n’est ni dans le misérabilisme ni dans le pathos, elle énumère des faits crus, froids, cliniques mais bien réels. Délabrement de l’estime de soi, effondrement de l’égo
au milieu des ruines affectives, émotionnelles et familiales. Effondrement de la conscience, comment se construire derrière tout ça demande t’elle à la cour d’une voie claire et tonique ?
Puis, elle raconte les frasques de Cyril sur le toit du métro lorsqu’il l’appelait au secours et qu’elle n’entendait rien, autiste qu’elle était. Alors que son esprit était perdu dans le piston
d’une shooteuse, il montait sur un wagon suivi de ses copains puis se jetait à plat ventre juste à l’entrée des tunnels, jusqu’au jour où un de ses copains ne s’est pas jeté à plat ventre à
temps, il s’est pris le béton en pleine tête…Il n’est pas mort, mais il ne reconnaît plus ses parents…Désespoir de l’adolescence solitaire. Face à la cour, elle raconte son mal amour, la
démission, les foyers, les peurs de gosses, la drogue qui l’a conduite en prison, les juges pour enfant, l’amour entre les deux frères, alors que le sien est en guenilles. Pas cette maladie
incurable aux yeux de la justice lorsqu’elle fait état de l’amour fusionnel. Non. Catherine parle de l’amour qui cimente les êtres. Amour de même nature que celui qui fit que Lucie Aubrac fit
évader son mari des prisons allemandes à Lyon. Elle regarde toute sa vie en plissant des yeux, elle trébuche sur les maux de ses enfants. Dans le box, ses fils sont effondrés, leurs émotions sont
en morceaux.
Elle raconte comment l’Acat (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture), Ban public, le nouvel Ob’S, le parisien Val de Marne ont soutenu Cyril durant sa grève de la faim, précisant que
sans eux elle n’aurait pas pu tenir face à la machine à broyer de la justice et de la pénitentiaire.
Comment tous les membres de l’Acat ont écrit au doyen des juges du tribunal d’Evry pour exiger une enquête à propos de cet isolement prolongé, combien elle leur est reconnaissante. Tous ces «
pieux » sont entrés son cœur. Elle raconte les interventions de l’Oip et de Delphine Boesel lorsque Cyril se faisait torturer dans l’opacité concentrationnaire des quartiers d’isolement.
Cinq ans sur six qui en valent 20 assène t’elle fermement. Elle rappelle que ces six années de détention provisoire contre lesquelles elle s’est battue pied à pied pour faire lever cette
effroyable mesure étaient également désertées par la présomption d’innocence. Racontant comme son fils un peu plus tôt, une partie des tortures subies durant toutes ces années de ténèbres.
Tabassages, Côtes cassées, pied cassé, viol de ses parties intimes par une dizaine de matons lui ayant écarté les fesses, deux empoisonnements, etc. Le tout dans l’indifférence quasi générale.
Elle parle aussi de cette série fiction « Prison break » regardée par 7 millions de Français à chaque fois qu’elle passe à la télévision pour une grande messe hebdomadaire, alors que la réalité
est tout autre.
La vie l’anime à nouveau lorsqu’elle raconte le travail de reconstruction entamé avec Cyril ces dernières années. La restauration de son égo et de son estime de soi, sa place qu’il a reprise dans
la fratrie. Ils ont retissés des liens, dénoués leurs nœuds gordiens, virés pensées douleur et malheur. L’évolution a été fulgurante et concrète, fédératrice d’énergie positive et d’envies. Dans
la tête de Cyril des projets de vie, une fille à construire dans la liberté, la compassion, la solidarité. Même si son devenir reste à écrire il est ancré dans le présent. Rejet du subir, se
créer, mûrir, fleurir ou se fertiliser en fûts de « chaînes » peut être, mais se construire quand même. A bout portant aimer les siens aimer la vie.
Puis elle, elle conclue en demandant aux jurés de bien vouloir accorder une chance à Cyril. Après avoir posé une question à la cour : « Quel est celui ou celle d’entre vous, qui, placé(e) dans
une situation inextricable ne rêverait pas de voir arriver son frère, son père, sa sœur pour le (a) a sauver ? Que celui ou celle qui ose affirmer le contraire lui jette la première « pale ».
Ensuite, elle se met à parler de Christophe précisant qu’elle passe outre son interdiction de parler de lui, de leur relation fusionnelle jusqu’à ses 16 ans, de même nature que celle qui unit les
deux frères et qui est tout sauf une maladie émotionnelle. Elle raconte que Christophe n’avait que des rêves de gosses, il voulait réunir tous les siens autour de lui dans l’amour et le mieux
être et que c’est l’idéalisme et l’utopie qui ont guidé sa vie jusqu’à son incarcération, il y a 12 ans, lorsqu’il avait 24 ans.
Vendredi 9 mars:
La journée a débuté par une remise en place de la greffière de Ripert parce que celle-ci essayait de ne pas enregistrer un dépôt de conclusion qu’il exigeait qu’elle note car on venait encore
d’essayer de le fouiller à l’entrée ! Tout de suite ça commence dans le speed et cela oblige la présidente à se montrer pour ce qu’elle est.
Témoignage de Marielle Simon, pilote de l’hélicoptère:
Elle raconte avec précision ce qu’elle a toujours dit : la prise d’otage, le survol de la zone militaire pour essayer d’alerter les autorités, ce qui a été fait puisque les flics savaient alors
qu’un hélicoptère survolait une zone interdite et se dirigeait vers la banlieue parisienne. Puis, le vol stationnaire et ce premier « ah les cons ils tirent », les balles qui ont atteint
l’habitacle de l’hélicoptère dont une pas loin d’elle, à quelques centimètres du réservoir de Kérosène, la blessure de l’un des trois, le départ, l’atterrissage sur le terrain de sport et le
remerciement du « meneur » avant d’être menottée. Elle était certes partie civile contre les trois dans ce procès, mais elle conservait toujours cette interrogation en filigrane pourquoi lui
avait-on tiré dessus ?
Puis, c’est au tour du surveillant Taffin, en poste au mirador qui a ouvert le feu sur l’hélicoptère, de témoigner.
Et là aussi l’AP a montré son vrai visage, « mieux vaut deux cents morts que deux évadés ». Il a parfaitement assumé le fait d’avoir tiré, à l’aveugle, ne sachant pas qui se trouvait dans
l’hélicoptère, qu’il ne pensait pas aux otages mais que son travail était d’empêcher coûte que coûte les évasions, qu’il aurait d’ailleurs encouru des sanctions disciplinaires, voire une GAV pour
complicité, s’il ne l’avait pas fait. Il conclut son magnifique discours par « si c’était à refaire, je le referai "… en sachant que Mlle Simon qui était dans l’hélicoptère est encore
dans la salle : pas un mot d’excuse pour elle, il lui tire dessus une seconde fois avec une rafale de paroles fanfaronnantes devant une salle bondée et des jurés médusés.
Cyril Khider avait tenu lui, à exprimer ses profonds regrets à la courageuse pilote pour les tourments causés.
Du coup, Marielle Simon et son avocat ont compris qui étaient les véritables dangers, qui avaient failli la tuer sans l’ombre d’une hésitation. Et Marielle Simon est revenue dire à la barre
qu’elle insistait sur le fait que les premiers coups de feu tirés depuis l’hélicoptère n’avaient commencé qu’après le « les cons, ils tirent », ce qui signifiait bien que le mirador avait ouvert
le feu en premier en toute « illégalité ».
Sur ce coup, la présidente venait de perdre une partie civile qui jouera en fait contre elle et la position de l’AP : cet élément sera décisif aussi aux yeux des jurés qui ne pouvaient pas mettre
en doute la parole de la pilote. Pourtant celle ci, partie civile contre Christophe, Cyril et Mounir de ce dossier, victime donc, n’a pas été une seule fois prise en compte. Ceci laisse entrevoir
la manipulation du statut victimaire. Une fois de plus on a la confirmation dans ce genre de procès que la victime qui se contente de dire la vérité et ne hurle pas avec les loups, se voit
dépossédée de ce statut et livrée à la vindicte de l’autorité.
Il est important que les victimes sachent qu’elles seront jetées en pâture dans des cours d’assises ou de correctionnelles. Elles ne toucheront jamais le jackpot au tirage du grand loto pénal.
Elles ne servent que de boucliers humains à une politique ultra sécuritaire qui les brandit pour asseoir des mesures toujours plus liberticides, coercitives et surtout rentables ou pour occulter
les sujets embarrassants pour lesquels elle n’a aucune réponse. Une victime qui ne dit que la vérité est une mauvaise victime…
La journée se termine comme elle a commencé, Christophe dit à la présidente que leur présence est inutile car elle ne leur laisse jamais la parole.
LUNDI 12 MARS:
La matinée est dévolue au rapport de l’expertise balistique de M. Schlingé. Moment important car c’est en s’appuyant sur les conclusions de cet escroc que l’accusation entend prouver aux jurés
que les trois occupants de l’hélicoptère (dont Cyril a reconnu faire partie) auraient tiré les premiers justifiant ainsi les tirs du surveillant Taffin sur l’hélico en situation de légitime
défense.
Exposé très long, fondé sur le visionnage de deux cassettes, films tournés par des témoins habitant dans la cité qui jouxte la prison (certainement des matons). On voit plusieurs fois ces
cassettes, avec l’image puis sans l’image, au ralenti. Et l’expert tente de décrire chaque coup de feu avec une objectivité parfaitement aléatoire. De fait, c’est son seul titre d’expert qui
donne du crédit à ce qu’il raconte, car à la vérité on n’entend pas du tout sur les cassettes ce qu’il décrit. La seule chose certaine reste que les trois compères eux n’avaient aucun intérêt à
un échange de coups de feu, étant donnée la précarité de leur situation en vol stationnaire au-dessus de la cour. Mais qu’importe le trio infernal essaiera par tous les moyens de convaincre les
jurés de cette absurdité : l’expert, la présidente, l’avocat général. C’était encore une fois sans compter les accusés eux-mêmes, les avocats de la défense, et l’avocat de la pilote de
l’hélicoptère qui ont mis à mal cette version toute faite.
Pour l’expert il est incontestable que les premiers coups de feu ont été donnés par la kalachnikov depuis l’hélico : il compte même 18 coups avant le premier tir venant du sol. La distinction se
fait d’après lui selon la qualité du son, assurant les jurés que les tirs de l’hélico s’entendraient mieux et plus nettement que ceux du mirador.
Christophe demande le visionnage d’une autre cassette, qui comme par hasard n’a pas été soumise à expertise (celle diffusée par FR2) et qui pour la présidente ne présente aucun intérêt :
et pour cause, on n’entend pas les mêmes coups de feu. L’ambiance se tend à nouveau, la présidente cherchant à faire taire Christophe en lui ordonnant de ne parler que par l’intermédiaire de son
avocat. Ripert intervient à son tour pour rappeler à la présidente que Christophe est tout à fait en droit de poser des questions et d’intervenir.
Les questions posées à cet « expert » vont ruiner ses mensonges.
La première chose qu’il faut rappeler est que l’arme de service qui se trouvait dans le mirador et dont s’est servi Taffin a évidemment pu être rechargée avant d’être mise sous scellés : on a
ainsi minimisé le nombre de coups tirés par Taffin, et permis ainsi de refabriquer une chronologie farfelue des tirs.
L’avocat de la pilote de l’hélicoptère, bien que partie civile contre Cyril, Christoph et Mounir dans ce procès, devant l’énormité du témoignage de « l’expert » remet immédiatement en cause la
pseudo scientificité de l’analyse sonore.
Il prouve ainsi que celle-ci ne peut pas suffire et demande une comparaison avec d’autres éléments. Il demande confirmation qu’on a bien affaire aux originaux, ce qui n’est pas le cas. Il demande
si l’on a examiné le matériel qui a filmé, la capacité des micros, celle de la bande passante : non, bien évidemment. Il met en valeur le fait qu’on n’a même pas comparé un tapotement sur le
micro et l’enregistrement d’un coup de feu. Il rappelle qu’il est avocat dans l’aéronautique depuis fort longtemps et qu’il a étudié de très près le dossier concernant le crash du Concorde :
l’éclatement du pneu de ce dernier n’a jamais été audible dans les enregistrements alors il s’étonne de la soi-disant évidence des preuves avancées par l’expert. La présidente le somme de ne pas
faire de commentaires et de s’en tenir à des questions.
Delphine Boesel (avocate de Christophe) note que si l’on suit le décompte des tirs fait par l’expert, il y a un problème de chargeur et du nombre de balles retrouvées. La présidente lui coupe
aussi la parole, cherchant à déconsidérer ses questions.
Ripert se lève à son tour et hurle à l’intention de l’expert : « vous êtes nul, nul, complètement nul et votre expertise est fausse ». Il lui rappelle qu’il les connaît bien les experts, qu’il a
l’habitude d’eux et de leur soi-disant scientificité qui cache mal des allégations bidon servant juste à légitimer des peines de prison.
Il commence par lui rappeler qu’il a lui-même convenu avoir travaillé avec un autre expert, en
prises de sons celui-là, mais que son confrère n’est pas là pour témoigner de son travail, alors qu’il ne fait que le rapporter : en fait il reconnaît sa parfaite incompétence en la matière.
Ripert exige la présence de l’expert audio. La présidente refuse, une fois de plus le ton est donné…
L’expert est décontenancé, il n’a pas l’habitude d’être apostrophé de la sorte, en général il est reconnu comme une espèce de savant dont on ne peut pas mettre les dires et la compétence en
doute. La première question posée par Ripert est pourtant évidente : l’expert a dit que les derniers coups de feu avaient été tirés par le mirador (puisque les premiers l’avaient été depuis
l’hélicoptère) alors que Taffin était gravement blessé à la poitrine !!!
Ripert peu à peu oblige l’expert à se confondre malgré l’aide de la présidente qui fait tout ce qu’elle peut pour le tirer de ce mauvais pas. Du coup l’avocat de l’hélico reprend la parole disant
que l’on ne peut pas faire coïncider l’expertise et le témoignage de M. Simon. L’ambiance est survoltée, la présidente s’exprime complètement à charge sentant que la faiblesse du dossier est en
train de se révéler devant les jurés. Et l’expert est finalement obligé d’admettre qu’il ne peut assurer qu’il n’y a pas eu de coups de feu avant le premier tir de kalachnikov depuis
l’hélicoptère.
La présidente demande à revoir encore les deux films histoire d’essayer de convaincre les jurés dont certains affichent des signes d’exaspération devant certaines évidences qu’elle essaye de tout
simplement occulter, notamment celle que le mirador n’a fait que riposter. Peine perdue tout le monde a vu s’écrouler lamentablement la théorie de « l’expert ».
Lundi après midi :
Interrogatoire de Cyril sur les motifs de son geste. En fait l’accusation tente de prouver que Cyril est l’organisateur de cette tentative.
Cyril revient sur ses échanges avec Christophe au parloir : « il ne m’a jamais demandé de m’en occuper ; mais il me mettait la pression parce que d’autres gens ne voulaient pas faire ce qu’ils
avaient dit. Et cela faisait plusieurs dimanches qu’il attendait et du coup il espérait de moi que j’aille les secouer. Un mois ou deux avant, il m’avait prévenu que des gens allaient me
contacter. Je les ai rencontrés à ce moment-là. Et si, dans mes premières déclarations j’ai endossé la paternité de tout le projet, je n’ai en fait été que le relais entre mon frère et ses
complices. J’ai aussi gardé le sac d’armes. Lors du dernier parloir avant le fameux dimanche, Christophe s’est fâché et m’a demandé de ne plus revenir et de faire ma vie. » Du coup, voyant que
les autres ne mettaient pas leur promesse à exécution, la seule solution pour Cyril était de participer à l’opération pour qu’enfin elle se fasse. Cyril reconnaît avoir fait sortir les clients de
l’hélico, puis les trois ont pris place dans l’habitacle. Cyril était à l’arrière droit, derrière le pilote. Puis lorsqu’ils sont arrivés au-dessus de Fresnes, ils ont survolé les cours avant de
stationner, « on est arrivés entre la première et la deuxième division. J’ai rapidement vu Christophe et Mounir. Ils étaient dans la cour. Puis, je les revois une fois qu’ils sont montés sur le
toit. En arrivant on a tenu en joue le mirador avec le Famas démilitarisé, en espérant que le maton se coucherait dans le mirador. Ensuite, j’ai vu le mirador pointer son arme sur mon frère, je
l’ai vu sauter en panique dans la promenade, je suppose qu’alors que le mirador leur a tiré dessus également. Je regarde à nouveau le mirador et je le vois en train de nous viser. Je commence à
lancer la corde et je me rends compte que le mirador nous tire dessus c'est à ce moment que je dis : « Ah les cons ils nous tirent dessus ». Ce n’est seulement qu’après que nous avons
riposté aux tirs de Taffin. Moi je suis touché, mais je n’ai ressenti la douleur qu’un peu plus tard. »
Cyril insiste sur le fait que tout est loin d’être calculé, ce n’est pas une opération militaire comme on voudrait le faire croire. Entre la théorie et la pratique, il y a une grande différence.
Pourquoi ont-ils jeté le sac dans la cour, il ne le sait pas. Tout a été transformé parce que le surveillant a tiré, on était persuadé qu’il n’y aurait pas de coups de feu, que le mirador allait
se protéger et que nous pourrions repartir sans avoir besoin de nous servir d’armes.
La présidente, toujours aussi partiale, pose des questions à Cyril sur ses complices, en lui disant qu’il doit forcément savoir qui ils sont, et même qu’il les a revus après la tentative. Très
illustratif de la manière dont elle cherche à influencer les jurés : elle lui parle d’un « complice » alors qu’elle sait très bien que la personne en question a eu un non lieu pendant
l’instruction, mais qu’importe cela laisse toujours un doute dans l’esprit des jurés. « Après l’opération vous avez reçu un coup de téléphone d’un de vos complices qui vous disait Mon petit
canard, où en es-tu ? » Et heureusement que Cyril flaire immédiatement le piège grossier et répond du tac au tac à la présidente « Vous insinuez que j’ai revu un des complices en citant ce coup
de téléphone alors que vous savez très bien qu’il venait de Pascal A., un ami de mon frère, et que ce dernier a été blanchi dans cette histoire et donc il ne peut pas être pris pour un complice !
» La présidente cafouille et conclue en disant qu’elle présume ce qu’elle veut et que l’incident est clos.
Puis l’avocat des matons (Winter) tente de faire dire à Cyril, encore une fois, que l’hélico a tiré le premier, avant le jet de la corde en affirmant que c’est ce qu’il a vu dans les
cassettes. Cyril lui répète « Je ne suis pas venu pour tirer ou blesser qui que ce soit. Je venais chercher mon frère. Pour moi il n’était pas question de tirer, seulement d’impressionner. » Et
puis comme Winter insiste lourdement, Ripert le fait taire en lui disant « ça va, on a compris ce que vous voulez dire aux jurés, qu’ils ont affaire à des brutes sanguinaires mais ce n’est pas le
cas, alors fichez-nous la paix avec vos impressions qui ne reposent sur aucun élément. »
Cyril, pendant tout ce témoignage, a montré que dans ce genre d’aventure, on est loin du professionnalisme attribué par l’accusation à tout le grand banditisme, décrivant aussi bien la
détermination que les peurs, les regrets pour la pilote et même « quand j’ai vu Taffin ramper, j’ai immédiatement compris que tout devenait grave malgré nous, et là j’ai ressenti la peur
».
Interrogatoire de Christophe :
Echange très tendu entre la présidente et Christophe. Elle ne supporte pas qu’il parle car il a un langage précis, un vocabulaire choisi et un charisme indiscutable. Il est l’anti thèse de sa
représentation mentale de ce que devrait être un délinquant. Elle cherche à le faire taire tout le temps, lui coupant la parole, essayant d’empêcher qu’il explique ce qui s’est passé.
Simplement parce que tout ce qu’il dit est extrêmement clair et évident et qu’elle a peur de l’effet que cela peut avoir sur les jurés. Faisant semblant de ne pas comprendre ce qu’il décrit, elle
lui dit pendant ce moment « Vous êtes pénible M. Khider » Il répond « Si moi je suis pénible, vous êtes très lourde. » Elle perd les pédales et n’ose même pas répondre et préfère botter en
touche. Il raconte comment il a préparé cette évasion, comment et pourquoi il l’a proposé à Mounir tardivement en voyant que lui aussi ne supportait plus Fresnes. Pour lui, il n’était pas
question que Cyril monte dans l’hélico. « Pour nous, ce qui était sûr, c’était qu’on ne voulait pas mourir dans la prison. On savait que les matons nous tireraient dessus une fois que l’on aurait
attrapé la corde, comme ils l’ont toujours fait dans ces cas-là. C’est pour cela que j’avais exigé un baudrier, car même blessé à mort on ne serait pas retombé dans la cour. Quoiqu’il arrive
je ne voulais pas mourir dans ce chiotte immonde qu’est la prison Fresnes. »
Et l’avocat général de chercher à provoquer Christophe pour le faire sortir de cette clairvoyance dont il fait preuve, et pour casser aux yeux des jurés l’image des liens familiaux : « Pourquoi
n’avez-vous pas profité de votre notoriété pour aider votre mère, alors qu’elle était dans le besoin. » Christophe, patient, prend la peine de répondre à cette question parfaitement insultante «
Je trouve vos propos un peu bizarres. Mais oui je l’aidais à l’époque, comme je pouvais, mais il ne s’agissait pas des mêmes sommes. » Le proc lui dit insolemment « Et vous pensez donc que
trente-sept ans de prison, c’est invivable ? » Et Christophe prend encore la peine de lui répondre « Oui je ne veux pas mourir en prison ! »
Delphine Boesel lui demande « Quel était le but de tout ça ? »
Christophe « Sortir de l’enfer. Pour revivre. Ne pas être sur le qui-vive, retrouver le monde… »
Ripert : « Que pensez-vous de l’expertise de M. Schlingé ? »
Christophe : « Elle est fausse. De toute façon, on m’a refusé toutes les confrontations pendant l’instruction. C’est bien que l’on veut cacher quelque chose. »
Delphine précise que Christophe n’a été entendu qu’une seule fois en cinq ans d’instruction et qu’il a toujours dit que les premiers tirs venaient du mirador.
A la présidente qui accuse Christophe d’avoir refusé des extractions, Il lui répond qu’il a refusé une seule fois pour protester contre les conditions de ses transferts depuis des lointaines
maisons d’arrêt (Perpignan, Strasbourg, Rouen…) Menottes aux poignets, aux pieds, masque sur les yeux. La totale, version américaine.
Mounir décrit à son tour les conditions de détention qui l’ont poussé à vouloir s’évader, il ne voulait pas non plus crever en prison.
Puis, les surveillants en poste dans les autres miradors ce jour-là, viennent témoigner en affirmant leur « solidarité » avec Taffin : questionné par l’avocat de la pilote d’hélicoptère, ils
affirment que placé comme Taffin, ils auraient de la même façon ouvert le feu sur l’hélico.
Un autre surveillant ment en disant qu’il y a eu une rafale tirée en sa direction, certainement par Christophe, or Ripert lui rappelle simplement qu’on n’a retrouvé ni impacts ni douilles.
Puis, un autre avoue qu’il aurait eu le temps d’ouvrir la porte aux surveillants pris en otage, mais qu’on lui a interdit de le faire…
Comme la défense pose des questions embarrassantes pour l’AP, qui a du mal à cacher qu’elle aurait pu éviter tout ça et que la hiérarchie avait encouragé les coups de feu, quitte à faire des
blessés ou des morts, la présidente vole à leur secours, en embrouillant tout, en concluant à la va-vite, en embrouillant quitte à gommer les éléments importants. La partialité est telle que
les jurés n’ont pas pu ne pas le comprendre. D’autant plus que ni Ripert, ni Christophe ne lui font de cadeaux. La tension est encore très forte, les mensonges de l’AP ne passent pas comme la
cour l’aurait souhaité !
MARDI 13 MARS :
Journée consacrée aux témoins, le matin les prisonniers, l’après-midi les flics et Pueyo directeur de Fresnes à l’époque des faits et actuel directeur de la prison de Fleury Mérogis où se trouve
Christophe depuis le procès.
Matin :
Audition de Samuel Lamy, un des nombreux prisonniers qui étaient dans les cours de promenade de Fresnes ce dimanche et qui ont tout vu. Sur les plus de deux cents, seulement deux ont été
entendus, parce qu’ils ont insisté pour le faire !
Evidemment, la présidente ne peut pas s’empêcher de commencer l’audition par le rappel de la condamnation de Samuel, condamnation qui n’a rien à voir avec le témoignage mais qui est de nature à
le discréditer aux yeux des jurés. 30 ans de réclusion criminelle pour meurtre, il est en cassation. Ripert intervient immédiatement et la somme de se concentrer sur le témoignage lui rappelant
qu’on n’est pas là pour juger M. Lamy mais bien pour l’entendre.
« Je suis descendu en promenade. On a entendu un hélico arriver. J’ai vu un des passagers pointer une arme en direction du mirador mais sans tirer. Puis, on a vu le mirador tirer sur l’hélico, au
moment où un des passagers essayait de dégager la corde des filins de sécurité. Après le départ de l’hélico il y a eu un début de mouvement, des portes de cellules ont été cassées. Puis les CRS
sont intervenus, vers 3 heures du matin, ils nous ont frappés à coups de matraque. Le lendemain, fouille ministérielle et ils nous ont saccagé nos cellules.
Le 2 juin, j’ai adressé un recommandé accusé de réception, au procureur de Créteil pour porter plainte contre l’AP pour mise en danger de la vie d’autrui. Car si l’hélico était tombé nous
serions tous morts en dessous. Je n’ai jamais eu de réponses. Bien au contraire, cela m’a valu un transfert. »
La présidente commence à poser ses questions toujours aussi décalées que partiales. « Comment avez-vous pu voir tout ça ? » Alors que Samuel venait de dire qu’il était juste en dessous ! Il
confirme « Oui, le surveillant du mirador a tiré le premier, les coups de l’hélico ne sont partis qu’après. » « Je n’ai entendu aucune sommation. » « Tant que le surveillant du mirador était
visé, il n’a pas tiré. C’est quand l’occupant de l’hélico a dégagé la corde, qu’il a un peu penché la tête à l’extérieur que le mirador lui a tiré dessus. »
Samuel précise que pour mieux voir, il a pris appui sur un crochet d’une porte de la cour, crochet qui devait servir dans le temps à accrocher des chevaux et que l’on n’avait jamais enlevé. La
présidente et les parties civiles mettent en doute la parole de Samuel à propos de ce crochet qui d’après eux n’existent pas. Cela dure, alors Ripert se lève et dit que cela suffit et que si l’on
ne veut pas croire le témoin, il demande une suspension du procès aussi longue que nécessaire pour que l’ensemble de la cour aille vérifier sur place la véracité du témoignage. Il rappelle
également qu’il en a assez qu’on mette toujours en doute, sans rien prouver à l’inverse ce qui est avancé par la défense et les témoins.
Interruption pour que la cour délibère sur la demande de Ripert.
A la reprise, Ripert reprend la parole pour dire qu’il vient d’apprendre quelque chose qu’il ne peut pas laisser dans l’ombre.
Il révèle aux jurés que Cyril s’est fait tabasser le matin par les ERIS à la Santé parce qu’il voulait prendre avec lui un tee-shirt et un caleçon pour son frère dont le paquetage n’était
toujours pas arrivé à Fleury et qui n’avait donc rien pour se changer. C’est pour cela d’ailleurs que l’audience avait repris avec une heure de retard, Cyril avait dû être « vu » par un « médecin
». L’avocat général s’emporte à propos des retards que Ripert fait prendre au procès avec ses multiples requêtes.
Ripert lui rétorque qu’il n’avait pas à mettre en doute la parole de M. Lamy et que puisqu’il l’avait fait, la seule solution était d’aller vérifier sur place et que de toute façon il n’avait
pas de leçons à recevoir face de la part de gens qui laissaient les prisonniers se faire frapper sans intervenir.
Lumbroso, avocat de Cyril qui jusque-là n’avait pas brillé par sa pugnacité se réveille un peu et déclare « Je suis déçu par la tournure des événements. Je ne voulais pas parler de
l’incident de la Santé de ce matin car je n’avais pas les éléments nécessaires.
Mais la cour aurait pu dire quelques mots à ce sujet car elle, elle savait ce qu’il s’était passé d’autant plus qu’il y a un certificat médical. D’autre part je suis choqué du fait que vous ayez,
Madame la présidente, évoqué la condamnation de M. Lamy, ce n’était pas le sujet du débat. La cour mène de façon partiale les débats et j’en suis déçu. »
La présidente, outrée, demande une suspension. En fait, elle ne tient plus du tout sa salle. Elle est bousculée par la défense qui ne se laisse pas embobiner par les mensonges habituels et
pressée par l’accusation qui aimerait bien voir ce procès se terminer et aller vers une condamnation programmée.
Au retour de la suspension, elle fait une déclaration solennelle, aveu de faiblesse. « Je m’étonne des remarques de la défense sur l’absence de sérénité et sur l’évocation d’une déception. Je
tiens à rappeler que je suis et serai toujours respectueuse de l’impartialité nécessaire à un jugement équitable. »
Mais elle sursoit tout de même à la demande de vérification sur place à Fresnes et reporte sa décision.
Elle lit le certificat médical établi le matin à 10 h 25, « douleurs lombaires et douleurs à l’épaule gauche ».
Cyril prend la parole et dit que le médecin ne l’a pas ausculté, qu’il ne l’a pas regardé alors qu’il a pris des coups sur les jambes, sur le visage. Il est prêt à les montrer aux jurés,
la présidente l’en empêche. Alors il dit qu’il espère qu’il n’aura pas le même traitement au retour car les matons avaient raconté qu'il avait refusé l’extraction pour justifier le passage à
tabac.
Samuel revient à la barre :
Ripert : « Pensez-vous que la mission des enquêteurs est d’entendre les témoins directs ? »
Samuel : « J’ai fait un courrier dans ce sens et on m’a transféré. Je sais que je vais repartir et qu’on va me faire la misère à cause de mon témoignage. Je suis venu pour dire ce que j’ai
vu, mais les syndicats de matons vont se téléphoner… »
Deuxième prisonnier témoin : Nacer Farid
Il décrit à peu près la même scène. Puis « j’ai envoyé un courrier au procureur de Créteil le 6 juin 2001 pour lui décrire ce que j’avais vu : le surveillant a tiré, on aurait dit que ça le
démangeait ; Il aurait pu nous tuer tous. On voyait très bien, l’hélico ne cachait pas le mirador. Et je suis formel, le surveillant a tiré en visant l’hélico, l’hélico n’a pas tiré avant.
»
Puis, il décrit les menaces qu’il a reçues à Perpignan de la part des surveillants qui lui ont
conseillé de dire que l’hélico avait tiré le premier. Il a alerté le proc de Perpignan, de Paris et Me Lumbroso des menaces du genre « on va te faire la vie dure. » « Mes lettres que j’ai
envoyées depuis Fresnes ont toutes disparu ; mais je suis là pour dire la vérité et je n’ai pas peur des menaces. J’ai été tabassé à Fresnes. Je suis maintenant à 80 % invalide et dépendant de la
Cotorep. Après la tentative d’évasion, j’ai été choqué par le tir du mirador et pendant 4 ans on m’a mis à Château-Thierry avant de me ramener à Fresnes et ensuite j’ai été transféré à Perpignan,
du coup je n’ai plus aucune relation familiale. Je sors en juillet prochain et on me parle de réinsertion.»
Christophe remercie les deux témoins prisonniers, non pas parce qu’ils auraient juste corroboré leurs dires, mais parce qu’il sait qu’ils ont pris des risques. Cela énerve la présidente…
MARDI APRES MIDI:
Témoignage des flics
Le commissaire de la BRB (Ivarse) qui est venu à Fresnes et qui a négocié avant l’arrivée du Raid. Témoignage larmoyant où ce haut flic joue parfaitement le rôle de la victime choquée à vie alors
qu’aucun coup ne lui a été porté, voire même aucune menace. Témoignage hyper long et surdramatisé qui présente Christophe comme un implacable et Mounir comme un fou. A la fin, histoire d’en
rajouter une couche, l’avocat général lui dit « Vous avez révélé une fort belle personnalité ». Ripert de son côté lui rappelle que tout son discours pathos n’est que le fruit de son imagination
car personne n’est mort et les otages ont été lâches. Christophe, écœuré depuis le début du témoignage, se lève pour parler et pour essayer de rétablir la vérité. La présidente tente de le faire
taire. Christophe lui conseille de l’expulser de la salle par la force car il en marre de ne rien pouvoir dire alors qu’il entend un lot de mensonges et qu’on ne peut pas l’empêcher de se
confronter avec « ce mythomane » comme on l’en a déjà empêché avec le surveillant Taffin. La présidente lui promet qu’il aura la parole plus tard et demande au commissaire de rester dans la
salle.
Ensuite, c’est le tour du responsable du Raid, ce n’est pas celui qui a directement négocié avec Christophe et Mounir, car lui avait demandé à témoigner mais sa hiérarchie, craignant qu’il ne
dise la vérité, l’en avait empêché. Le responsable se montre beaucoup plus froid et technique que le flic de la BRB, dans son analyse aucune fanfaronnade ni fiction à l’inverse de son collègue
qui vient de témoigner. Il présente Christophe et Mounir comme des gens normaux et il décrit leur geste comme celui d’une déception décroissante qui a été jusqu’à la reddition. Une espèce de
robot froid qui applique des consignes tout a fait strictes, prêt à négocier comme à tuer si c’est nécessaire.
Dommage que le négociateur réclamé à corps et à cris tout au cours de l’instruction par les accusés n’ait pu venir à la barre. Tout comme l’avait demandé Catherine juste avant le procès à Patrick
Devedjian, à cette époque, porte parole de Nicolas Sarkozy, devant deux cent personnes lors d’un colloque à Radio France..
Puis, c’est le tour des surveillants pris en otage par Christophe et Mounir. Ils se présentent comme des héros qui ont su par leur intelligence et leur sang-froid déjouer le plan des deux
candidats à l’évasion. Version complètement tronquée.
Laurent Lamonvaltais (Antillais) :
« J’ai vu mon collègue visé par l’hélico puis juste après un sac a été jeté. Je me suis retrouvé bloqué sur la passerelle de la promenade (en hauteur) et je me suis demandé pourquoi on ne
m’ouvrait pas la porte car je risquais ma vie. Christophe m’a vu par une lucarne et m’a dit « Bouge pas et reste là ». J’ai refermé la porte et je pensais qu’il ne pouvait pas accéder à la
passerelle. En fait les portes étaient ouvertes et j’ai ouvert la dernière qui n’était pas très solide. Je les ai emmenés jusqu’à un téléphone. J’ai demandé qu’on me passe un gradé : j’ai dit que
j’étais pris en otage et de l’autre côté on m’a raccroché au nez. Puis, on s’est présenté les uns et les autres et la tension est un peu retombée. Malgré tout, Mounir semblait prêt à tout et on
ne savait pas comment le contrôler. J’ai toujours eu peur, pour ma vie, du début à la fin. Mais en même temps mon collègue et moi on n’a pas essayé de fuir car on ne voulait pas les laisser
s’évader. » Ce surveillant essayait devant les jurés de se faire passer pour un héros, histoire aussi de gonfler la dangerosité des inculpés.
Christophe l’apostrophe en lui disant qu’il devrait avoir honte de ce qu’il raconte, que rien ne s’est passé comme il vient de le raconter. La présidente intervient encore. Ripert se lève et
dédaigneusement demande au surveillant, comme une punition, de reprendre tout son témoignage. Il lui demande aussi quels sont ses rapports avec les prisonniers en général ; il lui répond qu’ils
sont bons et Ripert s’étonne alors des cris poussés par la détention à l’adresse de Christophe et Mounir « Tuez les ». Le surveillant dit ne jamais avoir entendu de tels cris.
En fin d’après-midi arrive Pueyo, ancien directeur de Fresnes et actuel directeur de Fleury.
Il vient dire que Taffin a accompli son devoir et son travail et que s’il n’avait pas tiré sur l’hélicoptère, il aurait commis une faute professionnelle. Pour lui, la « circulaire » ministérielle
qui « préconise » de ne pas tirer sur un hélico est moins importante que la loi qui dit qu’il faut empêcher toute évasion. A ce moment, l’avocat de la pilote intervient pour lui faire répéter
tout ça, pour être sûr que la hiérarchie ordonne elle-même aux surveillants de désobéir aux décrets qui interdisent de tirer sur un hélicoptère en vol stationnaire au-dessus d’une prison. Il lui
demande s’il connaît vraiment le décret qui réglemente l’utilisation des armes à feu en cas d’évasion.
Pueyoe ex directeur de la prison de Fresnes et actuel directeur de celle de Fleury Mérogis, s’enfonce sans aucune pudeur ni honte, certifiant ainsi que pour eux la vie d’un otage vaut beaucoup
moins que le risque de laisser une évasion se faire…
Ripert l’interroge à son tour et lui demande comment il sait que c’est l’hélico qui a tiré le premier alors qu’il n’était pas là puisqu’il est arrivé à Fresnes plusieurs heures après le
départ de l’hélico. Pueyo répond en bafouillant qu’il connaît le résultat de l’expertise : Ripert lui signale que c'est contre la loi qu’un tel rapport soit rendu public avant le jugement. Puis
Pueyo se justifie en disant qu’il a entendu le personnel pénitentiaire. Rien de tout cela ne tient la route, et tout est monté de toutes pièces. Ripert poursuit en lui lisant le passage
concernant les aéronefs dans le règlement sur l’utilisation d’armes lors d’une évasion. Christophe et Mounir se lèvent pour le rappeler aux jurés. La présidente s’énerve en prétendant que les
inculpés n’auraient pas le droit de parler aux témoins. Fin de séance.
Par Catherine
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Vendredi 8 juin 2007
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2007
17:33
2eme Partie du compte rendu du procès d'assisses; Mars 2007
Mercredi matin :
Au début de l’audience, Mounir dit à la présidente que dorénavant si on ne les laissait pas prendre la parole pour interroger directement les témoins, ils la prendraient car, au contraire de ce
qu’elle prétend, c’est tout à fait légal et prévu par le CPP.
Le deuxième surveillant Laurent Delangue (le blanc)
Il dit tenir à regarder Christophe en face et lui parler, la présidente flippe et lui refuse.
Il précise un coup de téléphone qu’il y a eu avec un directeur adjoint qui ne voulait pas lui passer le directeur et du coup Delangue s’est énervé et Christophe lui a dit que leur hiérarchie n’en
avait rien à faire d’eux et qu’ils les avaient laissés en pâture. D’autant plus que les autres prisonniers criaient « Tuez-les ». A ce sujet il dit exactement l’inverse de son collègue la veille.
Il confirme avoir eu peur tout le temps malgré le fait qu’il y avait un peu de dialogue entre eux et les deux. Il affirme qu’ils ont essayé de les dissuader de tirer sur le Raid. Pour lui,
heureusement que Christophe avait la tête sur les épaules car Mounir était prêt à déclencher une émeute et s’il y avait eu une mutinerie, ils se seraient fait lyncher.
A Ripert qui lui demande quels sont ses rapports avec la détention, il répond la phrase syndicale « on n’a pas les moyens de la réinsertion mais je n’ai jamais entendu ou vu un collègue dire tiens
je vais aller tabasser du détenu »
Intervention de Christophe : il demande au surveillant de dire la vérité. Notamment au sujet du deuxième coup de fil où il a mis le haut-parleur pour faire entendre aux surveillants otages ce que
leur hiérarchie disait d’eux « tue-les, tue-les, on s’en fout ». Comme la présidente lui demande de se taire, il lui répond qu’il en a plus qu’assez qu’on les traite comme des merdes, qu’il veut
parler et qu’il ne faut pas s’étonner de leur manque de respect vu qu’elle ne les respecte pas. Il dit au surveillant Delangue qu’il est vraiment un homme indigne.
Ripert intervient pour montrer que la présidente, encore une fois a fait dire au surveillant que l’hélico avait tiré en premier en relisant sa déposition aux flics juste après la prise d’otages. En
fait, dans sa déposition à l’instruction, il a dit au contraire qu’il ne pouvait pas dire qui avait tiré d’abord ; Il est donc en contradiction avec ce qu’il vient de déclarer à l’invitation de la
présidente. De plus, ce même surveillant, n’ayant certainement pas bien suivi les démonstrations oiseuses de l’expert, a affirmé que l’arme du mirador avait fait plus de bruit de la Kalach, donc ce
serait celle qu’on entend le mieux dans la cassette !
Arrivée d’une psychologue qui vient pour Mounir (MmeGontrand)
Portrait plutôt positif : pas de perversité, pas de dangerosité. Il est intelligent, il peut se donner les moyens de s’en sortir. Christophe conclut son rapport en disant « je souhaite à tout le
monde d’avoir un ami comme Mounir. »
Témoignage de Claude Charles Catherine (dite Catherine) mère de Christophe et Cyril :
Elle arrive et très calmement et de sa voix forte dit à la cour : « aujourd’hui je sais ce que veux dire l’expression garder un témoin au frais » ! Madame la présidente vous m’avez traité comme un
chien, laissé dans le froid alors que vous aviez promis dans cette cour de m’entendre très rapidement. Mon fils Cyril s’est fait frapper par des agents de la pénitentiaire ce matin et personne n’a
eu la décence de venir me rassurer, pas un huissier, rien ni personne. Tandis que la présidente lui rétorque que tous les témoins ont été traités de la même manière pour l’empêcher de parler,
Catherine lui répond que c’est faux, lui coupant sèchement la parole et d’ajouter ; il y a un espace prévu çà cet effet et des boissons pour les parties civiles. Elle n’a eu droit qu’au vide et au
mépris. Elle rappelle qu’elle n’est pas mise en examen et qu’elle s’exprimera comme elle l’entend que tout ceci est inadmissible et laisse augurer de la partialité du procès.
Le 27 mai 2001, après avoir appris par la télé ce qui se passait à Fresnes, je suis arrivé à la prison. Là, je me suis enquise de l’état de santé du surveillant blessé. Puis, je passe la nuit avec
ma fille à attendre que les choses avancent alors que j’entends hurler tout autour de moi. Vers 5 heures du matin on m’a ramenée chez moi. Deux heures après, on vient me chercher pour repartir à
Fresnes. Je rencontre un membre du Raid qui se présente comme Christophe et qui me demande si, à mon avis, mon fils pourrait tuer un otage. Je réagis immédiatement en disant Bien sûr que non. On me
passe mon fils au téléphone : « Bonne fête maman » « Bon anniversaire Christophe » Puis je lui dis « Tu sais, ils ne te laisseront pas sortir, ils préféreront sacrifier le surveillant et toi tu es
un gentil chronique je sais que tu ne lui feras pas de mal » Il me répond « Cela ne m’a jamais servi d’être gentil. Trente ans, même des mecs comme Milosevic ont pris moins d’années que moi. A la
cour d’assises, ils m’ont tué ». Moi je savais qu'il n’y aurait pas de violence sur les surveillants. Il me disait « J’en peux plus » A la fin je lui ai dit « Quel que soit ton choix, je t’aime, je
suis avec toi. » Puis sa sœur lui a parlé : « Moi aussi avec le VIH, j’ai pris perpétuité. Tu ne peux pas nous faire ça Christophe. » Ensuite on m’a ramenée chez moi. J’ai supplié le Christophe du
Raid de ne pas tuer mon fils. Après la reddition Christophe le négociateur m’a appelé et dit que je pouvais aller à Bois d’Arcy, au parloir pour voir mon fils. Il m’a dit « c’est une belle personne
». J’y suis allé et j’ai vu Christophe pendant trois heures. Il m’a expliqué pourquoi il avait calmé l’émeute, parce qu’il ne voulait pas qu’il y ait de drames à cause du feu que les gars
allumaient dans leurs cellules ; Et il me raconte ce coup de téléphone où un responsable lui avait dit « Lâche le blanc », tandis qu’il avait mis le haut parleur pour que les surveillants otages
puissent entendre la conversation. Elle termine son témoignage en disant que tant qu’on condamnera des prisonniers à des peines de mort, des peines de trente, de quarante ans, on fabriquera de la
délinquance et de la criminalité afin d’ alimenter le secteur sécuritaire, on remplira des prisons de personnes qui ne penseront qu’à s’évader. En fabriquant de la haine et de la violence on
engendre toujours plus de violence.
La présidente a fini par admettre que dans les dépositions il était en effet question de ce coup de téléphone avec la mention du blanc et du noir. Mais cela ne semble pas choquer ni le parquet, ni
la partie civile (pilote exceptée) qui ne voit là aucune marque de racisme… Il fallait bien différencier les deux surveillants…
Mercredi après midi
Les experts
L’expertise médicale pour Taffin.
Expertises psychiatriques pour les trois par
l’expert Borstein médecin psychiatre.
Cyril : troubles du caractère précoce, impulsif, instable, jeunesse tumultueuse, exempté du service national. Clan fraternel, altruiste, prise de risque considérable. Pas de maladie mentale. Pas
d’état dangereux au sens psy. Responsabilité engagée. Chaleur fraternelle, acte de cœur et dévouement pour cause fraternelle. Cyril a pu évoluer depuis. Pas d’anomalie de conduite. Sa famille, sa
femme et surtout sa fille peuvent l’aider.
Christophe : intelligence largement au dessus de la moyenne, culture générale très vaste, réservé, prudent, assuré, dynamique, stable, mental fort, grande capacité à assumer la solitude ; pas de
maladie mentale, pas d’addictions. Personnalité affirmée, tonique, réactive. Direct, autonome, indépendant sur le plan mental. Incapable de tuer de sang-froid. Assume ses actes. Erreur d’aiguillage
de sa vie pipée dès le départ à cause des carences éducatives et affectives. Il a toutes les capacités pour réussir dans n’importe quel secteur dans lequel il serait brillant. Il reste réadaptable socialement.
Mounir : gai, têtu, toujours souriant, jamais d’état dépressif. Regret de l’échec de l’évasion. Affable. Pas d’état dangereux. Joueur, il peut par avance accepter l’échec. Pas d’expression de son
refus de la détention.
Christophe reprend sur le récit de la prise d’otages
Au contraire des récits embrouillés, emphatiques, et puant le mensonge auxquels on a eu droit, son témoignage est limpide, précis, un débit fluide. Récit d’un drame évité. Il est lui-même surpris
par tout ce qu’il a entendu et rappelle d’entrée qu’après sa reddition, un préfet ou un procureur est venu le voir, lui a mis la main sur l’épaule pour lui dire « qu’avec les deux Laurent (les
surveillants otages), on n’oubliera pas ce que vous avez fait ». Promesse de dupes…
Le but pour nous était de prendre contact pour que je puisse parler avec le directeur. Il fallait responsabiliser quelqu’un ; C’est là que j’ai dit au surveillant du mirador 3 « si tu ne me réponds
pas, je tue tes collègues ». Réponse du surveillant : un doigt d’honneur avant de s’enfuir. Pour moi, cela signifiait, vas-y tue-les.
Quant au commissaire Ivarse, il raconte n’importe quoi. Je lui avais donné dès le début ma parole qu’il repartirait vivant. Et lui m’avait promis de faire ouvrir la grille. Moi j’ai tenu parole,
lui non et aujourd'hui il vient jouer les héros. Il s’était présenté comme le responsable qui avait le pouvoir de faire ouvrir la grille. Tout ça était fort dangereux pour les otages car ces
mensonges auraient pu rendre fous des gens vraiment dangereux ! Il était transi de peur. Je pensais le féliciter ici mais tout ce qu’il a raconté sur nos attitudes est tellement démesuré… Il
brouille tout, quand j’ai dit « il n’y a pas d’embrouilles » ce n’était pas à Mounir que je parlais, comme Ivarse a essayé de vous dire pour prétendre que Mounir était incontrôlé, mais à lui, pour
le rassurer tellement il avait peur.
Après notre tentative de sortie sous la couverture et contrairement à ce qu’ont raconté les deux surveillants, c’est Mounir et moi qui étions devant et derrière, les plus sujets à prendre les
balles. Le Raid a refusé d’ouvrir la grille. Il y a eu ce coup de fil avec le directeur où celui-ci a clairement dit qu’il se moquait de la vie des deux surveillants. Après j’ai calmé les
prisonniers pour qu’ils ne se fassent pas massacrer ensuite. En fait, ce sont des potes qui nous ont proposé de venir nous aider, je leur ai dit qu’ils allaient morfler et que cela ne servait à
rien. A ce moment on était dans le dortoir du personnel homme. J’ai proposé aux deux Laurent d’aller se reposer. Puis, il y a eu le dialogue avec le négociateur « Christophe » du Raid. Au matin je
me suis rendu compte que c’était cuit.
Comme la partie civile tente une question, Christophe dit à Winter qu’il ne veut pas lui parler et qu’il n’a qu’à comprendre que les surveillants ont arrangé tout leur témoignage à la sauce
pénitentiaire.. A Lumbroso qui lui demande s’il sait que Cyril était dans l’hélico, il lui répond qu’il est venu à cause de sa pression et que quand il a vu 3 hommes dans l’hélico, il a compris que
le troisième était son frère. Il dit avoir été à la fois fier de lui et en même temps avoir regretté de l’avoir provoqué à le faire. Quand l’avocat général lui demande s’il est fier de ce qu’il a
fait, il lui répond qu’il est fier qu’il n’y ait pas eu de morts, que les surveillants soient toujours là. « C’est parfois plus dur de ne pas tirer : c’est un choix. »
Christophe est extrêmement précis dans son vocabulaire, très direct, très authentique. Quand Delphine Boesel lui pose la question : « A la fin vous aviez envie de mourir ? » « Envie ? ( avec un sourire) Non, mais, je l’avais accepté. »
Mounir
On n’a jamais envisagé d’exécuter les otages. On les a pris du tac au tac ; on les a pris, puis après on a fait pression, on s’en est servi comme monnaie d’échange. Celui qui a fait un doigt
d’honneur, c’est une crapule qui abandonne ses potes. Je comprends que Ivarse ait eu peur : ceux qui n’ont pas peur sont des fous ou des débiles. Je ne souhaitais pas qu’Ivarse parte, je préférais
le garder mais Christophe avait donné sa parole de le relâcher.
S’évader c’est la seule solution pour échapper à la mort. Tout est fait en prison pour enlever l’espoir, pour pousser au suicide. J’ai fait cinq années et demie d’isolement, j’ai engagé une
procédure, le directeur a même été condamné mais j’ai été transféré et remis à l’isolement. Pour moi, il y a un tunnel, qu’il soit plus ou moins long, c’est toujours un tunnel dont je ne vois pas
le bout. Si la justice appliquait sa loi, je pourrais faire une peine (pas d’isolement, des conditionnelles…) En France, on est condamné à ne jamais sortir vraiment de prison. Une fois libre, je
serai encore condamné, donc je changerai de continent.
Arrivée en début de soirée de l’experte Michèle Agrapart, psychologue, non médecin, criminologue demeurant à Melun. Un physique insensé, une espèce de robot psychotique, hypernerveux, pleine de
tics, puant la peur, pressée d’en finir en arguant du fait qu’elle était peu rétribuée pour ce qu’elle faisait et qu’elle voulait rentrer rapidement chez elle, et que vu l’heure tardive, elle
demandait une escorte car elle avait peur de se promener seule le soir. Une angoisse ambulante. Son passage qui sera finalement plus long qu’elle l’avait prévu sera un des moments les plus tendus
du procès…
Mounir : intelligence normale. Niveau socioculturel fatalement bas. Incapable de se remettre en question. Pas de pathologie mentale. Difficulté d’adaptation sociale. Principe de plaisir au
détriment du principe de réalité. Absence totale d’interdits. Traits psychopathes évidents : échec scolaire, demande affective sans retour, agressivité, mépris pour sa propre sécurité, absence
totale de remords. Dangerosité considérable criminologique. Violence constitutionnelle. Passages à l’acte brutaux sans alerte. Hypertrophie du moi. Pronostic assez négatif, la réadaptation semble
aléatoire.
Cette « expert » aura vu Mounir vingt minutes et elle se permet de conclure « J’ai le sentiment que si quelque chose les avait gênés vraiment, ils auraient pu tuer. »
Ripert réagit immédiatement : il lui rappelle sans ménagement que le CPP lui interdit de tirer aucune conclusion de sa soi-disant expertise. Et c’est en réponse à une question de la présidente
qu’elle vient de dire « je suis certaine qu’ils auraient tiré ». Ripert la taille en pièces, « votre expertise est complètement bidon, comme toutes celles de vos confrères. Vous ne l’avez vu que
quarante minutes, et vous lui avez parlé de vous, de votre livre. On se contrefout de votre avis, et on se contrefout de vos supputations débiles. Gardez-vous de tout commentaire et parlez-nous
plutôt de la tenue dans laquelle vous êtes venue pour les voir… » Ça gueule de partout, Mounir lui dit qu’elle ferait mieux de faire vétérinaire pour chat. La présidente menace de faire expulser la
salle. Ripert lui dit à son tour ses quatre vérités, et lui signifie son rôle néfaste et dangereux. La présidente, complètement dépassée suspend la séance.
Au retour, Christophe dit qu’il vaut mieux calmer le jeu et que si l’experte n’outrepasse pas se prérogatives, ils essaieront de ne pas s’énerver.
Christophe : homme courtois, agréable, coopératif. Il est devenu délinquant par nécessité et il a volé des voitures pour manger. Intelligence supérieure à la normale. Culture très poussée. Stock
verbal riche. Facultés très opérationnelles. Très mature. Sphère psychique normale. Processus défensif bien en place. Carences affectives massives. Dépourvu de jugement moral
Les tests ont montré une immaturité supérieure à l'apparence. Comportement impulsif. Pas de mode pervers ni psychopathe. Pas de violence fondamentale, ni d'agressivité. Il devient dangereux quand
il est en situation de danger et il se met souvent en situation de danger.
Ses seuls regrets sont tournés vers lui il aime moins son frére que Cyril ne l'aime.
Elle dit qu'elle sait voir quand un détenu est dépressif et que par exemple elle vient d'en voir un à Fleury pour qui elle a reporté l'expertise.
Christophe lui demande comment elle a pu écrire et d'où elle conclut que sa grand-mère était « laxiste ».
Elle lui répond « de manière générale les grands-mères sont tolérantes, et si la votre n'avait pas été aussi laxiste, elle ne vous aurait pas placé à la Ddass »
Elle sous-entend que c'est par laisser-aller qu'elle a placé Christophe alors que c'est parce que, à son plus grand malheur, elle n'arrivait plus à joindre les deux bouts.
Esclandre à nouveau : les avocats protestent sur ses conclusions quasiment insultantes, Christophe la traite de menteuse.
Catherine, la mère, se lève pour protester, la présidente veut la faire expulser, les flics rentrent en nombre dans la salle.
C'est encore Christophe qui calmer l'affaire en jetant un mépris profond à l'attention de cette débile d'experte.
Elle reprend en disant qu'elle aimerait bien finir.
Elle a à peine le temps de commencer de lire ses conclusions au sujet de Cyril qu'une embrouille commence à prendre de l'ampleur dans les rangs des jurés.
L'une finit par se lever, choquée par ce qu'a dit l'experte.
Elle crie qu'elle ne veut plus entendre ça, qu'elle ne veut pas participer et qu'elle veut partir.
La présidente suspend l'audience.
La jurée ne revient pas, « pour raisons personnelles » dit la présidente. En fait on apprendra très rapidement qu'elle était écœurée surtout par la présidente, qu'elle ne supportait pas son
autoritarisme quasiment hystérique.
Et qu'elle était loin d'être la seule à refuser de rester en sa compagnie pendant les suspensions car elle essayait en hurlant, en les traitant comme des moins que rien, de les mettre à sa botte,
de leur faire admettre de gré ou de force la position du parquet et des parties civiles.
D'après certains jurés, elle aurait même dit ses quatre vérités à la présidente avant que celle-ci ne lui dise « quittez le palais ». Du rarement vu !
Pour Cyril il y a eu deux expertises, l'une mauvaise et une seconde « meilleure ».
JEUDI MATIN
Tout le monde parle du départ de la jurée, du fait que la présidente, de par sa partialité, agace tout le monde et qu'en fait elle ne tient plus son procès.
Témoignage d'un troisième prisonnier de l'époque à Fresnes : Eric Vidal confirme à son tour que le mirador s'est acharné à tirer sur l'hélico, et que la seule personne dangereuse qu'il ait vue
était le surveillant du mirador.
CHRISTOPHE ; sur les conditions de détention à Fresnes avant la tentative d'évasion.
Je voulais m'évader avant. Ce que je vais dire ne concerne pas les surveillants pris en otages car ils ne travaillaient pas dans ma division.Quand je suis arrivé, j'étais entravé et menotté. La
première chose qu'on m'a dite, c'est « Ici tu marches droit et sur le côté » A la fouille, on m'a détruit pas mal d'affaires.
A Fresnes, pendant mon procès d'assises en 1999, on ne me laissait pas prendre de douches. Le matelas était dégueulasse, des odeurs excrémentielles, des chiottes innommables, du coup je dormais sur
le sommier jusqu'à ce qu'un jour un surveillant prenne sur lui de m'apporter un matelas neuf.
Fresnes est à l'image de la ligne blanche dans les couloirs qu'on n'a pas le droit de quitter des pieds, un règlement sans raison, juste maintenir l'idée de discipline à laquelle je n'ai pas
accepté de me plier. Les promenades font environ 7 mètres sur 3, d'anciens boxes à chevaux et on peut se retrouver à 40 là-dedans, c'est invivable.
Il n'y a jamais de calme. Même le parloir, seul moment d'oxygène, reste problématique, on ne peut pas prendre sa copine, sa mère dans ses bras alors que les séparations sont interdites depuis
1986.
Le personnel est alcoolisé dès 7 heures le matin. En hiver on gèle, en été on crève de chaud.
Le comportement des matons est majoritairement belliqueux. Moi on ne me touchait pas trop, mais j'en ai vu plein se faire dérouler.
Je me souviens d'un jeune gars un peu perdu, faible, qui s'est pris une droite parce qu'il avait une pomme à la main. Ce jour-là, si je n'avais pas eu un projet d'évasion, j'aurais collé une raclée
au maton (alors que je ne l'ai pas fait pendant la prise d'otages).
MOUNIR : Moi ce qui m'a frappé, c'est les cris, les ordres hurlés. Pas de promenade où l'on peut courir. 2 douches par semaine. On m'a toujours répondu à tout ce que je disais « ferme ta gueule ».
Impossible de suivre des études alors que j'en avais commencé avant.
Pas de sport (la note de Nanterre disait que j'étais DHR). Tout pour détruire. Il n'y a aucun dialogue.
C'est malsain, c'est constamment « ici tu fermes ta gueule, tu ne sais pas encore ce qu'est vraiment la prison. »
L'avocate de la partie civile pose quelques questions qui permettent à Christophe de revenir sur les techniques de « gestion » des prisonniers :
comment l'AP crée les situations où les uns finissent par ne plus vouloir côtoyer personne, où l'on mélange sciemment des gens qui n'ont rien à faire ensemble dans des réduits à taille
d'insecte.
Les conditions de détention après la tentative d'évasion.
CYRIL : Une fois arrêté, on me place directement à l'isolement à Nanterre. Je ne peux parler à personne. J'étais affaibli moralement et physiquement depuis l'échec de l'évasion.
On m'a dit que l'isolement durerait trois mois et demi. Je n'avais accès à rien, pas de sport, pas d'activités, que la télé. En fait rien juridiquement ne justifiait mon isolement.
Puis je passe un mois en détention normale à Nanterre. Puis transfert à Fleury : mon avocate me dit que je suis suspecté de tentative d'évasion.
L'AP n'a jamais apporté aucune preuve de cette préparation d'évasion. Toutes les nuits, les matons frappaient dans ma porte « Enculé, on va te faire la peau ».
J'avais peur de devenir cardiaque, on me faisait payer. Au bout de 21 jours, on fouille ma cellule, puis changement de cellule. Paquetage dégueulasse.
Je refuse la fouille du surveillant, direction mitard. En fait je préférais être au QD avec des draps « propres » que dans une cellule infecte.
Puis on m'a remis dans un autre bâtiment : ça a été tranquille pendant deux mois. Puis les tracasseries ont commencé. Refus de promenades, parloirs retardés...
Je proteste : rapports, prétoire, mitard à nouveau. Je refuse d'en sortir car le directeur veut me mettre à l'isolement avec les « protégés » (les flics, les pointeurs, etc.)
Je vais à l'isolement total pendant un mois. Puis transfert à Villepinte : au début tout va bien. Puis les surveillants m'ont prévenu, « on était à Fresnes à l'époque, tu vas voir ».
Passages fréquents la nuit pour me réveiller. J'en ai parlé à la direction. Du coup ils m'ont détruit ma cellule, mes affaires pendant des fouilles.
Un jour un maton m'a provoqué, appel d'urgence. Je passe au mitard pour un tutoiement...
Il y a eu l'histoire de la puce de téléphone dans ma chemise. Une connerie inventée. Puis une perquise des flics, ils ont trouvé deux joints alors qu'ils cherchaient un téléphone.
Quinze jours de mitard. En sortant je reprends mon stage informatique. Puis peu de temps après, le directeur me remet à l'isolement sans qu'on me dise pourquoi.
Une équipe de matons nazillons a commencé à me mettre sous pression ; : des fouilles humiliantes constantes. Rien, pas de sport et personne pour constater.
Je suis tout seul, je n'ai rien.
Dans la cellule à côté, il y a un homme qui a tué deux enfants, juste à côté un violeur d'enfants. Avec eux les matons étaient pleins de monsieur. Leurs cantines arrivaient.
Moi je devais me contenter de l'immonde gamelle. Un jour, je rentre de promenade et je me suis rendu compte que chaque fois que je sortais, mes affaires étaient toujours changées de place (montre,
télécommande...). Comme pour me rendre fou. Je pensais que je perdais les pédales.
J'ai commencé à faire des marques pour être sûr que je n'étais pas fou. Ils m'avaient prévenu « On t'aura à l'usure ».
L'histoire de la fouille : l'anecdote de la carte bleue comme ils disent, ils passent la main dans les fesses, comme un attouchement.
Tout ça fait évidemment que je suis à fleur de peau. Je proteste ; on me met au mitard, je pète un plomb et j'insulte leur chef. Je me retrouve au cachot, menotté, entravé.
Heureusement que ma femme est arrivée au parloir sinon ils m'auraient laissé comme ça. J'ai fait une crise de nerfs, j'ai inondé deux cellules de mitard.
Je voulais être transféré au plus vite pour ne pas devenir fou.
Osny : ça allait un peu mieux. D'autres détenus m'ont soutenu. Et du coup on m'a accusé d'être en association avec les individus les plus dangereux alors qu'ils ne faisaient qu'être solidaires pour
que je puisse respirer.
Rouen en 2003. Ma fille venait de naître. Ma femme ne pouvait pas venir, ma mère non plus. Alors je suis allé directement au mitard pour protester contre cet éloignement.
Au bout de 91 jours de mitard, on m'a retransféré.
Puis Nanterre, toujours à l'isolement pendant deux mois. D'abord mitard suite à des provocations de surveillants qui m'empêchaient d'aller au sport.
Jamais d'apaisement toujours la pression.
Puis Fleury, toujours isolement. Le D5. Là toujours tout dans l'excès. On m'interdit la chauffe. Mais moi je ne voulais pas me servir de leur pastille trop dangereuse et cancérigène. Toujours un
œil derrière moi, même sur les chiottes. L'oppression constante. Toujours des joutes verbales en rapport direct avec les motifs de
mon incarcération. Et je n'arrivais pas à me dégager de ce rapport, je les insultais. Mitard encore : je refuse de me baisser et de tousser, je veux rester digne, je ne veux pas me laisser violer.
Une fois ils m'ont eu, une deuxième fois je ne veux pas les laisser m'écarter les fesses. Je me mets dos au mur.
A trois ils se mettent sur moi, je ne me laisse pas faire. Ils me frappent (côtes fêlées, doigts de pied cassés). Le médecin refuse de me faire un certificat.
Je commence à perdre pied, je craque et je commence à penser à m'en faire un. Ma mère me persuade de porter plainte pour agression sexuelle.
Ils pouvaient me frapper mais pas me violer. Au-delà de la sécurité, il y avait toujours l'humiliation, l'envie de détruire.La troisième fois je refuse catégoriquement la fouille. Rapport de
forces, on me remet dans ma cellule, on m'apporte à manger et le soir je me vide, empoisonnement.
Puis Liancourt, pendant deux mois. Là on m'invente une nouvelle préparation d'évasion (via les services secrets).
Rouen : rebelote, 95 jours de mitard.
Puis retour à Fleury : on me sort de l'isolement, au bout de 15 jours on m'y remet. Pour me déstabiliser. On me met au D1 : je demande à suivre des cours. Sur les 7 mois, j'en ai fait six d'école.
Je voulais passer un brevet, on m'a mis dans une classe inférieure pour que cela ne me serve à rien.
Au bout des sept mois, le prof me raconte que l'AP leur avait dit que j'étais un dangereux preneur d'otages. Je continue ces cours car ils me permettent quand même
de survivre, de faire quelque chose, de voir le soleil. Puis je demande à travailler pour envoyer un peu d'argent à ma famille. A ce moment, transfert.
Rouen encore : là je dis au directeur que je suis prêt à accepter l'isolement (quand j'ai demandé pourquoi on m'y remettait, on m'a répondu « après le beau temps l'orage) s'il me promettait qu'il
me ferait transférer rapidement. Parole pas respectée, au bout de 4/5 mois je commence une grève de la faim qui durera 45 jours pour exiger mon transfert.
Fleury : mitard car je refuse d'intégrer une cellule insalubre, sans carreaux.
Hôpital de Fresnes : 2 nuits. On me dit d'arrêter ma grève et qu'on va me mettre en région parisienne.
Bois d'Arcy : on veut me mettre les menottes dès que j'arrive. Là-bas, ils veulent toujours mettre les menottes, comme pour conditionner alors qu'on est déjà enfermé.
Je refuse et je vais à l'isolement. Ils me font la misère, ils continuent à m'empêcher de dormir. Les pressions quotidiennes.
La dernière en date à la Santé il y a deux jours quand les surveillants m'ont frappé parce que j'apportais avec moi un tee-shirt, un caleçon à mon frère, alors que c'était accepté par les
gendarmes.
MOUNIR : les QI sont des QHS qui soi-disant ont été abolis. Un décret Guigou stipulait qu'au QI, on devait être deux en promenade, au sport, aux activités, afin de permettre une sociabilité.
L'isolement sensoriel est a priori interdit mais en fait c'est tout le contraire. Ma violence à l'intérieur n'était que résistance face au système et une façon de survivre contre les tortures. J'ai
fait une vingtaine de maisons d'arrêt en cinq ans. Je n'ai passé que dix mois de détention normale à Moulins.
L'isolement c'est presque comme le mitard (à part la télé, les cantines et les parloirs). Pendant plus de cinq ans, je n'ai pas pu porter mon regard au loin. J'avais toujours des matons autour de
moi. A La santé, c'est même les matons qui décident de la lumière, il n'y a pas d'interrupteur dans la cellule.
Exemple du transfert : avant 2003, avant les ERIS, il y avait le problème du paquetage qui met toujours beaucoup de temps à arriver et qui parfois n'arrive pas.
Après 2003, avec les Eris : ils arrivent cagoulés. En 2003, à Bois d'Arcy, j'étais dans ma cellule, j'avais mis mes boules quies pour étudier. Les fouilles pouvaient intervenir à n'importe quelle
heure du jour et de la nuit. Il était 21 heures, je vois des cagoules, des boucliers, des matraques qui rentrent. J'ai peur, je leur jette un tabouret. Ils me foutent par terre et me rentrent les
doigts dans les yeux, me serrent les parties.
Comme à chaque fois je résiste, donc je prends des coups, ils me menottent aux mains et aux pieds. Ils me mettent à plat ventre dans la promenade.
Je suis resté comme ça pendant deux heures, j'ai demandé un médecin, refus. Dans ces moments durs, j'avais des horreurs en tête, ça réveille la haine, ça empêche toute culpabilité. Ils me remettent
en cellule toujours attaché. Sans matelas, à plat ventre attaché au lit. A 4 heures et demie, ils me donnent un caleçon,
un tee-shirt, des claquettes, et ils me descendent comme ça au greffe, transfert. Les ERIS me mettent un bandeau, sur les yeux, entravés. Ils m'emmènent à la Santé.
Je refuse systématiquement les fouilles humiliantes, donc c'est toujours des problèmes.
A Douai, on m'a cassé le poignet et quatre points de suture à la lèvre. Là-bas j'ai porté plainte en 2004 et toujours rien, pourtant j'ai eu le nom du surveillant qui m'avait frappé.
J'arrivais de Rouen, après 45 jours de mitard pour tentative d'évasion. Je demande à aller au sport et le directeur me répond qu'il n'y en a pas. Quand j'arrive, je suis menotté, je vois un mec
arriver et me dire « écoute ici des mecs comme toi je les mate, moi mon kif c'est le GIGN ». Je lui réponds « Et bien, va te faire enfiler par eux » Il me saute dessus, heureusement l'escorte le
repousse. Puis je refuse la prise d'empreintes. Mitard, attaché à poil au sol. Je prends des coups. Puis le directeur arrive « ici c'est nous la loi ». On me jette un plateau avec de la bouffe
dessus. Un autre directeur arrive : « je vais vous détacher ».
Il m'apporte mes habits, je m'habille et je m'allonge pour me reposer. A 6 heures du matin, la porte s'ouvre, je vois le même mec (c'est même pas un animal social), toujours là, les manches
relevées. Ils me foncent dessus, je me retrouve par terre menotté. Il me serre le cou, il criait « j'ai fait la guerre », « mon fils c'est un CRS ». Un autre prend son élan et me met un coup de
pied dans la tête et m'ouvre la lèvre. Puis ils m'emmènent au greffe pour me faire les empreintes en me forçant le poignet si fort qu'ils me l'ont cassé. Heureusement les infirmiers arrivaient et
ont prévenu mon avocate.
Dans ces quartiers, j'ai toujours suivi des études pour correspondance.
Début 2006, on me met en centrale, en détention. Il y a moins de pression. Bien que j'aie une grosse colère contre ces gens-là. Et je me suis dit, il faut dépasser un peu cette haine. J'ai trouvé
des gens qui m'ont aidé, qui m'ont fait évoluer, qui m'ont donné envie de me dépasser, c'est les profs.
J'ai passé des diplômes, je suis le plus possible de stages. J'ai essayé de dépasser ce qui m'arrivait.
Et on m'a retransféré à Bois d'Arcy sans paquetage et à l'isolement. L'isolement est illégal et vous le savez très bien. La prison avec des conditions comme ça, elle est sans issue. Il est
illusoire de penser qu'avec des peines de 20 ou 30 ans on peut revenir sans aide, alors avec l'isolement !
En prison il n'y a pas de mécanisme qui aide à un retour à la société. Heureusement qu'il y avait les profs. On vous voit toujours avec le passé criminel même si on l'a dépassé.
Je n'ai vu qu'une infernale machine à entretenir et à reproduire la violence et le crime.
Si vous voulez qu'on change, qu'on suive vos lois, il faut vous aussi vous soumettre à vos lois.
La présidente lit ses rapports disciplinaires, elle parle d'un morceau de cannabis retrouvé...
Parfaitement ridicule d'autant plus qu'à la lecture du mot SPIP elle pense qu'il s'agit d'un organisme !
CHRISTOPHE: Pas de coups physiques, mais des pressions psychologiques, comme ce qui a été fait à ma mère à Luynes ou à Mounir, à Cyril.
J'aurais préféré une bonne bagarre à toute cette pression directe ou indirecte.
Le parloir hygiaphone : ne pas pouvoir prendre ma mère dans mes bras, et ne pas montrer que je suis triste. Nous ne pouvons pas montrer nos émotions à ma famille.
A Luynes, les effets psychologiques c'est que j'ai voulu casser la porte du parloir, attraper le premier surveillant venu et le fracasser. Chez moi ce n'est pas naturel. Il faut m'y pousser.
S'en prendre aux familles, c'est comme si j'envoyais des copains pour aller humilier les familles des matons. Moi je m'y refuse, je ne toucherai pas à une famille, à un enfant. Ils n'y sont pour
rien.
L'hygiaphone, une fois à Strasbourg, un hygiaphone, double plexi crado. J'ai refusé, un m'a attrapé le bras, je l'ai repoussé, puis je suis allé au parloir, avec la personne qui était là nous avons
pleuré, quelques larmes de rage.
Le transfert : on part sans paquetage, à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, avec les ERIS c'est rarement pacifique. Faire des compromis c'est différent que de se compromettre.
Pour résister à cette pression, j'ai souvent imaginé être violent. Toujours penser, jamais faire. C'est horrible de pousser quelqu'un à ses extrémités. Les punitions sont trop longues. Le but de
ces conditions d'incarcération, c'est de nous pousser soit au suicide, soit à la haine.
Nous sommes bien vivants et nous n'avons pas la haine. Nous sommes restés les mêmes qu'en rentrant.
Je n'ai pas la haine, je n'ai ni avenir, ni perspective.
Dans ma situation, l'espoir c'est du poison.
Par Catherine
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Publié dans : APPEL POUR CYRIL
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Mardi 5 juin 2007
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05
06
2007
17:25
Question de Laurent Jacqua à Catherine la mère des deux frères Khider Cyril et Christophe à propos de la tentative d’évasion par
hélicoptère le 27 mai 2001 au dessus des prisons de Fresnes, de ses suites et du procès intervenu du 08 au 16 mars dernier 2007 à la cour d’assises de Créteil.
Pour commencer pouvez vous nous faire un petit résumé de l’histoire qui a amené vos deux fils prison ?
Avant de répondre à vos questions il me semble important de préciser, que je ne remets absolument pas en cause le fait qu’une société ne peut être viable que si ses règles et ses codes
sont respectés. Si un contrevenant à ces règles doit être écarté du reste de la société pour un temps donné, il n’est pas acceptable que cette même société ferme les yeux sur des actes de
torture, des exactions, des atteintes permanentes à la dignité des personnes incarcérées sous la responsabilité de nos institutions en surfant sur les archétypes de l’inconscient collectif :
peur et la vengeance.
La prison ne devrait être que la privation de liberté durant une période donnée, où seule la liberté de mouvement est censée être restreinte. Toute personne emprisonnée a le droit de dormir,
d’écrire, de penser, d’échanger du courrier d’espérer ou de rêver sa sortie. Quant à sa famille elle doit être respectée lorsqu’elle se rend en visite dans une prison voir son proche.
Aujourd’hui, on ne condamne plus à mort on condamne à vie, en gommant tout espoir. Cette violence ne résout rien, au contraire, elle est le terreau de bien plus de violence encore. Mais, peut
être que tout ceci est simplement lié à une implacable logique financière qui a pour nom Lolf ? (Loi organique des finances liée à la prison) dont dépendent les nombreux établissements privés
actuellement en construction qu’il faudra bien remplir et rentabiliser… En 1995 Christophe mon fils aîné est entré en prison à l’âge de 24 ans pour un braquage qui s’est soldé par la mort
accidentelle d’un homme, à l’issue d’une longue course poursuite. Je rappelle ici que si il avait eu l’intention de faire du mal physique à qui que ce soit, la logique aurait voulu qu’il tire
dans la banque de deux étages, ou sur les convoyeurs de fond, dont il avait pris le fourgon blindé,il n'aurait pas tué un homme de 53 ans juste pour lui prendre son véhicule. En 1998 lors de
son procès, les victimes venues à la barre sortaient de leur rôle de victimes en prenant fait et cause pour Christophe. Une femme a même rembarré la présidente alors que celle ci lui dictait
ce qu’elle devait dire: « Mais enfin, je vous dis que je n’ai pas eu peur de ce garçon et je n’ai surtout pas besoin d’une cellule psychologique... » ainsi que plusieurs autres témoignages
allant dans le même sens, ce qui au regard de la justice est inacceptable. Un délinquant doit avoir le profil d’un délinquant, le gentleman braqueur n’existe que dans les romans… ou mort.
Alors que le procureur réclamait 20 ans de réclusion, la présidente Drey dont c’était le premier procès d’assises important, s’est acharné sur Christophe. Elle a ouvert les hostilités dés
l’ouverture du procès, en disant qu’elle ne comprenait pas mon absence à cette audience, alors qu’au même moment j’étais hospitalisée dans un état grave. Elle a ajouté que la biopsie que je
subissais pouvait bien attendre, se substituant ainsi au rôle des médecins de l’hôpital où je me trouvais…Incroyable mais vrai ! Juge et médecin, apparemment, le cumul des fonctions ne lui
faisait pas peur. Ce qui donne ici une petite idée de l’impartialité de la dame. Conclusion 30 ans de prison sans peine de sûreté pour Christophe à additionner à une peine antérieure de huit
ans infligée quelques mois plus tôt. J’ajoute que les trois premières années il était malade de cet accident, nous sommes plusieurs fois disputés lorsqu’il me demandait d’aller sur la tombe
de ce monsieur, alors que le jugement n’était pas intervenu. Puis, peu à peu, alors qu’il y avait à ce moment là, un véritable travail à faire pour une prise de conscience fédératrice sur ce
qui l’avait amené à commettre ces actes, ce qui aurait également profité à la famille de la victime, la machine à broyer les remords s’est mise en route…En prison, pas de rédemption possible
dans ces conditions. Pour Cyril qui allait voir son grand frère, chaque parloir était un déchirement. 40 ans de prison avec une perfusion d’oubli pour seul horizon, lui était intolérables. En
fait, il se rend très vite à l’évidence que guillotine ou pas, son frère finira par perdre la tête face à 38 ans de vide. Puis, lorsqu’il découvre que les amis de son frère l’abandonnent peu
à peu, avec des promesses toujours renouvelées mais jamais honorées, il prend la décision de sortir son frère de son tombeau, de cette peine qui voue son frère à une mort lente, mais
certaine. Il finit par remplacer au pied levé, un membre d’un improbable trio prévu pour délivrer son grand frère. A cette époque, Cyril est un fumeur de joints incapable d’organiser quoique
ce soit, seulement il aime et admire tellement son grand frère qu’il est prêt à donner sa vie pour lui. Longtemps, je me suis demandé, qu’elle aurait été la réponse de l’autorité si au lieu
de venir chercher son frère avec un hélico Cyril avait empoisonné son frère pour abréger ses souffrances ? Que ce serait il passé ? Comment aurait il été présenté ?
-Comment vivez vous cette double incarcération depuis toutes ces années de parloirs en parloirs, de prisons en prisons ?
Je ne vis pas cette double incarcération, je la subis depuis maintenant 12 ans pour Christophe mon aîné, la subis doublement, car encore plus intensive de par son inhumanité croissante,
ces six dernières années. Plus rien n’a jamais été pareil dans nos vies depuis la tentative d’évasion de mai 2001, à la suite de laquelle, Cyril, mon fils cadet, a été incarcéré. Il faut
savoir que Cyril, vient de passer cinq ans à l’isolement sur les six de détention provisoire qu’il vient de faire dans des conditions effroyables, malgré des certificats médicaux établis par
des médecins précisant l’effet délétère de cette immonde mesure sur sa santé. Il a eu les côtes cassées, le pied cassé, s’est vu écarter les fesses de force par 15 surveillants cagoulés, a
été deux fois empoisonné etc…Nous avons fait un recours devant la cour Européenne des droits de l’homme. Je rappelle ici que les textes européens disent que cette mesure se doit d’être
exceptionnelle surtout au delà de un an. Nous avons fini par gagner devant les tribunaux au bout de cinq très longues et éprouvantes années, la sortie de l’isolement de Cyril avec son cortège
de dommages collatéraux, laissés par ces inhumaines mesures.
En parallèle, impuissante mais déterminée j’ai passé mon temps à dénoncer ces pratiques au fur et à mesure au rythme du tourisme carcéral imposé. Je me suis rendue dans beaucoup de prisons de
France et de Navarre pour visiter mes garçons avec des trajets épuisants qui me laissaient exsangue sur le plan financier, physique et moral. Fresnes, Fleury Mérogis, La Santé, Nanterre, Bois
d’Arcy, Liancourt, Strasbourg, Lannemezan (soit à 10 km de la frontière espagnole) en repassant par Paris et toute l’Ile de France, Lyon, Aix en Provence, Grasse, Perpignan, retour à
Strasbourg, Rouen, Clairvaux, Saint Maur, puis Fleury et Bois d’Arcy de nouveau…A chaque parloir, j’ai reçu une gifle d’une violence inouïe, lorsque j’ai pris conscience de ce que l’homme
était capable de faire à l’homme, dans l’opacité concentrationnaire de nos prisons. J’ajoute que chez moi ces accès de stress ont eu des répercussions incroyables. En effet, je suis
séropositive depuis 25 ans je me suis retrouvée aux urgences un nombre incalculable de fois pour des hémorragies liées à des chutes importantes de plaquettes sanguines. Je me rendais compte
que justice et pénitentiaire étaient entrain de brûler mes garçons sur l’hôtel du Dieu sécurité. Christophe n’avait été entendu qu’une seule fois chez le magistrat instructeur sur les six ans
d’instruction, alors qu’il était transféré en avion, sur le dos des contribuables, juste pour aller signer en cinq minutes, son renouvellement de mandat de dépôt chez celui ci. De son côté,
Cyril subissait la vindicte des surveillants qui lui faisaient subir l’innommable. J’en ai fait part dans une lettre (AR) au magistrat instructeur en charge du dossier de mes fils que je
tiens à votre disposition, ainsi qu’une lettre à tous les députés pour attirer leur attention sur cet état de fait. En vain. Seuls messieurs, Bayrou, Hollande et deux ou trois autres
sénateurs sur les 486 députés et quelques 280 sénateurs ont daigné me répondre. Plus tard encore, seule la sénatrice Alima Boumédienne Thierry s’est rendue dans le cadre de son rôle de
parlementaire, dans les prisons de la Santé, Clairvaux et Poissy pour visiter les quartiers d’isolement. Sur le nombre de parlementaires cela reste évidemment très confidentiel. Je salue ici
l’intégrité de cette femme qui a interpellé à notre demande, soutenue par maître Boesel, notre avocate, la commission nationale de déontologie sur la sécurité pour l’isolement abusif que
subissait mon fils Cyril. En parallèle, l’Acat (action des chrétiens pour l’abolition de la torture a demandé qu’une enquête soit diligentée par le doyen des juges du tribunal d’Evry,
(classée sans suite) tandis que l’Oip rédigeait, avec notre avocate, un recours pour la cour Européenne des droits de l’homme.
-Christophe et Cyril ont vécu transferts et isolements abusifs, pensez vous qu’il s’agit là d’une vengeance, d’un acharnement de l’administration pénitentiaire suite à la tentative d’évasion
?
Oui, à mes yeux et au regard de ce qu’il leur a été imposé en terme de transfert, d’isolement et d’exactions. Je sais aujourd’hui avec certitude, que la justice et la pénitentiaire ont
voulu les brûler sur l’hôtel de la sacro sainte sécurité. A l’heure qu’il est d’ailleurs Cyril est au mitard depuis trois semaines à sa demande, enfermé dans trois ou quatre m2 sans fenêtre,
juste parce que c’est le seul moyen qu’il a de sauver sa vie. Dans cet endroit précis, le nombre de surveillants étant très restreint, ça limite les velléités de vengeance anonymes et
sournoises…Apparemment, le jugement rendu le 16 mars dernier par la cour d’assises de Créteil qui l’a vu condamné à 10 ans de prison ne convient pas à quelques agents de l’administration
pénitentiaire. Certains d’entre eux, lui ont signifié à son retour du palais qu’il ne s’en tirerait pas à si bon compte et qu’il mourrait en prison parce qu’ils ne le laisserait pas sortir
vivant…Avant son procès et durant celui ci, il était à la prison de la santé, cela nous accordait un semblant de répit, géographiquement parlant, à nous famille bien sur, mais surtout, il
avait entrepris une psychothérapie qui lui apportait un bien considérable. Celle ci avait été mise en place après que je sois intervenue dans un colloque où se trouvaient le chef de cabinet
de Pascal Clément, R. Badinter, C. Boutin et beaucoup d’autres parlementaires, mais surtout, beaucoup de chefs ou responsables d’établissements pénitenciers de la France entière ainsi que
tout ce que compte la psychiatrie en terme d’experts et de médecins. J’ai ainsi interpellé les autorités devant 400 personnes environ comme je le fais dés que j’en ai l’occasion. On ne peut
vouloir psychiatriser la population carcérale quand cela arrange l’administration pénitentiaire ou la justice et refuser de tenir compte dans le même temps, leurs avis ou certificats médicaux
lorsqu’ils dérangent. Le psychologue qui le suivait a même rédigé un certificat médical encourageant qui a été lu à l’audience de la cour d’assises, dans lequel il s’engageait à suivre Cyril
une fois qu’il serait dehors. Tout a été rompu pour satisfaire je ne sais quel sombre dessein….Aujourd’hui, je rappelle ici que Cyril est au mitard depuis un mois maintenant, pour échapper à
la vindicte de certains agents et à leurs menaces de mort. Ceci, malgré un jugement rendu par des citoyens de république qui ont délibérés 12 heures d’affilée, ce dont ces agents se
contrefichent…
-Le procès de la tentative d’évasion impliquant Cyril et Christophe vient de se terminer, pensez vous qu’il était équitable ?
Il est évident que ce procès n’était pas équitable ! Si la pilote de l’hélicoptère n’avait pas été d’une honnêteté sans faille, soutenue par un avocat spécialiste de l’aéronautique ça
aurait été très dur de se faire entendre, déjà que ce n’était pas facile.
Extrait de la plaidoirie de l’avocat de Marielle Simon la pilote de l’hélicoptère :
« Marielle Simon ne fait pas de littérature avec son courage. Elle a un esprit clair et une pensée rigoureuse.
Sa question est « Pourquoi est ce qu’on ma tiré dessus ? »
Ce que je vais dire est ce que je pense de tout un système. Il y a une culture qui mijote dans l’AP qui fait que des surveillants des miradors se croient légitimes de tirer sur un otage dans
un hélicoptère, protégés par des règlements aléatoires. Alors que comme par hasard, pendant les vingt heures de prise d’otages des surveillants, il n’y a pas eu un seul coup de feu. »
Lorsque le surveillant Taffin en poste au mirador qui a ouvert le feu sur l’hélicoptère arrive à la barre, le vrai visage de l’AP apparaît enfin.
« Mieux vaut deux cents morts que deux évadés ». A t’il dit sans état d’âme, assumant ainsi le fait d’avoir tiré, à l’aveugle, ne sachant pas qui se trouvait dans l’hélicoptère.
Dit également qu’il ne pensait pas aux otages, car son travail est d’empêcher coûte que coûte les évasions, que si il ne l’avait pas fait il aurait encouru des sanctions disciplinaires, voire
une garde à vue pour complicité. Il finit par conclure son discours édifiant par un « Si c’était à refaire je le referais ».
Tout en sachant que Marielle Simon était dans l’hélicoptère et qu’elle se trouve dans la salle du côté des parties civiles…
Je rappelle que 300 personnes détenues se trouvaient sous l’hélicoptère à ce moment là. Marielle Simon et son avocat ont compris à ce moment précis qui étaient les véritables dangers, ceux
qui avaient failli la tuer sans l’ombre d’une hésitation. Elle revient à la barre insister sur le fait que les premiers coups de feu tirés depuis l’hélicoptère n’avaient commencé qu’après
qu’un des occupants de celui ci s’est exclamé « les cons ils nous tirent dessus ».
La présidente a compris à cet instant qu’elle venait de perdre une partie civile qui jouera contre elle et la position de l’AP. Quant aux jurés ils ne peuvent occulter les propos de la pilote
qui seront un des éléments décisifs dans leur décision au moment du délibéré.
La présidente fait alors venir M. Schlingué expert en balistique à la barre. Moment important car c’est sur les conclusions de cet escroc que l’accusation repose, indiquant que les premiers
tirs sont en provenance de l’hélicoptère. Que le mirador a répliqué en état de légitime défense. Exposé long, pontifiant et fastidieux fondé sur le visionnage de deux cassettes filmées par
des témoins habitant dans des cités jouxtant la prison, probablement des surveillants. Elles sont passées et repassées au ralenti, alors que l’expert tente de décrire chaque coup de feu avec
une objectivité parfaitement aléatoire. Vu la précarité de leur situation durant le vol stationnaire au dessus de la prison les accusés n’avaient aucun intérêt à tirer sur l’hélicoptère. Tout
cela était sans compter sur les accusés, les avocats de la défense et l’avocat de la pilote qui ont mis à mal cette version fallacieuse des faits.
Christophe qui n’a été extrait qu’une seule fois au cours de l’instruction a demandé le visionnage d’une autre cassette de France2 qui, par le plus grand des hasards, n’a pas été soumise à
l’expertise alors que cela avait demandé au cours de l’instruction, dans une lettre avec AR au magistrat instructeur Cros… La présidente répond que cela n’a aucun intérêt puisque l’on n’y
entend pas les coups de feu. Elle tente de faire taire Christophe tandis que Ripert lui explique qu’il est tout à fait en droit de poser des questions. C’est alors que l’avocat de la pilote
d’hélicoptère, partie civile dans ce procès je le rappelle, remet en cause la pseudo scientificité de l’analyse sonore. Il prouve ainsi que celle ci ne peut suffire et demande d’autres
éléments de comparaison. Il demande la confirmation que l’on a bien à faire à des originaux, ce qui n’est pas le cas. Il demande si l’on a examiné le matériel qui a filmé, la capacité des
micros, celle de la bande passante : NON, bien évidemment.
Il met en avant le fait que l’on n’a même pas comparé un tapotement sur le micro de l’enregistrement d’un coup de feu. Il rappelle qui est avocat dans l’aéronautique depuis de nombreuses
années, qu’il a étudié de très près le dossier concernant le crash du concorde : l’éclatement du pneu de ce dernier n’a jamais été audible dans les enregistrements alors il s’étonne de la
soi-disant évidence des preuves avancées par l’expert. La présidente le somme de ne pas faire de commentaires et de s’en tenir à des questions. Delphine Boesel l’avocate de Christophe note
que, si on suit le décompte des tirs fait par l’expert, il y a un problème de chargeur et du nombre de balles retrouvées. La présidente lui coupe aussi la parole, cherchant ainsi à
déconsidérer ses questions hautement pertinentes.
Puis, l’avocat Ripert se lève à son tour et hurle à l’intention de l’expert : « vous êtes nul, complètement nul et votre expertise est fausse ». Il rappelle qu’il connaît bien les experts,
qu’il a l’habitude d’eux, de leur soi-disant scientificité qui cache mal les allégations bidon servant juste à légitimer des peines de prison. Puis, il lui rappelle que celui ci a convenu
avoir travaillé avec un autre expert, en prise de sons celui là, mais son confrère n’est pas là pour témoigner de son travail et qu’il n’est là lui, que pour le rapporter ; en fait, il
reconnaît sa parfaite incompétence en la matière. Ripert exige la présence de l’expert audio ce que la présidente refuse. L’expert était décontenancé, il n’a pas l’habitude d’être apostrophé
de la sorte, en général il est reconnu comme une espèce de savant dont on ne peut remettre les scientifiques paroles en doute. Bernard Ripert oblige peu à peu à se confondre malgré l’aide de
la présidente qui fait tout ce qu’elle peut pour le tirer de ce mauvais pas, en s’exprimant à charge de façon éhontée sentant que la faiblesse du dossier est entrain de se révéler devant les
jurés. L’expert finit par admettre qu’il ne peut assurer qu’il n’y avait pas eu de coups de feu avant le premier tir en provenance de l’hélico. Son expertise est en miettes. Pierre Lumbroso
l’avocat de Cyril n’était pas content des interventions de Bernard Ripert mais Cyril a exigé qu’il le laissât faire. En parallèle, de nombreuses personnes dont certains journalistes, sont
venues pour essayer de me convaincre de le faire taire. J’ai refusé d’intervenir auprès de lui, dés que j’ai compris qu’il dépossédait la présidente de ce procès jugé d’avance. Je ne me
remercierais jamais assez, d’avoir insisté pour que Mounir le troisième inculpé dans ce dossier, prenne cet avocat…
-Comment ressentez vous le paradoxe qu’il y a entre la sympathie populaire que provoque la série prison break et la décision des jurés condamnant lourdement Christophe et Cyril
alors que c’est sensiblement la même histoire ?
Une seconde fois, le scénario auquel avait eu droit Christophe quelques années plus tôt s’est répété, avec cette autre juge novice en matière d’assises parachutée au procès de Créteil.
Novice mais, d’une sévérité redoutable et d’une partialité sans nom, dans un procès jugé d’avance...Sauf, que cette fois ci durant l’audience, il y avait un avocat non inféodé au système, une
avocate qui croit en certaines valeurs, des accusés qui ne se sont pas laissés faire, un avocat de partie civile effaré de constater que sa cliente avait servie de cible à une administration,
qui lui répète en pleine face, que ses agents ont eu la bonne réaction en lui tirant dessus. Quant à moi j’ étais là pour témoigner, puisque j’avais aidé à la reddition de Christophe lors de
la tentative d’évasion de 2001.Témoignage concis, carences du dossier, lacunes, omissions, mensonges et erreurs, je ne me suis privée de rien, j’ai dit tout ce que j’avais à dire, j’ai pu
voir dans les yeux de plusieurs jurés une véritable empathie et certains d’entre eux m’ont souri du coin des lèvres…Je répète ici ce que j’ai dit dans un article du parisien ( édition val de
marne) à savoir : que je remerciais les membres du jury qui ont délibérés 12 heures d’affilée, dont certains ont arrachés de haut vol cette condamnation à 10 ans pour Cyril, alors qu’il était
clair que la présidente et le jeune procureur aux dents longues en espéraient le double. Maître Ripert a fait sauter tous les chefs d’inculpation les uns après les autres, ils ont été
transformés en blessures volontaires et vol d’hélicoptère. Ce dernier chef d’inculpation a été remis en cause par Bernard Ripert qui plaidait le détournement mais, Pierre Lumbroso l’avocat de
Cyril l’a reconnu et validé dans sa plaidoirie. A ce propos, je viens d’avoir un mail d’un juré suppléant il y a quelques jours qui m’a contactée après avoir trouvé mes coordonnées qui se
trouvent sur tous les sites liés à la prison. Ce juré me dit en substance que sa prestation de service en tant que juré suppléant, ne lui avait toujours pas été payée contrairement aux autres
jurés et que ces huit jours de procès lui avaient coûté 800 euros sur son salaire. En prime, il a reçu des menaces, à savoir 3700 euros d’amende à payer pour avoir quitté la salle d’audience,
alors que c’est la présidente qui l’a foutu à la porte du jury devant témoins. Ce juré n’avait toujours pas de document officiel au moment où il m’a contactée. Tout ça, parce que cette
courageuse personne, refusait de se faire complice de la partialité de la présidente, lorsque d’avance, d’après ce qu’elle a pu dire à ce sujet, celle ci influençait de façon ostentatoire les
membres du jury tout en les traitant comme des chiens. Elle condamnait d’avance mes fils en aparté, le tout sur un ton méprisant, faisant des réflexions désobligeantes après chacune de mes
interventions ou de celles des témoins à décharge. Ce qui a fini par excéder deux ou trois jurés même si c’est le seul qui a osé le lui dire. Voilà où nous en sommes. J’ajoute que si cette
personne a le moindre problème pour avoir voulu respecter son éthique et ses valeurs, je me battrais à ses côtés…Je rappelle que ce juré qui n’a pas quitté le jury mais l’audience très en
colère lorsque la présidente parlait de ma mère qui était une mère et une grand mère exemplaire, alors que couvait un incident majeur dans le box des accusés suite à ces désobligeantes
paroles, mais également dans la salle. Je me suis levée et pris à partie la présidente à haute voix devant la salle, lui disant qu’elle ne savait pas mener ses débats et qu’elle provoquait
l’incident. Je n’ai ni été évacuée, je n’ai pas été non plus poursuivie pour outrage à la cour alors que des policiers arrivaient en renfort. Vous pouvez trouver sur mon blog le lien où se
trouve l’article du Parisien à propos des longues peines et mes remerciements aux jurés. Voici, maintenant, ma vision toute personnelle de ce que vous interprétez comme un paradoxe et qui
n’est pour moi qu’un outil de plus pour extraire de l’inconscient collectif ses élans de cœur envers la réalité en le scotchant à un écran de télé qui lui aspire toute sa moelle affective,
émotive et surtout réactive…Je rappelle qu’en 2001 lorsque j’étais convoquée à la brigade de répression du banditisme les deux flics qui m’ont interrogée sur la tentative d’évasion, m’ont
indiqué que le FBI avait demandé un rapport et les enregistrements de la prise d’otages, ou quelque chose d’équivalent dans le cadre de l’étude de ce qu’on appelle communément le « syndrome
de Stockholm »…
Je vous joins ma propre analyse liée au phénomène de cette série.
PRISON TRAITRE ET PRISON BREAK
PRISON BREAK, ou comment une série télévisée peut fédérer des millions d’euros tout en nourrissant une image déshydratée du monde, spectaculaire et stéréotypée qui se substitue à la réalité
de tant d’hommes, de mes fils en particulier, qui continuent de crever dans les entrailles de la bête, dans la partie la plus douloureuse et opaque du colon, appelée quartier d’isolement…
FICTION : Les héros, deux frères emprisonnés, dont le cadet est venu sauver son frère condamné à mort, il s’est tatoué sur le corps les plans de la prison qui doivent servir à l’évasion de
son aîné.
REALITE : Le « haro » jeté sur deux frères emprisonnés, dont le cadet a tenté de faire évader (2001) son frère condamné à vie, il a tatoué dans son cœur le plan du désespoir et de l’amour qui
doit servir à l’évasion de son aîné.
Dans « Prison Break », outre l’élément affectif qui se dégage de la série, le drapeau des valeurs morales est brandi en contrepoids de cette histoire d’amour et d’évasion, planté dans
l’émotionnel collectif, il imprime son imaginaire, qui, d’émotions chocs en émotions toc, s’appauvrit de jour en jour. Il abandonne la réalité de la vie au profit d’émotions fictives qui le
rassurent quant à son identité.
Ce qui fait la force de cette fiction, sont ces deux histoires d’amour contrariées, entre les deux frères bien sur, mais plus que tout, ce drame « Shakespearien », ce « Roméo et Juliette »
carcéral, cet interdit amoureux, entre le prisonnier et le médecin de la prison qui n’est autre que la fille du sénateur de l’état, dans lequel, chaque téléspectatrice (eurs) peut se
reconnaître.
Le scénariste n’a pas oublié de médicaliser la réciprocité amoureuse, il rappelle à l’aide de « flashs back » judicieusement disséminés au fil des épisodes, les quelques petits problèmes de
drogue et de dépression que la toubib a connu dans son « passé fictionnel », avant de travailler en prison.
Si elle aide son amoureux de prisonnier à s’évader, ce que chaque téléspectateur attend la langue pendante à chaque nouvel épisode, c’est parce que c’est une ancienne droguée.
Ouf ! La morale est sauve !
Dans NOTRE REALITE, lorsqu’une assistante sociale tombe amoureuse de mon fils aîné, qu’un surveillant, un directeur de prison, ou le psycho flic d’une brigade d’élite, s’émeuvent devant sa
personnalité, le diagnostic claque comme un tir de flash ball, dans le dos d’un adolescent : c’est un syndrome de Stockholm, doublé d’une manipulation…Exit, le romantisme de la série et son
cortège de sentiments sucrés et humides...
En filigrane apparaît dans la série, «la grâce» ultime, ce droit de vie ou de mort que le grand méchant sénateur, ce Dieu territorial, peut appliquer à tout moment du scénario, ce coup de fil
quasi divin, tient le spectateur en haleine sur le tempo émotionnel et affectif.
Chacun(e) d’entre eux (elles) peut s’identifier aux personnages à travers cette histoire ayant pour ressort l’amour, la vie et la mort ainsi que la confrontation morale des axes du bien et du
mal.
Ils s’émeuvent devant une série larmoyante, mais ne sont pas réactifs face à la réalité, ils n’y n’adhèrent plus, leur sensibilité télévisuelle a remplacée l’action, les effets spéciaux de la
série comme ceux de beaucoup d’autres, de pubs ou de téléfilms ont pris le pas sur la réalité.
Dans la vraie vie, finis les effets spéciaux, les couleurs qui accrochent l’œil, mes fils et d’autres hommes continuent de souffrir ou de mourir de la barbarie carcérale, dans des quartiers
d’isolement obscurs.
La burka cathodique, empêche les téléspectateurs de regarder la vie dans les yeux, ils les gardent définitivement baissés devant la nudité crue et violente de la (notre) terrible réalité.
L’intégrisme télévisuel et émotionnel a guillotiné leurs sentiments.
Lors de la grand messe de « Prison break », l’excitation affective culmine, elle menotte devant l’écran des millions d’adeptes qu’elle enferme dans des émotions survoltées, nombrilistes et
artificielles, les déconnectant de l’autre, de la réalité.
A force « d’électro émotions » hebdomadaires ou quotidiennes, de téléfilms en séries, les véritables sentiments disparaissent, au profit d’une sensiblerie improductive.
« Prison break » atteint des sommets financiers, grâce à l’ampleur de l’emprise émotionnelle, du séisme psycho affectif qu’elle suscite et, dans lesquels peuvent s’engouffrer, publicitaires,
annonceurs de tout poil et autres « Merlins enchanteurs » du bizness sécuritaire et libéral. Cette série joue en virtuose sa partition affective, faisant exploser l’audimat, cet empereur de
l’audience qui aspire de son énorme paille télévisuelle, l’imaginaire collectif des téléspectateurs.
Malgré l’incommensurable déséquilibre, j’assume seule, depuis des années le combat, afin d’obtenir un procès équitable pour mes enfants, dans un dossier instruit uniquement à charge, pour
attirer l’attention sur des pratiques carcérales barbares et judiciaires injustes, dont les notions de droit et d’humanité ont été définitivement bannies.
Je veux également, démontrer que cette histoire de frères est une histoire de vie et d’amour, que mon fils Cyril est l’anti thèse du Caïn biblique qui tua son frère dans un accès de
jalousie.
Dans la réalité un surveillant a été blessé parce qu’il avait tiré sur l’hélicoptère alors que cela était formellement interdit.
Nous sommes là, bien loin de la fiction de « prison Break » une fois de plus.
Nombre de nos représentants politiques, brandissent le droit des victimes en étendard, alors qu’ils ne les respectent pas, puisqu’ils s’en servent comme bouclier humain, s’abritant derrière
celles ci, dés qu’ils veulent occulter une réponse à une question embarrassante, ou faire aboutir des mesures liberticides pouvant fertiliser la loi organique des finances (Lolf).
Enterré sous des excréments sécuritaires, le code de procédure pénal attend au fond des quartiers d’isolement que la démocratie torche sur l’étendard du droit, la « ré publique ».
Dans cette froide et clinique réalité, aucune identification possible, pas d’écran pour renvoyer les images de cet univers sombre, opaque et concentrationnaire, enfoui dans les catacombes de
nos consciences endormies.
-Qu’avez vous à dire au sujet de l’image médiatique négative donné à ce procès alors qu’il ne s’agit que d’un acte d’amour d’un frère envers son frère ?
Ah les médias ! Dés que je prononce ce mot me vient à l’esprit le dernier m’ayant écoeurée. Curieusement c’est une femme. Je dis curieusement, car ces dernières années pas mal de femmes ont
été touchées par mon combat, même si elles ne prenaient pas clairement parti. Le côté mère qui se bat pour ses enfants leur parlait forcément. Donc, lors du procès de mes fils, une
journaliste de France2 est venue me voir toute mielleuse, elle s’appelle Yasmina farber ou un truc du genre. Comme j’avais vu des confrères à elle quelques jours plus tôt dans le cabinet de
pierre Lumbroso et que ceux ci avaient été honnêtes, je ne me suis pas méfiée lorsqu’elle s’est présentée m’a posé des questions et que Lumbroso qui m’a dit connaître ses pratiques ne m’a pas
prévenu. Finalement, elle a pris en gros plan le petit hélicoptère en or que je porte autour du cou, symbole d’amour entre deux frères et du courage de la pilote et le soir, au journal de 20
heures, elle l’a présenté comme une ultime provocation de ma part…Heureusement, j’avais déjà parlé de cet hélicoptère sur un plateau télé sur une chaîne appartenant à l’ami de monsieur
Sarkozy, ; celui qui l’a invité sur son yacht, ainsi que sur différentes stations de radio et dans des textes parus sur internet. Tout cela pour vous donner une idée de l’inféodation de
certains journalistes ou de leur rédaction, au système politique. Mais ça non plus ce n’est pas un scoop…
-Comment vont Christophe et Cyril après leurs condamnations respectives et comment voyez vous l’avenir ?
Ils vont comme des garçons qui ont pris pour l’un Christophe : 15 ans de prison auxquels viennent s’ajouter les 38 précédents. Quant à Cyril le second, il va comme quelqu’un à qui l’on
vient d’annoncer sa mort imminente, sauf que là, elle n’est pas liée à une quelconque maladie. Je rappelle ici qu’il y a peu, un jury populaire lui avait laissé entrevoir, pour un court
instant, un bout de cet horizon que vous évoquez dans votre question, sous le nom d’avenir. Je serais tentée dans ces conditions de reprendre une célèbre phrase de Dante :
« Perdez tout espoir l’enfer c’est ici et maintenant. »
Sauf que moi, sans horizon je ne peux vivre. Je sais que l’espoir est à double tranchant, il peut être aussi un moyen de pression et de désespoir également, la mythologie Grecque nous le
rappelle fort bien, elle qui avait placé l’espoir dans la boite de Pandore avec bien d’autres maux…Mais, comme beaucoup d’entre nous d’ailleurs, je ne peux vivre sans, sauf que je refuse de
rester là, les bras ballants, à attendre en priant ou pleurant les deux genoux à terre, je me bats debout pour matérialiser cet espoir. Je ne sais pas comment font mes fils auxquels on a
gommé l’horizon. Pour ma part, je m’accroche à ce minuscule morceau de bouée, flottant sur la déferlante des injustices, au gré des luttes que j’appelle sursaut d’humanité… d’où qu’il vienne,
je l’espère, je l’attends …
-Vous sentez vous soutenue dans le combat que vous menez pour la dignité de vos fils ?
Oui, en général j’ai été soutenue même si cela ne s’est pas fait de la façon et aussi vite que je l’aurais voulu. Dans un premier temps l’association Ban public, portail d’information, m’a
aidée à envoyer des courriers aux parlementaires ce qui prend un temps fou vu leur nombre. Seule, cela m’aurait été impossible. Ensuite, elle a toujours pris le relais en faisant paraître
tous les textes que j’ai écrit, les articles presse et radio et tout ce qui tourne autour de cette histoire avec la régularité d’un métronome. Elle m’a permis d’aller débattre dans une fac de
droit avec des futurs magistrats, dans des lycées et de rencontrer un nombre incroyable d’étudiants en sociologie, sciences humaines, sociales etc. J’ai pu leur parler de cette réalité que
personne ne veut entendre, même si je doute que cela ait pu changer leur vision du système. Mais, je reste persuadée que quelque part dans leur tête l’information est là, tapie…
Ban public m’a permis de rencontrer des représentants de l’Acat, des droits de l’homme et la sénatrice Alima Boumédienne Thierry. Ensuite, alors que je ne m’y attendais le moins du monde,
l’Acat (action des chrétiens pour l’abolition de la torture) m’a aidé à soutenir Cyril lorsqu’il faisait sa grève de la faim, qui a duré plus de trois semaines, pour pouvoir espérer quitter
la prison de Rouen où ses conditions de détention étaient particulièrement pénibles. (prison où un détenu a mangé les poumons de son codétenu…)
Auparavant, il avait déjà fait trois mois de mitard sans un seul jour dehors, soit plus de 90 jours confiné dans 3 ou 4 m2 carrés, sans fenêtre toujours pour dénoncer ses conditions de
détention et son excentration ainsi que les exactions et atteintes à sa dignité. Je profite de ces lignes pour remercier l’Acat et Ban public une nouvelle fois.
Le nouvel observateur aussi m’a aidé quelque peu en relayant l’Acat à travers leurs lignes et en me consacrant tout un article dans leur journal et sur leur site. L’Oip qui nous a assisté
dans nos recours administratifs contre la mesure d’isolement abusive alors que de notre côté nous réfutions les allégations mensongères de l’administration pénitentiaire concernant Cyril. Le
groupe Mialet m’a aidé à sa façon, en me permettant d’interpeller plusieurs hommes politiques au cours de colloques auxquels il me faisait convier. Grâce à cette mobilisation, nous venons de
gagner devant le tribunal administratif la fin de la mesure d’isolement de Cyril et l’administration pénitentiaire est condamnée à verser la somme symbolique de 1000 euros à mon fils pour les
dommages subis...
Je remercie les quelques trois journalistes, de presse écrite et radios confondues, qui a leur manière et avec le manque de liberté qui caractérise cette profession, m’ont aidée chaque fois
qu’ils ont pu. J’ai aussi fait partie de l’Envolée, radio associative, où durant presque quatre ans j’ai participé à une émission adressée aux prisonniers, tous les vendredis soirs durant une
heure et demie. Dans cette émission, je n’arrêtais pas de dénoncer l’isolement et les abus en tout genre perpétrés par l’administration pénitentiaire, dés que je recevais une lettre détaillée
et signée d’une personne détenue. Olivier et Hafed mes amis de la bande, décortiquaient de façon beaucoup plus politisée, les mécanismes régissant les systèmes coercitifs et liberticides de
notre société. Mes interventions m’ont valu quelques inimitiés avec l’administration pénitentiaire, mais ont permis de faire cesser certaines pratiques contre mon fils Cyril et quelques
autres aussi, sous peine d’être dénoncées sur les ondes hertziennes. Olivier a également retranscris sur papier la totalité du procès auquel il assisté de bout en bout. Ces deux garçons ont
été d’un grand secours pour moi dans mes moments de doute, ils m’ont aidé à désamorcer certaines tensions stériles, pour que j’embrasse une vision plus large de la situation carcéralo
judiciaire…
-Que réclamez vous pour que les choses s’améliorent ?
Je réclame beaucoup plus de clarté sur ce qui se passe intra muros pour que surveillants et détenus puissent cohabiter en bonne intelligence. Je pense en outre que tant que le problème
crucial de la réintégration des personnes ne sera pas pris à bras le corps, les longues peines resteront une mesure mortifère permettant aux personnes détenues, de faire des années durant le
tour de leur tombeau.
Si ces personnes ne meurent pas au cours de leur détention, comme rien ne leur aura été proposé en amont, en terme de réintégration sociale, le jour de leur sortie elles seront marquées par
une date de péremption sociale, elles subiront ce label discriminatoire à perpétuité. En attendant, certains d’entre elles continueront de fabriquer dans leurs têtes des milliers de grappins,
de cordes, d’échelles, de tunnels et d’hélicoptères pour se dessiner un morceau d’horizon le temps de leur enfermement à la longueur infinie...
Pour ma part, je fais des choses à mon petit niveau tout en essuyant des bâtons dans les roues en tant que « persona non grata » au sein du milieu carcéral. J’ai monté une association pour
des femmes sortant de prison puisque rien n’est fait pour elles ou très peu de choses, ou bien alors ce qui est fait est pensé par des hommes. Je veux me servir de ce qui m’a servi à moi,
modèle de rédemption sociale, au regard de mon parcours de vie, et ça, celui ou celle qui n’a pas cette expérience ne peut le faire à ma place. Il s’agit de travailler avec ces femmes et
leurs enfants en amont de leur sortie, voire au début de leur incarcération, avec les partenaires existants : Spip, administration pénitentiaire, associations intervenants sur place et
groupes d’auto support, etc. Les femmes ne doivent plus se retrouver à leur sortie, avec comme tout bagage d’avenir un ticket de métro en poche et leurs vêtements jetés au fond d’un sac
poubelle comme on a pu le voir dans le documentaire diffusé par Canal+ lors des états généraux sur la prison. Sinon, les rapports sur la condition pénitentiaire et la réintégration des
personnes, pour employer la formule consacrée, resteront accablants et rien n’avancera vraiment...
J’en ai marre d’user mon énergie dans une guerre perdue d’avance contre les institutions, je veux passer à plus de douceur et d’efficacité en mettant mes compétences au service de ceux qui en
ont besoin.
Par Catherine
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Publié dans : INTERVIEW
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Lundi 14 mai 2007
1
14
05
2007
14:29
Cyril Khider est actuellement au mitard, dans moins de 4m2 sans aucune fenêtre pour sauver sa vie depuis maintenant plus de trois semaines pour se préserver de la mise à exécution des menaces
de mort, proférées par certains surveillants, à son encontre.
Ces agents estiment une fois encore, être au dessus des lois en revenant sur un vote citoyen qui a pris 12 heures de délibération je le rappelle, lors du procès d'assises qui l'a vu condamné à
10 ans de prison.
Cyril vient de faire 5 ans dans les quartiers d'isolement de la république cela ne suffit il pas comme punition?
Où se promène l'humanité, donnez lui une adresse svp qu'il puisse enfin la rencontrer...
Par Catherine
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Publié dans : APPEL POUR CYRIL
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Lundi 14 mai 2007
1
14
05
2007
14:08
Un juré, du procès d'assises qui a vu comparaître mes fils au mois de mars dernier au tribunal de Créteil, vient de me contacter
pour me dire qu'il avait subi des pressions et des menaces parce qu'il n'était pas d'accord avec la présidente qui veut le faire condamner à 3700 euros d'amende pour avoir quitté le jury
alors que c'est elle qui l'a mis dehors devant témoins.
Résultat des courses: 800 euros sur sa paye en moins, à cause des 8 jours d'absence et pas encore payé de sa prestation de juré, alors que tous les autres l'ont été.A ce jour, il semble
qu'aucune lettre officielle ne lui ait été adressée...Ca devient très grave si on condamne les citoyens qui refusent de participer à la curie sécuritaire, à une condamnation anticipée, dans
l'arrière boutique des cours d'assises, se voient spoliés de leur droit et de leu dû, juste parce qu'ils dénoncent certaines pratiques anti démocratiques.Très difficile dans ces conditions
de rester en accord avec un système de valeurs qui nous est propre et une éthique personnelle qui refuse de se compromettre...Perso: ce juré est une femme évidemment!!!
Par Catherine
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Dimanche 22 avril 2007
7
22
04
2007
22:37
Bonjour,
Un petit mail pour retranscrire notre réalité en ce dimanche 22 Avril jour de vote permettant aux citoyens
de s'exprimer en toute liberté.
Cette liberté par procuration vient d'être arrachée à mon fils Cyril khider.
>>>>COMMENT LA FRANCE SARKOSIENNE FAIT BARRAGE A LA GAUCHE ET AU DROIT DE VOTE POUR SE FAIRE ELIRE.>>>>>>
Aujourd'hui dimanche ma belle fille est allée voter à la mairie du 20ème arrondissement en possession d'une procuration pour faire valoir les droits civiques de son mari (Cyril Khider) incarcéré
à la prison de Bois d'Arcy.
Elle est restée deux heures sur place afin qu'une responsable retrouve le précieux sésame permettant à son époux de voter par personne interposée. Rien !
La procuration a disparue alors que nous possédons le récépissé de l'administration pénitentiaire précisant son inscription et la procuration enregistrée au nom de son épouse.
D'autre part, hier matin vers dix heures de policiers du commissariat du 20ème arrondissement sont venus demander devant témoin à ma belle fille de rencontrer son mari pour lui faire signer une
procuration.
Je rappelle qu'il est en prison et que si la police se dérange chez les citoyens pour leur faire signer ce genre de demande c'est qu'une demande a été effectuée en amont.
Nous allons donc nous pourvoir une nouvelle fois devant les tribunaux pour faire valoir nos droits.
Ce genre de pratique multiplié par autant de détenus + la suspicion qui plane sur les machines à voter = Un état policier, où l'arbitraire et les droits de l'homme et des citoyens n'ont plus
droit de cité.
Bienvenue
à Sarkoland.
Par Catherine
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Vendredi 20 avril 2007
5
20
04
2007
22:25
Le Vendredi 4 Mai 2007 20H30 a Poitier Site du futuroscope se déroulera une conférence de Marie-France O'Leary, thérapeute,
écrivaine, conférencière entre autre.
Elle reçoit en invité Melle Catherine CHARLES Maman de Cyril et Christophe KHIDER:
" Je m'appelle Claude Charles-Catherine je suis née le 11 septembre
1953 à Paris 14ème. je me bats pour la réintégration des femmes
détenues et contre les violences carcérales au coeur de l’Association
Visa-Vie mais aussi, pour le libre choix thérapeutique, l'étayage des
traitements VIH par le biais de médecines parallèles pour en
alléger les effets secondaires."
Je vous laisse découvrir le dossier complet concernant cette conférence en cliquant ici.
Par Catherine
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Lundi 9 avril 2007
1
09
04
2007
16:10
Je reviens des prisons de Strasbourg et de Rouen, où je suis allée visiter mes fils au parloir, ces dernières 48 heures.
A peine rentrée de vacances, j’ai dû sauter dans un train dès 8 heures du matin à la gare de l’est, qui se trouve à l’opposé de mon domicile, situé à Saint Maurice dans le Val de Marne, que du
bonheur !! C’est dans un train Corail, vieux et poussif que nous entamons le voyage, la climatisation est réglée en dessous de 15°, ce qui est super agréable quand il fait froid et qu’il tombe
des cordes comme c’est le cas actuellement. Tous les gens présents dans le wagon cherchent un moyen de se réchauffer, soit à l’aide de pulls ou de vestes, pour ceux qui ont eu le temps de
regarder la météo avant de partir, soit comme moi, par un recrocquevillement stratégique au fond du siège, qui me laissera quasi paralysée au bout de 4 heures ¾ de voyage. Pour l’heure, j’attends
la voiture bar qui a été annoncé il y a presqu’une heure pour pouvoir prendre ma trithérapie que je dois impérativement prendre avec une collation. A peine arrivée, je saute dans un taxi,
direction la prison. Une fois à l’intérieur de la taule, comme d’habitude depuis deux ans, je suis mise à l’écart, je passe les portiques de sécurité détecteurs de métaux sans aucun problème,
lorsqu’une surveillante vient vers moi, pour me passer à la « poèle à frire », autre détecteur de métaux, de proximité cette fois. Je rappelle que je vois mon fils derrière une vitre en
plexiglas, qu’aucun contact physique avec celui-ci n’est possible, je ne comprends donc pas l’intérêt d’une telle démarche. A moins d’être moi-même suspectée de vouloir commettre un crime ou un
délit, auquel cas précis, il conviendrait de me mettre en examen ou bien d’exclure ce genre de mesure rédhibitoire, m’excluant du groupe des familles dont je devrais faire partie.
J’oublie un moment ma déconvenue pour ne retenir que cet instant quasi magique, lorsque Christophe arrive dans la cabine du parloir. J’ai tant de choses à lui dire, que les mots se bousculent
dans ma tête pour venir mourir sur mes lèvres censeurs obligatoires, j’ai tellement envie de le serrer dans mes bras que la tête me tourne ! Que de frustrations, de non-dits, d’émotions
emprisonnées, derrière cette immonde vitre où même nos rires forcés rebondissent, me privant de mon enfant. Montant total de l’escapade :120 euros, train, taxi et bouffe comprise.
Mais de quoi devrais-je me plaindre, Christophe n’est il pas un individu dangereux puisqu’il a essayé de s’extraire de ses 37 années de prison, aidé par son petit frère venu le chercher à l’aide
d’un hélicoptère, au dessus des prisons de Fresnes ? C’est ce qu’indique pourtant l’échelle de dangerosité de la justice, qui détermine l’évasion comme bien plus dangereuse que le meurtre en
série. Ceci n’est en aucun cas un jugement moral ou de valeur, c’est juste le triste constat d’une mère qui subit l’ire vengeresse des institutions. De plus l’évasion ne cadre pas avec la
politique actuelle du tout sécuritaire, qui fait actuellement étalage de son pouvoir et de sa toute puissance...
Le lendemain matin, départ pour la prison de Rouen, cette fois ci c’est à la gare Saint Lazare que je prends mon train. Je suis claquée et question stress rien ne m’est épargné ! Au téléphone on
m’a dit de venir une ½ heure avant l’heure du parloir, en l’occurrence j’ai rendez-vous à 13 heures. Je me pointe donc devant la prison dès ma descente du train, après avoir avalé un petit
déjeuner succinct dans la 1ère brasserie venue, histoire de prendre ma trithérapie que j’ai oubliée dans la précipitation, puis je file en taxi vers la prison.
Il n’y a personne devant la porte de l’établissement situé sur un grand boulevard, et malgré mes coups de sonnette répétés, la porte de la maison d’arrêt reste désespérément close. La moitié des
types passant en voiture sur le boulevard, me reluquent avec concupiscence, il y en a même un immatriculé dans l’Isère, qui descend de sa voiture pour venir me parler, bien que je sois vêtue de
façon classique ils doivent me prendre pour une pute, vu que je suis seule sur cette portion de boulevard à faire les cent pas, attendant mon parloir. Vers 1h15, la porte s’ouvre enfin sur
quelques familles qui viennent d’arriver, je pénètre enfin dans la salle d’attente et je m’assois en attendant qu’on appelle mon nom. Je suis hors de moi !
Tout à coup une femme se dirige vers moi, regarde mes escarpins et me dit que je vais être obligée d’enfiler d’immondes savates qu’elle me désigne sur une étagère face à moi, car mes chaussures
risquent de sonner au portique de sécurité. Je dis non sans réfléchir, enfiler ces horribles nids à microbes, verrues plantaires, champignons et autres joyeusetés de même ordre est au dessus de
mes forces. Je n’ai pas d’immunité puisque j’ai le VIH depuis 24 ans. (ma fille de 24 ans est née séropo en 81) je ne dois prendre aucun risque contaminant, à fortiori j’ai assez de mes propres
problèmes de santé. Il est hors de question que je déroge à mes règles d’hygiène, c’est à l’AP, en charge de nombreux visiteurs de prendre les mesures d’hygiène qui s’imposent. Quitte à copier
les états unis et leur politique ultra sécuritaire, faisons le jusqu’au bout, à savoir que là bas, jamais ce genre de problème ne se poserait vu les risques pathologiques encourus par le (la)
visiteur (euse) dans ce pays, qui compte autant de procédures que d’habitants ! Le maton en charge du parloir me dit que je ne rentrerai pas ni pieds nus comme je le lui ai suggéré, ni sans les
savates, que je ne verrai pas mon fils etc...Je lui rétorque que ce n’est pas grave qu’il lui expliquera que je n’ai pas eu le droit de le voir juste parce que j’ai refusé d’attraper des
maladies. Qu’il devra également expliquer cela à son directeur qui depuis l’arrivée de Cyril déploie des trésors de diplomatie pour que tout se passe pour le mieux dans son établissement. En
effet, Cyril a déjà fait quelques mois l’année dernière dans cette prison où il est resté trois mois au mitard soit 90 jours dans moins de 4m2, sans en sortir une seule journée, alors que la loi
ne prévoit que 45 jours de cette mesure coercitive dans les cas les plus graves. Tout cela parce que la femme de Cyril venait d’accoucher d’un bébé de 960 grammes soit moins d’un kilo, et que
Cyril ne supportait pas l’idée que son bébé prenne des risques dans les transports en commun pour venir le visiter. Il a fini par avoir gain de cause à l’issue de ces 90 jours, comprenant sa date
anniversaire, noël et le jour de l’an, joyeuses fêtes ! Je finis par retrouver une paire de tongs au fond de mon sac dont je n’avais vidé la totalité du contenu, la veille, en revenant de
Strasbourg qui clot l’incident, ½ plus tard.
Une fois dans la cabine de parloir je serre mon enfant contre moi, ou plutôt c’est lui qui me serre dans ses bras en m’embrassant dans le cou, il m’embrasse pour deux car il sait que son grand
frère ne peut pas le faire à cause de l’hygiaphone. Je reste environ une bonne heure et demi avec lui, il me raconte qu’en arrivant à Rouen, il avait directement entamé une séance de sport dans
sa cellule histoire d’évacuer le stress lié au transfert, qu’il avait descendu une bouteille d’eau d’un trait à l’issue de sa séance et qu’il lui avait trouvé un goût bizarre. Juste après il a
été pris de nausées, de maux de ventre, et de migraine persistante jusqu’à aujourd’hui par intermittence, pour cette dernière. Il en a parlé à l’avocate il y a quelques jours lors de sa venue au
parloir. Il ajoute que c’est une des trois bouteilles d’eau ramenées de Fleury Mérogis avec lui dont il est question, il ajoute alors que je lui désigne un maton que j’ai trouvé courtois en
arrivant au parloir que celui-ci lui avait mis des asticots dans sa gamelle alors qu’il était au mitard l’année précédente !!!
Coût total de cette nouvelle escapade : 100 euros et un bon kilo de perdu...
Je repense à Christophe qui m’a demandé un mandat pour la 1ère fois en dix ans, il n’a bientôt plus de baskets et je ne peux même pas lui envoyer le mandat salvateur qui est passé dans les
billets de train. Strasbourg déjà l’année dernière, Lyon, Aix en Provence, Grasse, Moulins, Perpignan, Strasbourg de nouveau ainsi que toute l’Ile de France, du pur tourisme carcéral responsable
de mon dénuement, du fait que je vais bientôt perdre mon appartement. Je ne touche que 540 euros par mois.
Je pense à tous ces incarcérés qui n’ont rien ni personne, et je me dis qu’intra-muros le fossé social est le reflet de l’extérieur, il devient un véritable ravin au bord duquel de nombreux
indigents sont en perpétuel équilibre. Impossible pour eux de se torcher le cul, d’avoir du sucre ou du café sans la magie des euros ! Exit les petites touches de mieux être à défaut de confort.
C’est en ces lieux qu’on imagine les différences sociales gommées, et bien non ! La prison renferme en son sein le trait indélébile et à peine grossi de toutes les inégalités.
Quant à la longueur infinie des peines, transfuge né de l’accouplement entre veuve noire et socialisme, perfusions d’oubli, hypocrite alternative à la peine de mort. Temps infini de la peine qui
les renvoient de la solitude à la haine, de l’humiliation et de la frustration à la rébellion, du désespoir à leurs chaînes. A cela s’ajoute cette excision de la sexualité arrachée aux lèvres de
la liberté et qui est une forme de torture.
Et la famille dans tout ça ? COUPABLE ! Elle prend le train ou fait le plein, gobe des anti-dépresseurs ou des trithérapies, elle s’use, elle pleure, s’excuse, courbe l’échine ou espère. Elle
croit en des jours meilleurs qui n’arrivent pas, elle est la victime de ce terrorisme institutionnel, cette guéguerre bactériologique en forme de savates ou autres passages obligés pour accéder
au parloir libérateur d’émotions, quand celles-ci, ne sont pas condamnées à flotter de part et d’autre d’une sombre vitre.
Le seul côté humain que je reconnaisse à la justice, est son travail sur le génome du même nom. Elle pourra ainsi, identifier les groupes d’individus, ayant des « prédispositions » à la
délinquance, de façon à pouvoir les condamner avant qu’ils ne commettent un délit, façon Minority report » comme c’est actuellement le cas pour ma fille coupable d’avoir deux frères délinquants.
Elle est même condamnée à mort avant d’être jugée ! Au lieu d’être citée comme un modèle de courage, 24 ans de sérologie HIV ce n’est pas rien, surtout issu d’une contamination mère enfant, la
justice s’acharne à appliquer sa « charia » institutionnelle.
En l’envoyant à mon instar, s’user dans des trajets mortifères. La justice précipite ainsi le pronostic de morbidité, lié à ce type de pathologie. Soit en quelque sorte, une mise en danger de la
vie d’autrui, de non assistance à personne en danger.
Par Catherine
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Lundi 9 avril 2007
1
09
04
2007
16:07
A Mounir, Homme Antique en voie d’extinction
"La Bouche était déjà dans la tombe et, de mépris, cracha dans l’œil !"
AHB
Il marchait sereinement ans le champ fauve tacheté de gouttelettes rouges au cœur de noir coagulé, cueillant pour son
poing serré un bouquet de coquelicots. Toutes les trois-quatre enjambées, il se baissait et, en de courts zigzags, avançait vers l’objectif.
Sur la tête, son bonnet de laine est roulé au plus haut crâne, façon kippa. Ne pas attirer l’attention sur ses mouvements, ne pas devenir la ligne de mire, le témoin mobile sur l’étendue
plate, désignant ses deux amis à plat ventre à la lisière du maigre petit bois. Lui à l’abordage, ils suivraient dans un sprint digne des Jeux olympiques. D’ailleurs, tous trois espéraient la
médaille d’or tout en sachant que celle de plomb leur était promise.
Elle souriait dans le soleil, fredonnant « trois petits tours et puis revient ». L’œil toujours aux aguets, pour entretenir sa vue d’aigle, elle observait machinalement ce petit bonhomme qui
cueillait un bouquet dans le pré. Elle pensa à sa mère et se fit la promesse de ne pas oublier la fête des Lapines - la nouba des bonnes pondeuses. Son côté italo-anarchiste lui réglait
automatiquement la cervelle comme une horloge. La petite aiguille sur la petite histoire, et la grande sur toutes les majuscules heures H.
C’est certainement cet état d’esprit permanent qui l’avait poussée à prendre physiquement de la hauteur et à choisir ce drôle de métier : pilote d’hélicoptère. Elle caressa tendrement son
insecte volant et, enfin, regarda sa montre. Ses clients devaient avoir paraphé les contrats et n’allaient plus tarder à apparaître sur le perron de la maison de maître. La pelouse sirotait
sereinement la rosée du matin et le soleil frappait la rutilance de l’hélicoptère, brillant de tous ses chromes et de toute sa surface de Plexiglas. Bientôt, l’énorme ventilateur brasserait
l’air chaud.
Dans son dos, soudain, une pression, une voix métallique qui vibre. Tout de suite, elle sut que le cueilleur de coquelicots n’allait pas lui conter fleurette.
- Tout ira bien.
Masqué par elle, les yeux vifs et mobiles dans les trous de son bonnet improvisé cagoule, il fixait le perron où s’amassait un petit groupe d’hommes qui s’étreignaient dans une parodie
d’amitié, d’embrassades, se tapotant le dos à la recherche du meilleur endroit où planter un canif empoisonné. Les hommes d’affaires ne s’occupaient pas du petit personnel - à qui ils
confient pourtant leur santé, leur vie et parfois même leur descendance.
Elle murmura la réponse à sa propre question tue :
- C’est pour faire un tour ?
- Tout ira bien.
Les deux autres hommes arrivaient, essoufflés et tendus d’avoir cavalé en apnée, les dents serrées sur les battements du coeur. La cagoules noires moulaient au plus près leurs crânes en têtes
de mort. Elle ne put s’empêcher de les trouver beaux et un slogan traversa son esprit : No PASARAN. Elle chercha une caméra invisible, tendit l’oreille à un « Coupez ! » Elle avait plusieurs
fois fait de la figuration pour le cinéma et déroula la possibilité d’une fiction pour faire face à la réalité. Arrivé près d’elle, le deuxième homme lâcha dans un souffle : « Putain ! »
Elle ne put retenir un féministe :
« Moi, c’est Catherine. »
- Tout ira bien, répéta le premier homme.
Le troisième homme, tandis que le deuxième chargeait le lourd sac dans l’habitacle, ajouta :
- Comme sur des roulettes ! Soyez pro, et on sera OK...
Catherine put enfin les regarder tous les trois et tenta une diversion, tout en sachant exactement ce qu’ils voulaient.
- Ce sont des biznessman, ils n’ont que des papiers, pas de liquidités.
- Ce qu’on veut ne s’achète pas avec de l’oseille.
- On décolle, madame.
Le premier homme hésita par réflexe, non pas la panique, mais juste l’appréhension du vertige. Une couronne de sueur avait inondé la cagoule de tissu du troisième homme. C’était un baptême de
l’air pour eux tous.
- Et après ?
Elle posa la question sans avoir la gorge nouée. Elle avait attendu d’avoir la main sur le manche pur défaire le nœud. Tout se dénouait lorsqu’elle se préparait à piloter. Son cerveau
décollait bien avant elle et lui donnait parfois l’impression de piloter de l’extérieur, comme dédoublée. D’ouvrir le ciel, en avant-garde ou en guide, à l’appareil. Le trio était
heureusement tombé sur une pro. Une vraie, avec cette petite touche de folie qui la faisait artiste. Ils avaient tiré le bon numéro pour ce voyage sans billet.
Le groupe d’hommes d’affaires tourna une même tête d’hydre capitaliste inversée, une gueule pour plusieurs corps, quand les rotors moulurent le silence, amorçant le décollage de
l’hélicoptère. Ils levèrent les bras en sémaphores pour taxis et les pales lancèrent un éclat de soleil qui leur déchira les pupilles. Ils ne virent rien dans la bulle de pilotage et ne
cherchèrent pas plus loin. C’étaient bien des affairistes et rien que ça, non des hommes d’honneur qui se seraient inquiétés pour cette femme seule qui s’envolait inexplicablement. L’un d’eux
regarda sa montre et invita les autres à rentrer. Il rassura circulairement son petit monde d’un rictus pour expliquer que la pilote avait sûrement ses raisons pour effectuer un petit galop
d’essai avant de revenir les chercher. Car, quoi ? Elle ne pouvait les laisser là, et puis, il resterait de nombreuses viennoiseries, quelques litres de café et de jus d’orange. Ce serait
idiot de gâcher... On téléphone ? Non, non... Elle sait bien ce qu’elle fait.
*
- Tu ne peux pas me laisse là.
En sortant du parloir, Cyril n’a que cette phrase en tête, qu’il se répète exactement trente fois. Le nombre d’années que son aîné doit purger. Son frère de 32 ans en a déjà 62 lorsqu’il le
fixe dans les yeux. Trente ? Le nombre de Judas.
Cyril en a 26, 2 + 6 = 8.
Que symbolise huit ? Un zéro monté sur un autre, l’un cherchant à baiser l’autre ?
26 ans et toute la mort devant lui.
*
- Quelle prison ?
Elle avait demandé si doucement qu’ils crurent lui en avoir parlé les premiers. Elle lisait dans les esprits ? Puis ce fut évident que c’était l’évidence même. Cyril souriait sous sa cagoule,
et encore plus lorsqu’il décolla un coquelicot clandestin embarqué sous sa semelle. La fleur avait bien résisté et n’était presque pas abîmée. Il la cala à la boutonnière de son blouson.
Un de ses complices la regarda, y vit une tâche de sang. Il se signa.
- Quelle prison ?
- Fresnes, madame...
- La mafia ?
- Non, non, madame... L’amitié.
Tout en notant la rude politesse du madame dans son carnet de bord intime, elle fit une moue de déception. Al Capone ? C’était pas pour demain. Cyril parla vite et fut, à partir de cet
instant, le seul à prendre la parole.
- Ils ont ordre de ne pas ouvrir le feu, madame, il n’y a rien à craindre. La ministre de la justice l’a dit. On passe au-dessus, on cueille. On rentre, et vous, on vous laisse. On est
casher, soyez halal... et on s’entendre bien.
*
- T’es vraiment un chiffon !
Cyril baisse la tête... Déjà cinq ans et il n’arrive à rien. Il a vu Françoise Heullan ? Oui. Il a vu Michel Glaume ? Oui, oui, oui...
- Alors merde ! Qu’est-ce qu’il y a ?
Il y a que ces deux-là donnent des rendez-vous. Décommandent puis en redonnent et posent des lapins.
Je n’ai pas pu
Confiance.
Pas de problème.
Patience.
Distributeur d’excuses.
Et sur tout ça, ils emballent leur parole dans un ou deux billets, des grosses coupures toutes neuves, une pour Noël et l’autre pour l’anniversaire.
Décembre et août... De quelle année ?
Il faut attendre
La logistique.
C’est pas une balade.
Ni un jeu d’enfant, il faut les hommes et les armes.
Les secondes se trouvent plus facilement.
Bien sûr, l’Amitié.
Ah la la ! On ne peut pas tout demander à un ami sinon on ne le considère pas comme un ami si on le met en danger.
Pas Vrai ?
Pour sûr.
Et comment !
Il y a des défections.
Untel ?
Il s’est fait arrêter.
Fou rire.
Il s’est dénoncé lui-même pour avoir un alibi.
Combien ?
Dix-huit mois.
Il a pris Dix-huit mois pour ne pas venir.
Des certificats médicaux ?
Est-ce que celui-là a donné un certificat médical pour ne pas venir ?
Il est puni par où il a péché, Jojo-la-Gâchette.
Ses index ont chopé des panaris ?
Non, non, il a attrapé des hémorroïdes !
Ca rit jaune dans la boîte à couper les cœurs en deux.
Putain de parloir... et Hygiaphone en plus, comme au bon vieux temps des QHS pour les hommes HS, nouvellement siglés, puisqu’il faut mal vivre avec son temps à purger, et subir la modernité.
Détenus. Particulièrement. Surveillés : DPS. Ca sonne dur, ça fait mec. Ca pose un homme pétrifié d’une lave à petit feu, ça le durcit pour deux éternités, sans confusion de haines.
Et Untel ?
Rangé avec femme divorcée t enfant reconnu.
Tout pour ne pas répondre présent.
Oui, avec un chien en option.
Et l’autre dont on ne dit jamais le nom ?
Ah lui ? Il dit qu’il est trop connu !
Les flics viendraient direct le serrer, le lever, l’enchrister...
Bon, non, ça va comme ça, le dico d’argot.
Le Bottin des Hommes, avec un grand H, renferme de moins en moins d’abonnés, quasiment tous se mettent sur liste rouge.
Pas besoin de folklore en plus...
C’est plus des voyous mais des séries noires sur deux pattes.
Des livres d’images, d’icônes vachement sages.
Alors, QUI, QUI, QUI, QUI ?
- Les mômes du quartier ? Ils ont tous ton nom aux lèvres. Ils veulent tous bouger pour toi.
Mais, trop jeunes, trop fous, trop cons.
Il faut de la compétence et pour une gorge profonde l’éléphant adresse sa demande de pipe à la girafe, pas au lapin !
- Surtout pas à Rabbit : c’est pas une bouche qu’il a, c’est un taille-crayon.
Ca rit encore un peu moins jaune, un peu plus soleil, ils se font un dessin d’enfant et vas-y dessine-moi une girafe, j’aurais out le temps de la peigner.
- Et lui ?
Lui ? L’ami d’enfance qui a tourné honnête ?
Lui, le copain fifty-fifty pour tout, et constant, ses bonbons comme ses clopes, puis sa table ouverte comme ses clefs prêtées.
Oui, lui.
Celui dont on se foutait gentiment, mais trop souvent avec ses fiches de paie récurrentes. Le cave, mais toujours droit.
Oui. Lui.
Celui-là qui amenait Maman au parloir, le jeudi pour moi et le mardi pour toi.
Lui ?
- Comment j’ai pas pensé à lui...
Parce qu’il avait honte rien que d’y songer à ce vieil ami éternellement en culottes courtes, qui pleura son amour perdu.
Qui picola seul son RMI deux ans durant.
Qui lui écrivit une carte à laquelle il n’avait jamais répondu - je n’ai pas besoin de te voir ici pour te savoir là - de l’hôpital où il était coincé, comme sous la machine de l’usine le
jour où...
Lui ?
*
- Salut. Totophe m’envoie.
Et lui hoche sa tête handicapée.
- Quand ?
*
Elle s’imaginait louvoyant entre les nuages comme un grand requin blanc prédateur des petites sardines en banc suffocant au fond, dans les abysses sociaux. Elle pouffa en visualisant ce
qu’elle était vraiment : un requin-marteau. Puis, tout en faisant basculer l’appareil vers les murs d’enceinte, elle mit très sérieusement en doute la nécessité d’une nouvelle décennie de
psychothérapie. Si elle en réchappait, elle se sentirait guérie du blabla des complexes en se plaçant dans l’essentiel, là où elle était réellement aujourd’hui, au-delà de la prétention et en
deçà de la modestie : un univers mental où il n’est plus question que de vie ou de mort. Elle se sentit, à ce moment-là, et pour la première fois, non plus otage mais responsable de la vie de
ses passagers. Elle venait de régulariser la situation.
Elle se tourna vers eux avec un immense sourire :
- Parés, les garçons.
Et hurla au-dessus des cours de promenade de Fresnes :
- ! Hasta la victoria siempre !
Que Cyril traduit en couac vocal par un « banzaï ! »
Le compagnon et le camarade médaillés de l’amitié se regardèrent, acceptant ce rituel instinctif, symbolique de l’acceptation d’un seppuku commun. Ils étaient tous quatre dans le même ventre,
les tripes mises en partage. En cas de merde, ça fera un chié butin. Elle pensa qu’il sera temps plus tard de redevenir la victime, une fois les pieds bien sur terre. « J’ai le manche ! »,
bougonna-t-elle dans une mauvaise imitation d’Al Pacino jouant Tony Montana.
Ce, au moment où, contre toute attente, le mirador ouvrit le feu - sans sommation pour cautériser les futures cicatrices.
*
- Une gonzesse !
Qu’il lui dit, désespéré de ne pouvoir empêcher sa bouche formuler les mots.
Une gonzesses qu’il voit en face de lui au lieu de son frangin et attention pas une Nadine [1] ! Pas une Martine [2] ! Pas une Antigone ? Connaît pas cette meuf, le Cyril.
Les deux autres, oui. Sainte Belle et Diva Cavale mais... Antigone ? Celle qui préfère mourir que d’abandonner le cadavre de son frère. Pour sa dépouille, juste pour sa charogne, elle va
casse-pipe, à la condamnation, à l’exécution.
Antigone, mon ami, mon frère... Antigone, une petite ado.
Une gamine de neuf-trois, si elle avait vécu à notre époque avec un oncle Capo-di-tutti-Capote !
- Tu vois, elle a fait pour un mort ce que tu ne fais pas pour un vivant. Viens pas sur ma tombe chialer ton amour...
- Moi, putain, je te donnerai un rein moi, deux yeux moi si...
- Oui, mais...
- C’est ça, oui mais.
Et le parloir se termine.
Dans le RER, il pense à Antigone, et soudainement lui revient Andromaque, lorsqu’il s’est arrêté en classe de 3è.
Il faut choisir la vie, pas la mort. Oui mais... Andromaque vieillit et meurt - insuicidée - sans goût de la vie et traître à son amour.
Le vrai drame que de survivre à la tragédie.
Ah putain, c’est dur la fraternité.
En rentrant chez lui, un message de la maman.
- Comment va ton frère ? Appelle-moi, mon chéri...
Cyril fuit le répondeur et prend son courage à deux mains pour pénétrer dans une librairie afin d’acheter... Heu...
- Vous avez Molière ?
- Quelle pièce voulez-vous ?
- Antigone, s’il vous plait...
- Ah, ce n’est pas de Molière, monsieur. Le moderne ou l’antique ? Sophocle ou Anouilh... ?
- Filez-moi le remake le plus récent... Merci !
*
Un coquelicot a fleuri sur le genou de Cyril et son arme, fusil d’assaut, s’est enrayée. Il est calme, très calme soudainement. Il désengage la cartouche coincée dans la chambre et épaule
tandis que tout siffle autour de lui, et que tout hurle en-dedans de lui. Le surveillant du mirador vide son chargeur sur l’hélico. Les prisonniers glapissant de joie et de terreur. Il voit
son frère Christophe en bas et il lui semble qu’en tendant la main il pourrait lui caresser les cheveux dans un « T’en fais pas, t’as vu, j’suis là ! Je viens ! J’arrive... »
Il ne voit pas que la corde qui plonge dans les profondeurs de la cour de prison et qui ne touche pas le fond, malgré le poids de son cœur qui la leste comme une ancre. Il manque, il manque,
il manque... 10 mètres. Elle ne peut pas, elle crie qu’elle ne peut pas descendre plus bas, les filins anti-hélicoptère tournicotent et si la corde se prend, c’est le crash ! La catastrophe,
la bombe sur les hommes murés sans aucune échappatoire.
Le mirador recharge et Cyril, pour la première fois, réplique. En plein dans la cabine et le verre blindé s’étoile. Le verre pète et devient grenade. Un éclat transperce la poitrine du
surveillant, qui enfin se couche en chien de fusil. Le petit espace du mirador devient cabine de W.-C. Recroquevillé sur ses tripes lâches, le surveillant s’éparpille et se laisse entièrement
aller à la puante peur.
L’hélicoptère survole les promenades une à une. La cour de Totophe est là. Au centre, lui et son ami n’ont jamais adressé plus fervente prière au ciel. Là-haut, les anges relancent la corde.
Catherine, Cathy, Kate descend au plus dangereux, frôle l’exploit mais il manque encore il manque toujours il manquera à jamais... 5 mètres. Cyril fait tonner le 45, lui-même surpris par la
puissance de la détonation des petits obus. Il regarde en bas et son œil englobe l’enfilade de toutes les courettes.
Halluciné, il imagine sur la corde tous les taulards agglutinés et remontés comme une grappe de raison au soleil. Tous arrachés d’un seul geste de liberté ! Remontés à bout de bras...
Vigneron et pécheur d’hommes ! De son genou coule un vin rouge que personne n’aura le droit de boire.
Catherine n’en revient pas d’avoir ssuyé des coups de feu, et sa marche vient chercher sous son nez une morve d’indignation. Elle a mal aux dents, hyper mal tant elles crissent, effritant
l’émail :
- Non ! hurle trop tard Cyril.
Le sac d’armes tombe dans la cour et les deux jeunes hommes se jettent dessus tandis que, en un point dans le ciel, disparaissent l’espoir, l’amitié et la fraternité. Cyril a mal et ne peut
même pas s’agenouillez devant la défaite, son genou est éclaté et la chair ouverte fait comme des pétales. A sa boutonnière, le coquelicot est déjà fané et il lutte contre
l’évanouissement.
- Non... Merde ! Fallais pas, ils savaient pas qui on venait chercher... Ils sont cuits putain... on aurait pu remettre ça. Bordel ! Revenir un jour... murmure Cyril devant ses amis,
hypertendus et penaud.
Catherine ne dit rien, elle ramène juste à bon port trois enfants qui ont fait le tour de manège le plus épouvantable du monde. Elle est blanche et c’est elle, plus que son appareil, qui est
sur pilotage automatique.
*
La prise d’otages dura dix-sept heures. Le surveillant du mirador n’est plus en danger. Quant au surveillant des îles, d’Outre-mer, il peut être fier de sa promotion, après avoir entendu -
dans le haut-parleur du téléphone utilisé pour les pourparlers, que Totophe, respectueux de l’avis de tous, avait poussé à plein volume - l’infâme demande préalable à toute transaction
aléatoire :
- Rendez-nous au moins le Blanc...
Totophe regarda les deux surveillants détenus sociaux et sut que lui et son ami étaient des prisonniers. D’un côté des hommes qu’on emprisonne et de l’autre des objets qu’on détient. Il n’eut
à cet instant aucune pensée pour son petit frère car la moindre qui lui viendrait serait, au-delà de lui-même, celle du carnage et du suicide collectif. La souffrance ne pouvait déborder
d’amour. Ils étaient piégés, piquetés de lumineux points rouges, une rougeole dangereusement mortelle. Christophe, condamné à trente ans de non-vie, n’était pas un tueur, pas plus que Mounir
(quinze ans de peine). Ils le prouvèrent ce jour-là.
Sur place, entourée d’hommes cagoulés et surentraînés, tête basse, la maman ne sut dire que les mots des mamans. Ces mots de prisons et de guerres, ces mots d’hôpitaux et de catastrophes
naturelles :
- Sauvez-le... Ne me le tuez pas.
Un des membres de cette police d’élite sentit se serrer son cœur de fils et, psychoflic spécialisé, prit en charge de parlementer avec les preneurs d’otages. Dix-sept heures. 1 + 7 = 8.
*
- Non, monsieur, l’administration pénitentiaire a ouvert l feu en premier, me mettant en danger !
La pilote gueula son indignation sur toutes les chaînes de télévision puis, peu à peu, mit de l’eau dans son vin. L’agent pénitentiaire n’était pas un criminel, tout de même ? Entre son
devoir et sa conscience, il avait agi comme il fallait. L’anarchisme de Kate laissa le pas à la démocrassie. Un ministre de la Justice à sa gauche, un autre de l’Intérieur à sa droite, ça en
jetait tout de même. Sa photo à la une avec son appareil touché, blessé mais survivant aussi. Elle ne décollerait plus jamais de là, se transformant, même à haute altitude, en chauffeuse de
taxi au ras des pâquerettes, puisque c’est l’esprit qui s’élève, et elle avait accepté de s’abaisser à collaborer.
*
- Tu vois, petit frère, nous, c’est pas la même. Caïn tue Abel pour la reconnaissance et Romulus tue Remus pour le pouvoir, mais nous, on s’entre-tue pas pour détruire ou construire une
société. TU vois, eux, ils arrivent à créer leur civilisation sur la mort d’un frère. Pas nos ! Tu comprends ? Le moindre héritage social ou divin les déchire... Tu piges pourquoi on vit dans
un monde d’enculés ? Parce que les frangins s’entre-tuent, on les a éduqués à ça... Pour ça... Comme ça. T’as lu Nietzsche ?
- Hein ? J’peux pas tout lire comme toi, t’as vu. Mais, ça y est, j’ai lu Antigone. Heu... C’st bien.
Et les deux frères se taisent.
En eux brûle la grande bibliothèque d’Alexandrie et il ne leur reste qu’un bout de poème, un haïku.
- Lui ?
- Il a dit oui. Il a juste demandé : « Quand ? »
- Que vous deux ?
- Non, il y a un troisième...
- Qui ?
- Pylade, Totophe, Pylade !
- C’est qui, çui-là ?
- Tu devrais lire Andromaque...
- De Molière ?
*
Il était trop tard pour les points de suture. Quand le délai est passé pour les travaux de couture, il y a danger d’infection. Il faut laisser la nature sculpter sa racine de chair
boursouflée. Le copain nettoya la plaie au 12 ans d’âge et tendit la seringue à Cyril. Il le laissa dans la chambre, impuissant à arrêter le temps et conscient du compte à rebours enclenché
sous le microscope de la police scientifique.
Cyril avait bougrement saigné, signant son acte. Il était là, sa shooteur à la main et, chose extraordinaire, incapable de se piquer lui-même. Il n’y arrivait pas, l’Enfant-Homme [3] : passer
le tétanos au fil de l’aiguille lui était impossible, il bloquait tout en se foutant de sa propre gueule. Il n’osait pas se piquer, appuyant l’aiguille sur l peau sans réussir l’acte de la
percer. Alors il appela le copain, et le copain compréhensif - on ne peut pas avoir du courage pour tout - piqua la fesse, sans état d’âme, pour une intramusculaire. Cyril demanda des
cadeaux. Le copain pris sa commande en lui disant : « Oui, monsieur. », fit les commissions, allant d’un endroit à un autre avec mille et une précautions pour organiser la clandestinité du
héros. Celui-ci disparut quelques mois dans la nature, se greffa dans des paysages de plus en plus désertifiés, et la nature le rejeta sur le bitume d’une ville... Le laissant nu,
dépouillé.
Cyril K. fut arrêté...
En attente de jugement, la justice affûte une guillotine pour trancher dans le vif l’invisible lien qui les fait à ce jour concrètement frère siamois, avec un cœur pour deux qui bat le
tam-tam de la séparation t de l’isolement - dans des conditions carcérales les plus dures. Gardés par des matons prénommés Romulus et Caïn. Au procès défileront les témoins pour dire à quel
point ils seraient fiers d’avoir un petit frère comme ça. D’autres diront qu’une condamnation lourde, appliquée à tel acte, porterait la noblesse du geste à un si haut degré que toutes les
Légions d’honneurs se verraient transformées instantanément en médailles en chocolat. La haine et la vengeance d’Etat s’orneront d’humanité quand le procureur jouera le sauveur, en cherchant,
au plus profond de ses entrailles de fils unique et choyé, le fantôme d’un grand ou petit frère rêvé, et sa frustration réclamera une peine salutaire... pour sauver Cyril de la tentation de
réitérer, récidiver, revenir tenter l’évasion ! Thérapeutique ! Une peine contre l’autodestruction qui le fera trop vieux, trop cassé, trop seul pour de nouveau gâcher son reste de crédit
d’avenir venir arracher les ossements recouverts d’une peau momifiée de son frère aîné. Le président jouera sur les mots et le procureur su les chiffres. Oreste, frère de sang, et Pylade,
frère d’armes, n’ayant jamais été ni inquiétés ni dénoncés, la mauvaise volonté de Cyril devait - ainsi va la justice - écoper leur peine... L’avocat général insistera sur la dangerosité
potentielle du futur, car :
- Oui, messieurs-dames les jurés, il y en a deux en liberté ! Deux loups nés du ventre d’une même louve, la Révolte !
LE dernier silence sera celui des prévenus. Le frère taira le frère, laissant Abel se retourner dans sa tombe vers celle d Remus, pour tous deux se prendre dans les bras et pleurer toutes les
fraternités massacrées. « Frères humains qui avec nous vivez... [4] »
Nous aurons contre vous tous nos cœurs endurcis.
Fresnes, décembre 2005
[1] Nadine Vaujour, aux commandes d’un hélicoptère, fit évader son mari Michel de la maison d’arrêt de la Santé en mai 1986. Lire le récit qu’elle fit de cette aventure : La fille de l’air
(J’ai Lu) dont est tiré un film du même nom
[2] Déguisée en avocate et brandissant une grenade, Martine Willoquet fit évader son mari Charles du tribunal correctionnel de Paris en juillet 1975 ; dans leur fuite, ils prirent en otages
le président du tribunal et un substitut
[3] C’est ainsi que George Jackson surnommait son frère, Jonathan, qui perdit la vie en tentant de le faire évader d’un tribunal californien, en août 1970. Peu de temps après, George fut
assassiné par les gardiens de la prison de San Quentin. Lire à ce sujet ? Les frères de Soldedad (Gallimard, 1970)
[4] D’après l’Epitaphe de François Villon
Par Catherine
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