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Lundi 19 juin 2006

A l’heure où le « Burgaud chow » continue d’alimenter la presse, depuis cinq ans mon fils cadet se meurt, dans des quartiers d’isolement hostiles dégoulinant de peur, de sueur, et d’horreur dans le cadre d’un dossier instruit complètement à charge, alors que cela fait des mois qu’il est malade et qu’il réclame des soins.
Je rappelle qu’il est présumé innocent puisqu’il n’est pas encore jugé. Le serait il, que cela ne donne en aucune façon le droit de perpétrer la torture dans l’opacité enceinte concentrationnaire de nos prisons, qui sont comme autant de tumeurs carcérales disséminées ça et là dans la matrice républicaine, malgré les rapports accablants des commissions parlementaires et Européenne.

Ca fait des mois que Cyril mon enfant réclame des soins pour des douleurs articulaires et nerveuses majeures et intolérables, des céphalées dont l’intensité sismique pourrait se calculer sur l’échelle de Richter reléguant celle de la douleur de 0 à 10 au fin fond de nos mémoires.
Les seuls traitements auxquels il a eu droit ces dernières années, étant torture, barbarie, et humiliation.
Je dis stop ! Mon seuil de tolérance est atteint ! Je ne puis laisser mourir mon enfant dans l’indifférence la plus totale, alors que notre presse quotidienne consacre ses unes à la fermeture ou non de la prison de Guantanamo ou autre Abou Graïb, sœurs jumelles des nôtres !

Avant d’aller plus avant, je dois préciser qu’une seule personnalité politique a eu le courage d’intervenir et de poser des questions à l’administration pénitentiaire, faisant de ce fait valoir son droit de parlementaire, cette courageuse sénatrice, s’appelle Alima Boumédienne- Thierry.
Je profite de ce texte pour la remercier de ne pas participer à la curie et de ne pas se faire complice de cette tentative d’homicide préméditée et en plus d’intervenir pour Cyril.

A l’issue de mon dernier parloir durant lequel mon enfant a eu une violente crise de maux de tête assortis de troubles de la vision qui m’a bouleversée, elle a téléphoné à la prison de la Santé, parlé plus d’une heure avec la direction, ainsi qu’avec le psychiatre, lesquels ont, semblent ils, exprimé un REFUS clair et net de cautionner le maintien de mon fils Cyril à l’isolement. (surtout lorsque l’on connaît les raisons fallacieuses et mensongères de celui ci).

J’ajoute que seuls Ban Public, défense des citoyens et l’ACAT (association des chrétiens pour l’abolition de la torture) ont permis de sauver une première fois la vie de mon fils en grève de la faim durant cinquante jours l’année dernière.
En parallèle, le nouvel Obs m’avait consacré deux pages dans son mensuel de décembre durant cette grève de la faim à la prison de Rouen
Grève entreprise pour dénoncer ses conditions extrêmes de détention et son souhait de réintégrer la région parisienne pour pouvoir préparer sa défense dans des conditions normales, comme l’indiquent les textes de loi sur le sujet.
Il avait passé en outre plus de 90 jours dans un mitard (cachot) soit dans 4m2 dépourvus de fenêtre, se voyant servir par l’AP des asticots mélangés à sa maigre pitance.
Il avait tenu bon pour que sa fille prématurée de 960 grammes ne prenne aucun risque, dans des transports contaminants en venant le visiter au parloir, dans les bras de sa mère.
L’administration pénitentiaire ne lui a jamais pardonné...
Grève de la faim, afin de dénoncer les conditions extrêmes qu’il subit mais aussi que nous, famille, subissons par le ricochet de la logique sécuritaire et financière (LOF)
.
Une enquête a depuis été diligentée grâce à l’ACAT mais, le juge n’écoute pas les réponses de mon fils lorsqu’il l’interroge sur le sujet. (corporatisme quand tu nous tiens !)

Je rappelle en outre que ma fille et moi sommes malades du sida, que je lui ai transmis à la naissance en 81, elle est donc l’enfant la plus âgée née d’une contamination mère enfant et cela ne semble perturber en rien la LOF cette logique financière issu du terrorisme sécuritaire ambiant dont nous les proches, face à l’indicible, sommes les dommages collatéraux.
Dernièrement, ma fille s’est retrouvée 48 h aux urgences à l’issue d’un parloir excentré vers lesquels le ministère de l’injustice n’hésite pas à l’envoyer.
Actuellement, il a été nécessaire de lui poser 24 heures durant, un appareil sur la poitrine pour mesurer sa capacité cardiaque et peut être envisager une greffe qu’elle n’obtiendra pas pour cause de pauvreté chronique, mais là c’est un autre sujet ! ?...
Dans tous les cas je tiens à préciser que ce texte est avant tout un appel au secours et une façon d’affirmer que l’on refuse de se faire complice de l’horreur et de la barbarie.
Si personne ne répond à cet appel afin de secourir mes enfants, je commettrais l’irréparable devant une de ces institutions républicaines, responsables pour certaines d’entre elles, du délabrement démocratique actuel.
Je veux juste tenter d’attirer l’attention sur ce sida carcéral dont les dernières défenses humanitaires se sont effondrées, et dont une des pathologies les plus stigmatisantes reste le sarcome de Sarkosy et la tolérance zéro.

Tandis que les doigts de l’homme sont crispés sur nos chaînes, les droits de l’homme sont définitivement coincés sous leur berceau....

Par Catherine - Publié dans : APPEL POUR CYRIL - Communauté : Fraternité a perpète
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Vendredi 19 mai 2006

Cyril est sorti du quartier d’isolement suite au viol en réunion de la loi par l’administration pénitentiaire et sa cousine la justice... qui se sont plantées dans les délais autorisés et prévus. L’avocate qui s’occupe de ce dossier a gagné devant le tribunal administratif. De mon côté, j’ai mis la pression à coups de courriers et autres coups de gueule dont un chez le juge par avocat interposé, en l’occurrence Lumbroso qui s’occupe du dossier de Fresnes. Le juge a accepté de transférer à la Santé Cyril qui a « réintégré » la détention « classique », mais la direction régionale des prisons a mis une telle pression sur celle de la santé qu’au bout de quatre jours il a été transféré à nouveau à Fleury. Après le goulag du bâtiment D5 pendant des mois, c’est maintenant dans une cave du bâtiment D1 qu’il végète... C’est vraiment un fonctionnement totalement inhumain qui continue de se mettre en place : du coercitif pur jus comme l’aiment les états totalitaires, avec une banalisation des brimades de la part de l’AP que notre inertie tend à labelliser. Si ne nous réagissons pas, il nous sera quasiment impossible de faire marche arrière et le chancre de la répression distillera ses métastases sur chacun d’entre nous à la moindre petite prise de position. Il n’y a qu’à observer les conditions, la façon dont sont traitées les familles se rendant au parloir : elles ne sont pas à l’abri de la vindicte de certains matons. La preuve, c’est la lettre de Christine et les fouilles répétées que j’ai subies à la prison de Luynes et pour lesquelles une plainte a été déposée. Je rappelle que Christophe, mon fils aîné, a une mesure hygiaphone depuis plus d’un an, donc nous n’avons plus aucun contact physique.
Encore une fois, si nous ne disons rien, ce sont nos mères, nos sœurs, nos proches qui seront susceptibles d’être fouillés, humiliés, piétinés à l’entrée ou à la sortie des parloirs dans l’indifférence la plus totale. Chaque jour les conditions de détention se détériorent un peu plus ; tous et toutes subissent l’assujettissement, les brimades, les coups de certains matons qui, sous couvert du tsunami sécuritaire, surfent sur une vague de violence et d’amertume engendrée par un courant continu de frustrations permanentes ; le tout auréolé d’un sentiment de toute puissance.
Du coup, des équipes de bourreaux encagoulés dans la plus pure tradition de cette honteuse profession attrapent des détenus à plusieurs, les bloquent, leur écartent les fesses dans le meilleur des cas ou leur introduisent un doigt ganté dans l’anus dans le pire ; avec en prime des coups dans le seul but d’humilier.
La garantie suprême de leur totale impunité, c’est le silence de leurs victimes qui subissent une forme d’intégrisme inhérent au microcosme de la prison pour tout ce qui touche à la virilité ; donc neuf mecs sur dix n’en parlent pas, envahis par la honte, se faisant ainsi les complices passifs de leurs bourreaux. L’essence même de la torture, quelle que soit sa forme est de faire souffrir de façon intolérable.
Elle prend ici toute son ampleur. La dénoncer c’est la refuser.
Merde ! La France n’est-elle pas le pays des droits de l’homme... riche ?
Ceux qui ne disent rien acceptent que la prison remplisse son rôle de vampire, enlevant toute envie de rébellion, de vie aux incarcérés de tout poil, les laissant exsangues de la moindre velléité. Ils continueront de cocher les jours et les semaines sur leur programme télé à base de : « il me reste 1825 journaux télévisés, 26 saisons de Friends et 80 Envoyé spécial à tirer. C’est chaud ! » Refuser la torture morale et physique c’est aussi affirmer qu’on est vivant et droit dans ses baskets.
Ne surtout pas se laisser submerger par les plus bas instincts des deux camps qui se réveillent à la moindre petite frustration ; envie de soumettre pour les premiers, désir de vengeance pour les seconds, petite bouée dérisoire flottant sur l’océan infini de la peine dont l’horizon et l’espoir ont été bannis.
Dehors c’est kif-kif, la répression s’est totalement banalisée et dans les quartiers ou les banlieues, les jeunes se sont habitués au contrôle musclé de leur identité, flash-ball à la main, aux plaquages au sol, rangers dans le dos, à la moindre petite vanne ou critique remettant en cause l’intérêt d’une telle violence. « Citoyens, dormez tranquilles, la police veille sur vos écoles, vos halls d’entrée et vos voitures ! »
Pour ma part, je refuse de subir sans me battre, et le seul moyen sans violence que j’ai trouvé et qui s’avère au bout du compte efficace, c’est de les battre sur leur propre terrain, avec leurs propres armes : les plaintes et les procès au moindre débordements de l’AP. Personnellement, ça me sert ; moi qui était réfractaire et hermétique à ce genre de procédé, j’y ai recours au moindre accroc. À plusieurs, effet boule de neige garanti ! Je sais que d’aucun vont se dire in petto en lisant ces lignes : « elle est mignonne, elle, avec sa paperasserie administrative, si elle espère changer le système à coup de plaintes, elle rêve ! » Je leur répondrai : « non, je ne rêve plus et toutes mes illusions se sont envolées depuis longtemps, mais au moins je fais quelque chose, je laisse des preuves de leur incompétence. Ne rien faire, c’est facile, voire puéril, parce que regarder les matchs et le film sur canal le premier samedi du mois, ça va un moment. Ne rien dire c’est accepter d’avoir les deux genoux à terre et la tête baissée et ça, je le refuse cash ! Quand aux « j’vais les caner, j’vais les défoncer en sortant » et autres douceurs du même acabit, elles restent du domaine du pur fantasme ; ça se saurait, sinon ? !
Alors entre autres, je me suis pointée le 1er décembre à l’Assemblée nationale pour le débat autour du thème ironique « les prisons en France, un grand chantier pour la république », première rencontre parlementaire sur le sujet. J’étais invitée par le groupe Miallet. Il y avait plus de 200 personnes : plein d’intervenants dont un tas de députés, des représentants d’association intervenants en prison ainsi que les syndicats de surveillants.
Le secrétaire général de l’UFAP (syndicat majoritaire) prêchait pour sa paroisse en dénonçant la promiscuité, la surpopulation, etc. Dans un accès de volubilité, il a proféré la phrase suivante : « une fois, j’ai mis une gifle à un détenu parce que je n’avais pas d’autre solution. »
J’ai levé la main pour que l’hôtesse m’amène le micro : « Monsieur Grandcolas, quand vous avez giflé le détenu dont vous venez de parler, quelle aurait été votre réaction si lui, n’ayant aucune solution, vous avait rendu votre gifle ? » Déstabilisé, il s’est justifié pendant dix minutes et à la fin, cette gifle avait pour but de sauver le « pauvre » détenu qui se serait probablement tué...
J’ai repris la parole après l’intervention de Jean-Louis Terra, psychiatre, auteur en 2003 d’un rapport sur le suicide en prison et nommé par Perben pour la prévention de celui-ci. Il a expliqué les différentes manières de se foutre en l’air, dont la télé et les doigts dans la prise comme arme de destruction massive et personnelle. « Monsieur Terra, comment envisagez-vous de prévenir le suicide chez cette nouvelle génération de détenus, incarcérés dans des conditions effroyables, broyés par un système inhumain qui les coupe du monde en les plaçant dans un isolement aussi total que glacial ? Avec le grand retour de l’hygiaphone pour les briser un peu plus, ceux qui ne se mettront pas les doigts dans les prises chercheront à s’extirper de leur cercueil avec télé sans autre moyen que la violence, dans un accès de désespoir total ou de survie forcenée. Une génération qui préfère mourir sous les balles des flics plutôt que de crever à petit feu et que certains sociologues appellent suicide cops. » Il a salué mon courage, mais n’a apporté aucun élément de réponse. Quand Perben s’est pointé et qu’il s’est mis à raconter n’importe quoi, je me suis levée dans un silence de plomb et j’ai claqué la porte. J’étais incapable d’une autre prise de parole, submergée par la rage, je me serais fait alpaguer pour outrage ! Mais j’ai au moins pu placer que mes fils n’étaient pas des suicidaires devant plus de 200 personnes, histoire d’éviter qu’on les retrouve pendus ou les doigts dans la prise contre leur plein gré !!! Voilà ma façon de me battre. Je laisse à d’autres amis de l’Envolée le soin de développer le débat politique s’ils ont une ouverture et à la société celui de se remettre en question sur le fait que la pauvreté est le premier chef d’inculpation, tous pays confondus. Au milieu de toute cette chienlit chaque individu luttant pour sa dignité ou celle de ses proches est comme une étoile filante éclairant notre route à tous. Plus il y aura d’étoiles, moins nous aurons peur de l’obscurité qui règne dans l’enceinte concentrationnaire de nos taules et autres prétoires des cours de justice... vaillance et pugnacité.

Force et détermination.

Paru dans L’Envolée n° 13 - 63, rue de Saint-Mandé - 93100 Montreuil

Par Catherine - Publié dans : APPEL POUR CYRIL - Communauté : Fraternité a perpète
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Vendredi 19 mai 2006

Cher(e)s ami(e)s de l’envolée, chers enfants, chers poteaux guérilléros,

Je vous présente la lettre ouverte (cf numéro14) que j’ai envoyé au magistrat instructeur en charge du dossier de mes fils Cyril et Christophe Khider. J’espère qu’à défaut de m’apporter des solutions, le juge répondra à mes questions.
Je sais que j’avance en territoire ennemi ; la victimisation n’est pas l’arme que j’aurai choisie d’instinct et en priorité pour me défendre, mais que c’est celle qui fonctionne le mieux sur la base du concept créancier débiteur : tu dois, tu paies, avec le spécialiste au milieu pour dire combien tu dois et surtout à qui. La victimisation est une arme de destruction massive, une technologie de pointe, une véritable chaîne dont le maillon le plus faible est la victime du suivant, le tout dans la perspective de productivité intense de ce business.
Malgré cela, j’ai décidé en toute connaissance de cause de me battre contre la justice même si je dois utiliser son artillerie lourde.
Raconter dire écrire, ce n’est déjà plus être une victime, c’est refuser de creuser le trou, l’échine ployée ; c’est vouloir en sortir.
Pour l’heure, dans l’histoire de mes enfants par exemple, les « victimes » deviennent les « bourreaux », les « bourreaux » devenant à leur tour des « victimes » Tout est question de subjectivité, de point de vue, tout dépend de quel côté on tient la lorgnette, la victime n’étant pas toujours celle qu’on croit.
Quand à Christophe et Cyril, la justice, dans sa démarche de recouvrement de créances, leur a tricoté un costume de coupable, du sur mesure, avec cravate assortie qui leur écrase déjà la trachée. Les pauvres surveillants, en particulier celui qui a tiré sur l’hélicoptère, ont enfilé leurs grenouillères en éponge velours d’anges innocents. Ils ont planqué les cagoules dans leurs poches, ça peut toujours servir si le débiteur n’est pas enclin à se laisser déposséder de sa vie. On grimpe encore un échelon et on torture la famille dans cette optique de « remboursement » à tout prix, créant ainsi de nouvelles victimes de ce vrai faux commerce équitable.
Personne ne s’interroge sur le fait qu’un(e) condamné(e) auquel(le) on ôte la vie par le biais d’une peine d’élimination dont tout espoir a été banni n’aura de cesse de s’évader ; une évasion est une réaction née de l’instinct de survie.
Un frère, une sœur, un proche qui donne un rein, un bout de foie ou de la moelle osseuse à celui qui en a besoin s’inscrit dans la même logique d’amour que celui qui offre un hélicoptère en vue d’une greffe de vie et de liberté. C’est le même mécanisme affectif qui se met en place. Qui oserait affirmer que dans un cas d’extrême détresse, il n’aimerait pas voir arriver son frère, sa sœur ou un proche pour le sauver ? Si celui-là existe, qu’il me jette la première pale.
Je suis engagée dans un combat contre la fatalité sécuritaire et l’inertie du « ça ne sert à rien ». J’ai décidé de faire cette lettre ouverte au juge ainsi que des dépôts de plaintes antérieurs, présents ou futurs, au moindre débordement de la justice et de la pénitentiaire ; ces deux institutions ayant tendance à oublier les lois.
J’exige un procès équitable pour mes fils et la vie sauve pour ma fille et moi.
J’en ai assez que nous recevions, elle et moi, de l’aide humanitaire d’une main (sous forme de trithérapie), et de l’autre la mort sous forme de convois exténuants et tuants vers ces taules concentrationnaires et de plus en plus éloignées.
Je m’adresse à tous ceux qui en ont marre de subir le joug vengeur et barbare de cette justice ; une justice qui tend à nous séparer de nos familles, une justice qui nous prive de notre courrier, de nos dessins d’enfants, une justice qui nous excentre à outrance. Une justice qui met sur un pied d’égalité, en bas de l’échafaud symbolique, le mis en cause et sa famille. Je m’adresse à tous ceux qui en ont marre de subir les brimades en tout genre, les assauts massifs et répétés de la pénitentiaire, les actes de barbaries et les humiliations.
AmiEs guérilléros, venez rejoindre les rangs de ceux et de celles qui refusent la démission totale et l’abdication des personnes détenues. Devant le viol en réunion des droits de l’homme par ceux qui les ont mis en place, ne laissez plus rien passer, écrivez, dénoncez, déposez des plaintes, mobilisez leur temps et leur énergie, luttez pied à pied. Pendant qu’ils sont occupés par les tribunaux administratifs, ils gardent leurs matraques et leurs cagoules dans leurs poches.
Ne nous laissons pas broyer par les mâchoires acérées du piège sécuritaire, car si nous attendons un sursaut d’humanité de leur part en nous vautrant dans un fantasme de revanches futures, le piège se refermera inexorablement sur nous. Il ne nous restera pas d’autre solution que de se bouffer la patte pour s’extraire de ce présent indicible et mortifère.
Il ne faut surtout pas rentrer dans cet autre concept à la mode du « je ne peux pas faire le deuil tant que l’autre en face, n’a pas payé par des moyens financiers, par son travail, ou de sa vie ».
J’ai beaucoup de mal à comprendre les gens qui après la disparition d’un proche ou sa mise en fauteuil roulant (suite à un accident de voiture par exemple), sont persuadés que si le coupable prend une peine de prison à perpétuité, ça le ramènera à la vie ou ça lui rendra l’usage de ses membres ; comme si une telle condamnation pouvait apporter dans leur vie, une espèce de redistribution du malheur.
Pour ma part, j’ai constaté lors du décès de ma mère, il y a quatre ans, qu’accuser l’hôpital ou le destin m’empêchait de lui laisser sa place. La plus belle façon de la faire vivre était de reprendre le flambeau de son combat pour les siens, qui aujourd’hui encore éclaire ma vie et notre famille.
La vengeance est stérile, surtout quand elle poignarde la souffrance dans le dos.

Par Catherine - Publié dans : TEMOIGNAGE - Communauté : Fraternité a perpète
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Vendredi 19 mai 2006

Cyril Khider était en grève de la faim depuis plus d’un mois, ayant perdu douze kilos, il avait été transféré d’urgence dans l’unité médicale de Bois-d’Arcy.
En détention provisoire depuis 2001, pour avoir tenté, à bord d’un hélico, de délivrer son frangin Christophe, condamné à trente ans de cabane pour divers braquos et la mort accidentelle d’un homme. Comme lors de cette tentative d’arrachage, ils ont pris en otage deux matons et en ont blessé un, l’engeance matonne en fait voir des vertes et des pas mûrs à Cyril depuis qu’il est encage. Il a d’ailleurs été accueilli lors de son arrivée à la zonz’ de Nanterre par ce préambule lapidaire : « Ce que tu as fais aux collègues, tu vas le payer amèrement, tôt ou tard on te crèvera... ». Et depuis, ça n’a pas arrêté : pour des motifs fallacieux (préparation d’une hypothétique évasion), on le jette au quartier d’isolement, il se fait baluchonner, insulter et provoquer maintes fois par les matons qui vont jusqu’à l’empêcher de dormir. Et ce n’est pas tout : linge de corps souillé, blocage du courrier, vol d’effets personnels, crachats et autres immondices dans la gamelle, fouille de cellule et fouille au corps quotidiennes, parloir souvent supprimé, éloignement familial. Ce qui était recherché, arriva : Cyril pète les plombs, insulte et menace, ce qui lui vaut une peine intérieure de cinq mois. Lors du jugement, un magistrat lui lance : « Votre seuil de tolérance est peu élevé ! ». Par la suite, Cyril décide de retourner à l’isolement « Pour sauver ma vie. » il y reste quatre-vingt quinze jours, dans 4m2, sans un seul jour dehors, alors que, dans les textes de loi, la période d’isolement ne peut dépasser quarante cinq jours. Peu de temps après, il refuse une énième fouille au corps (à poil devant les portes-clefs, penché pour exposer son cul et tousser pour voir si quelque chose en sort). Il est alors, qu’il est plaqué au sol par une dizaine de matons et se fait écarter les fesses de force. Il vit cette agression comme un viol. Cyril convaincu par sa mère, décide en juin dernier de porter plainte contre l’Administration Pénitentiaire pour agression sexuelle et atteinte à la dignité humaine. Plainte qui, comme toujours, reste sans réponse. On rappellera qu’en principe la prison n’est qu’une privation de liberté, et non un lieu où l’arbitraire et la torture blanche sont érigés en système de vengeance corporatiste.

Marius Fréhel
Source : CQFD

Par Catherine - Publié dans : TEMOIGNAGE - Communauté : Fraternité a perpète
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Vendredi 19 mai 2006

Monsieur le Garde des Sceaux,

Alerté par l’ACAT-France, nous souhaitons vous faire part de nos préoccupations concernant Cyril Khider, actuellement en détention provisoire depuis cinq ans et soumis à un régime d’isolement depuis plus de trois ans.

Malgré les recommandations du Comité européen pour la prévention de la torture, du Comité contre la torture des Nations unies et de la Commission nationale consultative des droits de l’homme qui ont attiré votre attention sur les dangers de l’isolement en prison, et malgré les conséquences physiques et psychologiques constatées par des médecins exerçant en milieu carcéral, le ministère de la Justice continue de maintenir des personnes, comme Cyril Khider, dans un isolement sensoriel et social rigoureux sans limitation de temps.

Redoutant les conséquences de l’isolement prolongé sur la santé de Cyril Khider, nous vous demandons de bien vouloir mettre fin à la mesure d’isolement qui a été prise à son encontre.

En vous remerciant des suites que vous voudrez bien donner à ce courrier, je vous prie d’agréer, Monsieur le Garde des Sceaux, l’expression de ma haute considération.

Jean-Jacques Prompsy
Président du Groupe Mialet

Par Catherine - Publié dans : APPEL POUR CYRIL - Communauté : Fraternité a perpète
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Vendredi 19 mai 2006


L’ACAT France demande d’écrire au Garde des Sceaux au sujet de Cyril Khider, soumis au régime d’isolement depuis plus de trois ans.

En détention provisoire depuis 2001, Cyril Khider est soumis est incarcéré en quartier d’isolement depuis plus de trois ans. L’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture lance un appel national au sujet de cette situation inédite.
En effet, Cyril Khider vit, depuis 2003, 22 heures sur 24 en cellule. Il ne peut pratiquer aucune activité en commun, il n’a aucun contact avec les autres détenus, il est soumis à un régime de fouilles systématiques et ses promenades quotidiennes se résument à quelques pas dans une cour couverte de grilles et de rouleaux de barbelés durant deux heures.
L’association rappelle que "l’isolement n’est pas, en principe, une sanction disciplinaire". Mais la théorie diffère largement de la pratique.
L’ACAT invite donc à écrire au Garde des Sceaux, Pascal Clément, afin qu’il mette fin à cette mesure d’isolement sans précédent.

Conséquences physiques et psychiques

Le médecin qui a récemment ausculté Cyril Khider a ainsi constaté de graves répercussions de cette mesure d’isolement sur l’état de santé de Cyril Khider. Pour l’Acat, "cet avis justifie qu’il sorte de l’isolement", car "son maintien constitue un traitement inhumain et dégradant".
Sur un plan physique, l’isolement provoque en effet des troubles oculaires, une perte des facultés olfactives et une atrophie des muscles. Par ailleurs, les personnes isolées souffrent la plupart du temps de troubles psychologiques. La pensée s’anémie en quelque sorte. L’association des secteurs de psychiatrie en milieu pénitentiaire note ainsi que "pour la plupart des détenus l’isolement prolongé rend complètement fou. La mort psychique qui en résulte est un phénomène très inquiétant".

Selon des principes de sécurité

L’administration pénitentiaire justifie cette situation par des principes de sécurité. Cette mesure a en effet été prise à l’encontre de Cyril Khider car il a essayé de faire évader son frère, Christophe, de la prison de Fresnes par hélicoptère. Considéré comme potentiellement susceptible d’organiser une évasion, Cyril Khider a également connu le quartier disciplinaire et a été successivement transféré dans quinze établissements différents.

Source Le Nouvel Observateur

P.J. Lettre à envoyer au Garde des Sceaux

Par Catherine - Publié dans : APPEL POUR CYRIL - Communauté : Fraternité a perpète
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Dimanche 19 février 2006

A mes frères, dedans comme dehors. Ils se reconnaîtront.

Edward BUNKER "La Bête contre les murs"


Lannemezan, le 27 février 2006

Ma chère maman,

J’espère que tu vas bien, le mieux possible en tout cas, je ne m’inquiète pas outre mesure car je sais que tu es une guerrière, c’est de là que te viennent ta ténacité et ton courage. Je t’embrasse très fort en te serrant dans mes bras.
Tu peux constater que je fais un immense effort en écrivant cette lettre que tu me réclames depuis des lustres à propos de l’isolement et de la famille - décidément, j’ai du mal à raconter l’inénarrable et la noirceur du système carcéral qui n’est conçu que pour briser.
Tu me demandes d’apporter mon regard sur le traitement des liens familiaux intra-muros, de la façon dont ceux-ci sont maintenus par le système judiciaire et carcéral, si la réalité colle au discours édulcoré des politiques sur le sujet.
Le seul véritable lien viable sur le long terme pour une personne incarcérée, c’est sa famille et ses proches en général - je dis bien le seul lien, ce qui peut-être lu ici à double sens. En effet, si ce lien permet de tenir la tête du prisonnier hors de l’eau durant la détention, souvent il peut être aussi une entrave quand il devient un moyen de pression. Tout le reste est superficiel, voire néfaste - tout cela est très bien mené par l’administration pénitentiaire, qui n’a qu’un pas à franchir si elle décide de noyer le peu de mecs qui résistent ou flottent à la surface d’une humanité qui n’est autre qu’un concept intra-muros - en aucun cas un principe de vase ouvert sur la vie. Ce pas et plusieurs autres ont été essuyés sur le seuil de tolérance des quelques hommes dont je fais partie, en essayant d’enfoncer les portes de nos dernières résistances. Ils m’ont montré que l’homme est réellement un loup pour l’homme lorsqu’on lui accorde un quelconque pouvoir. Que tous ces pas, franchis allègrement, sont comme une marche funestre et mortifière, portée par un pas de l’oie vengeur, bottant les fesses des droits de l’homme, sur le tempo sécuritaire.
Silence, on torture...

En 2003, à mon arrivée à Strasbourg, soit dix ou onze heures de train aller-retour de mon lieu d’instruction, alors que je préparais pour ma visite familiale mensuelle, une dizaine de surveillants et de gradés m’ont escorté jusqu’au lieu prévu pour les visites. Habituellement, ils sont quatre au maximum - ça m’a intrigué mais j’étais loin d’imaginer la surprise concoctée par le juge et ses supérieurs hiérarchiques. Je suis arrivé sur la première rangée de parloirs réservés aux punis (ce que je n’étais pas encore à cet instant), ceux-là même qu’on affuble d’un parloir séparé en deux sur toute sa largeur - enfin tu sais ce que c’est un parloir Hygiaphone, avec double vitrage en Plexiglas interdisant tout contact physique.
A peine entré dans la cabine, je découvre mon amie derrière une de ces fameuses vitres crasseuses et opacifiées par des années de non entretien. Je me retourne vers les surveillants et je leur dis qu’il y a une erreur - ils se rapprochent de moi, prêts à me sauter dessus à la moindre velléité de rébellion ? A ce moment seulement, je comprends la présence des dix portes-clefs... Après une petite échauffourée, j’entre dans ce maudit parloir afin de réconforter mon amie - de rage, de colère et d’impuissance, les larmes me sont venues ainsi qu’à mon amie, qui dans l’incapacité psychologique et morale de me voir dans un aquarium - ce sera la dernière fois que je la verrai après huit ans de visites ininterrompues. La justice et l’administration pénitentiaire auront donc réussi un coup de maître, du moins le pensaient-elles, puisqu’un de mes proches craquait. D’après leur noir calcul et au vu de l’énergie dépensée pour me briser, j’aurais du craquer aussi - surtout quand ça a été au tour de ma fille de me voir dans de telles conditions et qu’ensuite je l’ai perdue à cause de cette ignoble mesure, c’est trop douloureux pour que je puisse te parler d’elle.
Décrire ce que j’ai ressenti est de même nature qu’expliquer la différence entre savoir ce que fait un coup de couteau et se le prendre physiquement : l’indicible et l’horreur ne se racontent que lorsqu’ils ont été digérés. Pour l’heure, je n’ai pas encore la distance nécessaire pour cela et probablement, ne l’aurai-je jamais !
Silence, on torture...

Le pire ou le plus pervers (marques déposées par l’administration pénitentiaire), à l’issue de ces parloirs Hygiaphone, ce sont les fouilles à poil avant et après la visite, alors que je n’ai pas la possibilité durant celle-ci e vous toucher ou de simplement vous embrasser - c’est à hurler de rage et d’impuissance. Normalement, les cancrelats, les cloportes et autres vermines se cachent dans la frange, la pourriture, la merde et autres lieux tout aussi repoussants - en prison, ils se cachent derrière leurs uniformes et se protègent à l’ombre de l’inertie complice d’une justice acquise à leur cause de cette milice intra-muros. Un goût de ranci, millésimé 39-45, pétille de leur lâcheté réactionnaire. Dans de telles dispositions d’esprit, la Turquie et la Moldavie sont battues à plate couture au hit-parade de la honte !!!
Bref, les choses étant ce qu’elles sont, et bientôt pires la seconde description que je vais tenter d’entreprendre concerne l’extraction par les prisonniers de toute trace de rédemption, de pardon et autre compassion face à des être humains se rendant coupables de telles extractions.
Après avoir « visité » plusieurs quartiers d’isolement dans un turn-over issu du tourisme carcéral, en un tour de France et de Navarre - toujours contre mon gré et dans des conditions dignes du Moyen-âge-, je débarque à la prison de Luynes (Bouches-du-Rhône) un beau jour du mois de juin 2004. Quelques jours plus tard, tu te déplaces de Paris, soit plus de 800 kilomètres, pour une heure de visite dans un aquarium dans lequel toute vie a été gommée.
Quand j’arrive dans la cabine du parloir, tu te trouves là, essayant maladroitement de cacher ces larmes qui débordent de tes yeux... Je ne puis t’expliquer la violence de l’instant tant elle est dure à retranscrire, surtout lorsque tu me racontes la fouille humiliante de tous tes orifices corporels que tu viens de subir, à l’issue de laquelle, devant des matonnes hilares et trop contentes d’humilier un DPS [1], par maman interposée, tu as dû tourner sur toi-même, nue, bras levés, écarter les jambes et tousser.
J’ai bien cru devenir fou et tuer un de ces chiens bleu blanc rouge - mais tu as su me camer et me montrer que le combat était ailleurs. L’administration pénitentiaire, quant à elle s’est empressée de dépêcher sur place le top de sa milice intra-muros, les ERIS [2] - une vingtaine de matons cagoulés, avec tenue d’assaut, pistolet 9mm, fusil à pompe et matraque, cachés derrière des boucliers anti-émeute, venus pour me ramener dans ma cellule. Ce jour-là, ils ont cassé à coups de masse tout qui était scellé dans plusieurs cellules de l’isolement.
48 heures plus tard, ils ont réitéré sur toi une nouvelle fouille humiliante avant ton départ à Paris. Pour la première fois, c’est moi qui t’ai demandé de porter plainte. Je t’épargne les détails de ce que le ERIS m’ont fait ce jour-là ! Le lendemain, ils m’ont transféré du côté de Nice afin d’annihiler toute velléité revancharde de ma part contre ces fumiers.
Silence, on tourne... over !

La seule explication plausible à tant de sadisme, de perversité envers notre famille en général et contre Mounir mon frère et moi en particulier, c’est qu’elle n’a d’autre but officieux que de nous rendre fous et de faire exploser le lien familial, afin de circonscrire chez les proches, toute volonté de dénoncer les mauvais traitements subis - de cette façon, personne ne vient remettre en question cette perverse politique issue de l’intifada sécuritaire, menée de main de maître par tous les Sarko-trafiquants du gouvernement.
Manque de pot pour tous ces cafards, notre famille est indivisible - mieux, elle n’est qu’une seule et même entité. Quant à moi grâce à eux, je suis devenu en acier inoxydable, je fais fi de ces moments terribles que l’administration pénitentiaire m’a fait vivre à travers ces mauvais traitements quotidiens, cet isolement au cœur même de l’isolement, appelé dans d’autres pays d’Europe « isolement sonore » pour être précis - me coupant de toute vie, de tout contact humain, à l’image de ce pays de collabos, de réactionnaires et autres ordures dont certains sont affublées d’uniformes ou de toges. Ils voulaient me rendre haineux, je suis plus ouvert que jamais... Ils voulaient m’affaiblir, je suis plus fort que jamais... Ils voulaient me briser, je n’ai jamais été aussi souple de toute ma vie...
Pire est l’histoire, moins elle sert d’exemple, je n’attends rien de ces individus sadiques et prompts donneurs de leçons au reste du monde.
Silence, on pleure...

J’aurais pu te faire une description détaillée du quotidien d’un homme en quartier d’isolement, privé de tout, loin des siens, pire encore, coupé sensoriellement de ceux censés lui maintenir la tête hors de l’eau, après chaque plongeon de celle-ci dans la barbarie de la baignoire carcérale - bien au-delà de l’apnée quotidienne, jusqu’à la dilution définitive de tout ce qui fait d’une personne une entité sociable et confiante envers ses pairs - jusqu’à la noyade ultime de ce qui l’a construite.
Silence, on souffre...

Malgré tout ce que rit, et surtout au regard de ce que je ne t’ai pas écrit pour ne pas te faire souffrir davantage, je reste, ainsi que mon frère et Mounir, droit dans mes pompes, mes idées et mes sentiments.
Je t’embrasse très, très fort, en espérant avoir répondu en partie à ta question sur ma vision toute personnelle parce que vécue du maintien des liens familiaux intra-muros. En attendant, tu continues d’éclairer de ton courage et de ta ténacité l’opacité concentrationnaire de nos prisons... Je t’aime, à bientôt.

Ton fils Christophe


P.S. : Une pensée forte pour mon frère, Mounir, ainsi qu’à toutes les familles françaises de QIstes indignement traités. Vive nous !
Mais silence, on tue...

[1] DPS : Détenu Particulièrement Surveillé

[2] ERIS : Equipes Régionales d’Intervention et de Sécurité
Par Catherine - Publié dans : TEMOIGNAGE - Communauté : Fraternité a perpète
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Jeudi 1 décembre 2005

Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture
Jeudi 1 décembre 2005

APPEL URGENT
Pour une enquête prompte et impartiale
INTERVENIR AVANT LE 30 DECEMBRE 2005


Cyril Khider est en détention provisoire. Il est accusé d’avoir participé à la tentative d’évasion de son frère, lors de laquelle un surveillant a été blessé suite à un échange de coups de feu. Il a porté plainte à plusieurs reprises contre le personnel pénitentiaire pour des mauvais traitements qu’il aurait subi en détention. En vain.
Cyril Khider est en détention provisoire. Il est accusé d’avoir participé à la tentative d’évasion de son frère, lors de laquelle un surveillant a été blessé suite à un échange de coups de feu. Il a porté plainte à plusieurs reprises contre le personnel pénitentiaire pour des mauvais traitements qu’il aurait subi en détention. En vain.

Conformément à l’article 12 de la Convention contre la torture des Nations unies ratifiée par la France en 1986, les autorités compétentes doivent procéder immédiatement à une enquête impartiale chaque fois qu’il y a des motifs raisonnables de croire qu’un acte de torture a été commis.

Cette obligation vient d’être rappelée à la France par le Comité contre la torture des Nations unies, le vendredi 25 novembre dernier : « Le Comité continue d’être préoccupé par le système de l’opportunité des poursuites qui laisse aux procureurs de la République la possibilité de ne pas poursuivre les auteurs d’actes de torture et de mauvais traitements impliquant des agents de la force publique, ni même d’ordonner une enquête, ce qui est en contradiction évidente avec les dispositions de l’article 12 de la Convention. »

Après avoir été transféré onze fois en trois ans, Cyril Khider est actuellement emprisonné à la maison d’arrêt de ROUEN. Il est en détention provisoire depuis le 27 août 2001 pour avoir tenté de faire évader son frère. Au cours de cette tentative d’évasion, des coups de feu ont été échangés et un surveillant a été blessé.

L’ACAT-France a reçu le témoignage de Cyril Khider dans lequel il décrit, de façon très détaillée et cohérente, les brimades et les mauvais traitements dont il serait victime de la part du personnel pénitentiaire, depuis le début de son incarcération. Ces brimades seraient la conséquence directe des faits dont Cyril Khider est accusé.

Il a intenté des recours internes et s’est plaint à plusieurs reprises de mauvais traitements auprès de la direction des établissements qu’il a fréquentés, mais sans résultat.
Le 5 novembre 2004, Cyril Khider alors en détention au centre pénitentiaire de Fleury-Mérogis, a finalement porté plainte auprès du parquet d’Evry pour agression sexuelle commise par une personne abusant de l’autorité qui lui est conférée par ses fonctions. Les faits dont il accuse le personnel pénitentiaire, se seraient déroulés lors d’une fouille intégrale qui aurait mal tourné. Ils constitueraient une atteinte à la dignité humaine.

Sa plainte n’a été suivie d’aucune enquête ; le procureur a simplement écrit au directeur de Fleury-Mérogis et, suite à la réponse de ce dernier, a décidé un classement sans suite [1], sans pousser plus loin ses investigations.

Devant l’absence d’enquête du ministère public, Cyril Khider a de nouveau porté plainte avec constitution de partie civile auprès du Doyen des juges d’instruction du Tribunal de Grande Instance d’Evry. A ce jour, aucune enquête n’a été diligentée.

Une telle inertie face à des allégations aussi graves est inacceptable et contraire à l’article 12 de la convention contre la torture des Nations unies, que la France a ratifiée dès 1986 et qui mentionne clairement que tout Etat partie veille à ce que les autorités compétentes procèdent immédiatement à une enquête impartiale chaque fois qu’il y a des motifs raisonnables de croire qu’un acte de torture a été commis sur tout territoire sous sa juridiction. Une enquête aurait donc dû être diligentée suite à la plainte de Cyril Khider.

Pour remédier à cette situation, l’ACAT-France vous demande d’écrire au Doyen des juges d’instruction du Tribunal de Grande Instance d’Evry pour lui demander de procéder immédiatement à une enquête impartiale.

Il apparaît également nécessaire, et conforme à l’article 13 de la Convention contre la torture, de demander que des mesures soient prises pour assurer la sécurité de Cyril Khider contre tout mauvais traitement ou toute intimidation en raison de sa plainte.


Lettre à Monsieur le Doyen des juges d’instruction
du Tribunal de Grande Instance d’Evry


Monsieur le Doyen des juges d’instruction
du Tribunal de Grande Instance d’Evry
Rue Mazières
91000 EVRY

Copies à
Monsieur le Garde des Sceaux
Ministère de la Justice
8 place Vendôme
75008 Paris

Ci-joint une proposition de lettre, que vous pouvez adresser telle quelle, datée et signée sans oublier vos nom et adresse ou réécrite à votre manière, ou par fax.

Monsieur le Doyen des juges d’instruction
du Tribunal de Grande Instance d’Evry
Rue Mazières
91000 EVRY

A XXXX, le XXXX

Monsieur le Doyen,

Alerté(e) par l’ACAT-France, je suis très préoccupé(e) par la situation de Monsieur Cyril Khider actuellement détenu à Rouen.

Malgré la gravité des faits dont il prétend avoir été victime et les plaintes qu’il a déposées, aucune enquête n’a été diligentée.

Cette situation est contraire à l’article 12 de la Convention contre la Torture des Nations unies, que la France a ratifiée en 1986 : « Tout Etat partie veille à ce que les autorités compétentes procèdent immédiatement à une enquête impartiale chaque fois qu’il y a des motifs raisonnables de croire qu’un acte de torture a été commis sur tout territoire sous sa juridiction. »

Monsieur Cyril Khider vous a saisi le 15 juin 2005 par le biais d’une plainte avec constitution de partie civile. Je vous demande de mener une enquête impartiale dans les plus brefs délais afin que la lumière soit faite sur les faits allégués.

De plus, conformément à l’article 13 de la même convention, je vous demande de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité de Cyril Khider.

En vouss remerciant des suites que vous voudrez bien donner à ce courrier, je vous prie d’agréer, monsieur le Doyen, l’expression de ma haute considération.

L’ACAT-France est membre de la Commission nationale consultative des droits de l’homme auprès du Premier ministre, et de la Fédération internationale de l’ACAT (qui a statut consultatif auprès des Nations unies, du Conseil de l’Europe et de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples). Supplément au Courrier de l’ACAT. CP : 59174 ISNN 0519417. Impression ACAT. ACAT-France. 7, rue Georges-Lardennois. 75019 Paris - Site : www.acat.asso.fr

[1] Le ministère public décide de ne pas déclencher de poursuites pénales contre l’auteur
.
Par Catherine - Publié dans : APPEL POUR CYRIL - Communauté : Fraternité a perpète
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Vendredi 13 mai 2005

Quand tu sais que tu es en train de faire perpète, ce n’est pas simplement un jour après l’autre, non : chaque jour, tu fais perpète en entier, avec les souvenirs anticipant en plus tes souffrances à venir. Et cette solidification des heures, quand elles se cristallisent en une gelée vitreuse... Et la vie qui devient une maladie. C’est la plus terrible institution de notre époque que cette justice fatiguée de surenchérir sur le crime qu’elle prétend punir, ne crucifiant plus, ne brûlant plus et, même ne décapitant plus. Il n’y a plus ni fer, ni roue, ni gibet ni bûcher, ni rien. Ce qui remplace le tout, c’est le temps. La vie amputée du temps ! C’est ça, la prison : du temps infligé dans sa nudité. On ne tue pas, on laisse mourir.
Serge COUTEL

L’Envolée


Monsieur le juge,
Vous n’êtes pas sans savoir que je suis gravement malade. Je vous ai fait parvenir à différentes reprises, par le biais de mes avocats, des certificats médicaux attestant de la gravité de mon état ainsi que la nécessité de transfusions bimensuelles dont dépendait mon pronostic vital l’année dernière déjà. Quant à ma fille, c’est l’enfant la plus âgée encore en vie après une contamination mère - enfant par le VIH (Virus de l’Immunodéficience Humaine) d’après les associations et les hôpitaux.
Aujourd’hui encore, en ce mois de mai 2005, c’est de la chambre d’hôpital où je subis ma enième transfusion de plaquettes que je vous écris, une nouvelle fois, afin d’attirer votre attention sur les conditions de détention ultra-délétères que subissent mes enfants Cyril et Christophe Khider depuis pas mal de temps.
Leurs conditions de détention s’aggravent actuellement. La volonté de les briser psychologiquement s’exprime par les transferts incessants et les brimades quotidiennes dont ils font l’objet.
Ma belle-fille, les enfants de mes fils, ma fille et moi faisons les frais de cette volonté de détruire par le biais de trajets usants qui nous pompent tout notre budget et le peu d’énergie qui nous reste à ma fille et à moi.
Ces trajets imposés par la froide machine judiciaire et administrative précipitent le pronostic de morbidité lié à l’extrême fatigue et au stress permanent découlant de ce tourisme carcéral. Ils méritent le nom de torture, puisque le pronostic vital est engagé. Continuerez-vous à en être le complice muet, donc consentant ?
En fait, le but de cette lettre, outre de vous informer, c’est qu’elle soit versée au dossier afin d’être lue au procès d’assises de mes enfants, Cyril et Christophe, vu que je ne suis pas sûre de tenir la distance sur le plan physique compte tenu du rythme soutenu et stressant que vous m’imposez.
Un double sera envoyé à la CNDS en la personne de monsieur TRUCHE par le biais d’un parlementaire, plusieurs autres aux avocats ainsi qu’à différents médias dont le journal l’Envolée auquel je collabore, vu la confiance toute relative que j’ai en votre institution depuis que je la pratique régulièrement.
La pénitentiaire s’acharne sur Cyril. Elle lui fait payer avant le jugement légal la tentative d’évasion pour laquelle il est incarcéré depuis quatre ans, par des moyens divers et variés où l’humiliation et les pressions diverses sont l’axe d’un fonctionnement sadique au quotidien.
Faire craquer mon fils Cyril : la pénitentiaire a tout à y gagner pour tenter de justifier au procès le fait qu’un des surveillants ait tiré malgré les consignes très claires stipulées dans la circulaire de madame LEBRANCHU à tous les chefs d’établissements pénitentiaires. Cette circulaire précisait que dans l’éventualité du survol d’une prison par un hélicoptère dans le but d’aider à une évasion, il ne fallait absolument pas tirer sur l’appareil, à cause du réservoir de kérosène, je suppose.
Or, c’est le contraire qui s’est produit, comme l’attestent la balle reçue à deux centimètres du siège de la pilote, son témoignage, celui de mon fils Cyril et de plusieurs prisonniers, sur les quelques 250 environ, qui se trouvaient sous l’appareil à l’occasion de leur promenade quotidienne, soit autant de morts potentiels si l’hélicoptère était tombé. Un vrai carnage ! Personne n’a été entendu, pas même le moindre présumé innocent !
D’autre part, j’ai une cassette vidéo des différents journaux télévisés (dont celui de CANAL +) relatifs à cette tentative d’évasion. On peut y constater lors de la réunion des surveillants juste après la reddition de mon fils Christophe que les propos et le ton employés sont édifiants quant à l’ambiance générale durant cette prise d’otages. Lorsque les deux surveillants relâchés s’expriment à propos de Christophe, ils le font sans animosité en le nommant à chaque fois par son prénom, ce qui, vous en conviendrez, est extrêmement rare dans ce type de contexte où la violence est censée être maximale, hautement traumatisante, donc victimisante.
Ce qui m’amène à la réflexion suivante : comment se fait-il que ces « victimes » manifestent tant de considération pour leur supposé « Bourreau » qu’elles nomment par son prénom ? Pourtant, dans le cadre d’un statut victimaire comportant en filigrane les notions de réparation, de punition et de vengeance, elles devraient transparaître dans leurs propos par un ton beaucoup plus agressif comme dans nombre d’histoires similaires, beaucoup plus virulent, traduisant un lourd climat de peur et de tensions émotionnelles intenses.
J’estime que cette cassette devrait figurer au dossier de l’instruction comme premier élément à décharge, étayant les déclarations de mes fils et celles de divers témoins non entendus pour la majorité d’entre eux. Le souci d’impartialité et de recherche de la vérité est sûrement votre motivation principale.
En outre, les membres du jury populaire qui sera constitué lors de ce procès sont en droit d’avoir connaissance de toutes les pièces relatives à la compréhension du dossier. Ils pourront dès lors se faire une idée beaucoup plus précise de la personnalité et de la réelle motivation de mes enfants. Je ne puis accepter sans intervenir que la justice, aidée de la pénitentiaire, troquent l’histoire d’amour de ces deux frères, dont l’un vient sauver la vie de l’autre condamné à une peine d’élimination de 37 longues années, contre un profil de gangsters ultra organisés et sanguinaires agissant sans états d’âme.
Cyril n’a pas supporté de savoir Christophe réduit à vivre 37 ans dans 9m², 23h sur 24, sans aucune autre perspective ou proposition qu’une perfusion d’oubli.
C’est pourquoi je me bats depuis quatre ans pour que soit cité ce super flic du RAID qui est intervenu lors de la prise d’otages, négociant 17 heures durant avec mon fils Christophe, en tant que psychologue. Il serait susceptible de pouvoir en dresser un portrait beaucoup plus précis que celui d’un expert l’ayant rencontré moins d’une ½ heure en 10 ans.
A ce propos, nous avons pu constater l’extrême fragilité et le peu de fiabilité de certaines déclarations d’experts lors du très médiatique procès d’Outreau.
Puisque ces brigades d’élite sont paraît-il ce que la profession a de meilleur, pourquoi ne pas entendre ce monsieur qui m’a téléphoné à plusieurs reprises, dont deux fois à deux jours d’intervalle après la fin de la prise d’otages ?
Ce policier m’a obtenu un parloir de plus d’une heure et demie à l’issue de la reddition de mon fils alors qu’à peine transféré dans une nouvelle prison, il était censé aller tout droit au mitard pour une durée d’un minimum de 45 jours. Ce monsieur m’a rappelé le lendemain pour me demander si tout s’était bien passé pour mon garçon, me précisant qu’il était prêt à témoigner quant à sa personnalité. C’est une première dans les annales de ce type d’intervention. Il serait dommage que les jurés ne profitent pas de ce témoignage capital, tant pour Christophe que pour leur compréhension du dossier.
Qu’on n’objecte pas à cette demande un quelconque syndrome de Stockholm, parce qu’à mon avis, cela ferait de ce syndrome une véritable pandémie due au seul charisme de Christophe. Il convient alors de se poser les vraies questions quant à sa personnalité. Je vous ai du reste exposé une partie de ces éléments dans un précédent courrier, resté lettre morte.
Cela fait quatre ans également que je réclame les fameuses cassettes « égarées » par Antenne 2 et que vous avez fini par obtenir il y a peu.
Il a fallu que je harcèle mon avocat, maître Pierre Lumbroso, pour qu’il exige de faire verser au dossier, par un moyen ou un autre, la cassette d’un reportage sur l’INA diffusé par FR3 dans lequel était précisé que depuis les années cinquante, tout ce qui est diffusé à la télévision sans exception, même la plus insignifiante des émissions, est archivé et gardé, d’où l’impossibilité pour ces cassettes d’avoir disparu.
Quatre années que je subis les abus en tous genres, comme cette fouille à corps plus qu’humiliante, outrepassant le droit le plus élémentaire et le plus fondamental et pour laquelle une plainte a été déposée. Par deux fois, comme vous le savez, j’ai été extraite du rang de la file d’attente à la prison de Luynes où je me rendais pour la première fois en juillet dernier, pour être fouillée nue devant des boites aux lettres, pieds nus sur du béton, sans que la surveillante présente ne veuille me rendre mes tongs comme je le lui demandais.
Le plus horrible a été cette abominable inspection de pratiquement tous mes orifices. Pour les plus intimes, il m’a été demandé de tousser plusieurs fois en écartant les jambes et de tourner sur moi-même, nue, les bras levés.
Malheureusement pour moi, je n’avais pas d’autre choix que d’accepter si je voulais voir mon fils que je n’avais pas vu depuis quatre long mois faute de moyens.
Ceci n’a pas été sans me rappeler les exactions commises par cette américaine se délectant de la nudité des prisonniers musulmans, à la tristement célèbre prison d’Abou-Graïb.
Comment justifier de tels actes ? nous ne sommes pas en guerre, je ne suis pas mise en examen - et même dans cette éventualité, je ne pourrais pas accepter de tels agissements au 21ème siècle et aux portes de la grande Europe sociale qu’on nous vend depuis des mois, tous médias confondus.
Apparemment, mon seul délit est d’être la maman de deux fils délinquants, ce qui n’autorise pas la pénitentiaire, la police et la justice à user de la torture morale et physique n’ayant aucune justification plausible. Je vous rappelle que tout contact physique avec mon fils est rendu impossible par une mesure hygiaphone : un double vitre de plexiglas qui sépare mon enfant de ses visiteurs.
Quel objectif cherche-t-on à atteindre sinon une fracture psychologique de mes enfants en agissant de façon que la famille craque et abandonne à l’usure ?
Ca fait également des mois et des mois que Cyril demande à suivre des cours intra-muros puisque ceux qu’il avait commencé à prendre par correspondance ont du être abandonnés à cause des transferts incessants et de plus en plus éloignés, des cours qui disparaissent de son paquetage ou de son courrier. Tout ça l’a empêché de suivre cet enseignement.
Il a donc demandé au directeur de Fleury-Mérogis de prendre des cours par le biais du GENEPI intervenant en prison.
Tout est fait pour qu’il abandonne son projet en le changeant de cellule et d’étage au lieu de le mettre à celui de ceux qui étudient. Au contraire, alors que sa mesure d’isolement a été levée depuis décembre 2004, il est sans cesse placé dans des cellules grillagées qui valent à la France d’être régulière condamnée à de lourdes amendes par la Cour européenne.
En outre, j’aimerais que vous m’expliquiez pourquoi Cyril n’a pas toujours pas rencontré le psychologue qu’il a demandé à voir depuis des mois également.
Il a par ailleurs déposé une plainte avec l’aide de son avocate Delphine Boesel, suite à l’intervention musclée de surveillants masqués qui l’ont attrapé à plusieurs, pour ne pas dire à plus de dix, l’ont immobilisé, lui ont arraché ses vêtements et lui ont écarté les cuisses dans le seul but de l’humilier. Elle a été classée sans suite, mais une plainte avec constitution de partie civile a été déposée, ce genre de « débordements » étant de plus en plus utilisés pour briser l’individu. La pénitentiaire qui table sur le silence des concernés en raison de leur difficulté à parler librement de ce qui touche au dernier rempart de leur dignité - leur virilité - ne prend ainsi que peu de risques.
Comme Cyril refuse d’être la victime consentante de ce genre de pratiques, j’ai usé de trésors de diplomatie pour qu’il ne « pète pas les plombs ». Dans un acte de désespoir vengeur, il a décidé de briser le silence en portant plainte, même s’il ne se fait guère d’illusions quant au résultat.
Son avocate a réussi à faire sortir Cyril du quartier d’isolement où il se trouvait de façon arbitraire puisque la pénitentiaire n’avait pas respecté les délais prescrits par la circulaire NORJUSE9840065 du 14 décembre 1998.
A l’issue de cette décision, et avec votre accord, il a été transféré à la maison d’arrêt de la Santé où il n’est resté que quatre jours, pour être transféré de nouveau à Fleury sans autre motif « qu’il avait trop de prisonniers du même profil dans cet établissement ». Comme si la pénitentiaire et la justice ne connaissaient pas le nombre exact de détenus de profil identique qu’elles broient entre les hauts murs avant de le transférer.
Dans cette hypothèse, elles considèrent mon fils et beaucoup d’autres détenus comme de vulgaires paquets de linge, des sous-hommes, se mettant ainsi sur un pied d’égalité avec les célèbres prisons de Guantanamo et d’Abou-Gaïb déjà nommée.
Aujourd’hui, Cyril se trouve au quartier disciplinaire, au mitard, simplement parce qu’il n’a pas voulu changer de cellule une nouvelle fois pour les raisons suivantes :
A peine rentré du terrain de sport, en sueur, le directeur a demandé à le voir pour lui signifier qu’il devait immédiatement déménager une seconde fois de cellule en moins d’un mois, sans même prendre de douche, pour intégrer une cellule du premier étage grillagée semblable à celles du quartier d’isolement, prouvant une fois encore l’animosité de l’administration pénitentiaire à son égard.
Je vous rappelle que cette mesure d’isolement a été levée le 20 décembre dernier par le tribunal administratif. Donc, une fois encore, la loi ne s’applique pas à tout le monde de la même façon, et elle me semble souple et adaptable avec nombre de subtilités pour qui sait la manier et détient le pouvoir.
Lors du prétoire, après avoir prononcé une condamnation à 15 jours de cachot dont sept avec sursis, le directeur, en présence de l’avocate de Cyril, a précisé « avoir les moyens nécessaires pour le faire sortir du mitard » s’il s’y refusait à l’issue de ces huit jours de condamnation comme il a apparemment menacé de le faire dans le seul but d’être entendu.
Quand on sait que le cachot est la punition suprême, le chantage ultime, que va-t-il trouver pour punir Cyril cette fois-ci : un nouveau placement à l’isolement ?
Je me fais énormément de souci quant à l’issue de cette nouvelle mesure disciplinaire.
Il y a aussi ce nouveau transfert que vient de subir mon fils Christophe vers la prison de Perpignan, après deux mois à peine passés à celle de Moulins. Et avant, il y a eu celles de Grasse, Luynes, Lyon, Strasbourg et toutes celles de l’Ile de France, toujours dans des conditions extrêmes. Or, il est aisé de constater que Christophe qui est un calme n’a aucun rapport d’incident en détention, sauf pour refus de se baisser et tousser en montrant son postérieur.
Ce qui prouve une fois encore l’acharnement vengeur des institutions face à une tentative d’évasion. Vouloir s’extraire d’un tombeau mortuaire ou d’une situation aliénante vous classe en tête de liste sur l’échelle des valeurs liées à la dangerosité des individus incarcérés, loin devant les tuteurs en série et autres violeurs d’enfants.
Il n’y a aucun jugement moral ou de valeur, seulement le froid et implacable constat d’une maman qui s’interroge sur l’avenir (carcéral) de ses enfants.
Christophe ne voit plus sa fille depuis plus de trois ans. Quant à Cyril, il a dû au début de sa jeune paternité refuser que sa fille vienne le voir dans les bras de sa mère au parloir, parce qu’elle ne pesait que 960 grammes à sa naissance. Les transports en commun jusqu’à Rouen auraient présenté un trop grand risque de contamination pour une grande prématurée.
En outre, il avait dû faire trois mois de mitard (limité à 45 jours par la loi), soit Noël, le jour de l’an, et son anniversaire, pour se faire entendre et obtenir son transfert sur la région parisienne afin de voir sa fille sans la mettre en danger, ce que les institutions n’ont pas su faire malgré leurs discours vertueux sur le maintien du lien familial.
Donc, cette soit disant volonté, tant judiciaire que pénitentiaire, de privilégier les liens familiaux ainsi qu’une éventuelle réinsertion n’est que de la poudre de perlimpinpin distribuée aux médias comme un anxiolytique de masse destiné à endormir la conscience d’un public susceptible de se poser des questions.
Tant que des individus seront privés du droit à la dignité, brimés, assujettis ou torturés, qu’ils seront enfermés leur vie durant sans comprendre le sens d’une telle peine, dépossédés du moindre espoir ; ils fabriqueront dans leurs têtes des milliers de grappins et autres hélicoptères pour s’extraire de l’inexorabilité mortifière de leur situation carcérale.
Personne ne peut espérer garder des moutons dans des constructions prévues pour y enfermer des loups. Dans des conditions de détention aussi concentrationnaires, seul l’esprit de meute s’amplifiera malgré la volonté de séparation qui sous-tend cette politique ultra sécuritaire. Cette situation hautement délétère est le terreau de rebellions largement justifiées.
En envoyant Christophe à quelques mille kilomètres de sa famille dont les deux membres les plus importants à ses yeux sont malades, a-t-on un autre but que celui d’essayer de la faire également craquer ?
Il ne voit plus sa fille à cause de ses conditions de détention et d’isolement exceptionnelles, notamment la mesure hygiaphone - digne d’un autre temps où la barbarie était la règle. Elles le coupent à jamais du monde des vivants de façon délibérée, dans le seul but de servir l’actuelle politique qui distille la peur et l’humiliation à des fins d’exemplarité pour pérenniser son avènement, son pouvoir et sa toute-puissance.
Votre fonction vous impose l’impartialité et vous engage à prendre en compte tous les éléments utiles pour faire la lumière tant sur les faits que sur sa personnalité de mes enfants.
D’avance, je vous remercie et vous prie d’agréer, monsieur le juge, l’expression de mes salutations distinguées. »

Veuillez agréer l’expression de mes salutations distinguées.

Par Catherine - Publié dans : APPEL POUR CYRIL - Communauté : Fraternité a perpète
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