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Vendredi 16 mai 2008

Il paraît qu'écrire sa vie sur un blog est indécent, voire vulgaire. Je dis faux. C'est de la Net-analyse, moins chère qu'un psy qui garderait mon ombre et mon Oedipe planqués sous son divan...

Tout le monde m'appelle Catherine. Ce n'est pas mon vrai prénom. C'est celui de ma petite soeur décédée en 1973. Mon prénom à moi c'est Claude. Je m'appelle Claude Charles-Catherine avec un trait d'union. Je suis née buleuse et en colère couleur désastre le 11 septembre 1953 à Paris 14 ème, d'une mère bourguignonne née à Pommard et d'un Père martiniquais né à Gros Morne. Petite métisse stase née d'un excès lacté et d'un cancer du cacao, j'ai la couleur du lait, la force et l'intensité du chocolat.

Semblable, perverse, délurée, masochiste, refoulée, inféconde, violée, demandeuse, incréée, démunie, désespérante, désespérée, enfermée et maintenue des années, dans la liste non exhaustive de mes états boulets. Une plaque d'égo sur mon âme, ma vie s'est étiolée, rétrécie, effondrée sur mon petit moi.

A ce rythme, je n'm'approche guère des étoiles...

Je m'étais dit qu'un jour, si j'arrivais à sortir de la drogue, cigarette comprise, de la maladie en général, du sida en particulier, je viendrais partager mon expérience avec d'autres.

Avec l'envie de vivre et de guérir chevillée au corps, j'ai décidé d'explorer toutes les voies, au sens noble du terme, pour recouvrer mes forces, mes choix et la santé. Conviction profonde et absolue qu'au fond de soi, chacun possède le pouvoir de se guérir ou, à défaut, d'aller mieux.

Des années d'abstinence plus tard, en décryptant mon mode d'emploi je l'ai compris. Je me suis pardonnée. J'ai innocenté mes présomptions. J'ai ressuscité mon moi et l'ai « dé corrompu » de ses imperfections. Puis, je me suis aimée. J'ai libéré de ses barrages le torrent de mon coeur. Je l'ai laissé couler à nouveau, émerveillée de me savoir vivante et offerte à l'amour.

Je ne parle pas de cet amour qui enchaîne à l'autre. Non. Je parle de celui qui change la réalité apparente des choses en quelque chose de magique et qui donne une saveur toute particulière et nouvelle à la vie.

Alors que je commençais à ne plus y croire et que la culpabilité disputait au désespoir la paternité de ma souffrance, je l'ai cueilli au coeur de mes moroses et de mes épines de mère. Ces fleurs de fraternité ont poussé dans les endroits les plus inattendus. Parfois même, au fin fond d'une immonde prison, dans les entrailles de laquelle l'un de mes garçons se faisait torturer ou dans un bled au fin fond du Vercors, de l'Afrique ou d'ailleurs. Partout où je m'y attendais le moins et même sur internet où pensées virtuelles et roses androïdes m'ont été offertes parfois par brassées.
Ces rencontres ont été déterminantes pour la plupart. Pour les meilleures d'entre elles, il m'a fallu ouvrir grand mes yeux, mon coeur et mon esprit et regarder la vie au delà de mes murs. Je les ai débusquées derrière un regard, un sourire, un acte d'amour ou de fraternité. D'humanité tout simplement...

Elles m'ont aidée à déverrouiller mes possibilités et à trouver une issue à ma douleur. J'ai ressuscité mes envies, sorti mon libre arbitre de ses filets, donné du relief à mes choix et viré mes : parce que et mes : pourquoi moi ?

Petite luciole poussée par mes vents contraires j'ai arrêté de virevolter autour de la lumière, elle qui me tamisait et surtout m'éteignait. La souffrance m'a donné le choix entre me battre et abdiquer. J'ai fait le tri et j'ai choisi la vie...

Mais, pour mieux comprendre mon parcours, un petit retour en arrière s'impose, là où commencent mes souvenirs...

Hôpital silence, blouse blanche et secret...Ma mère est entrée dans le bureau du docteur psychiatre après m'avoir demandé de l'attendre sagement dans cet horrible couloir...J'ai le coeur au bord des lèvres...Odeur d'éther et ventre serré. Je vous en prie madame, asseyez vous...Chuchotements couperet... « ca rac té rielle », votre fille est « caractérielle ». J'ai tout entendu. Je ne sais pas ce que ça veut dire vraiment mais, j'ai compris que c'est une maladie.

Avec ce seul mot, Le docteur vient d'enfermer dans son « fourre tout » médical mes peurs, mes angoisses, mon anxiété de petite fille. Occultée l'ambiance à la maison d'une violence inouïe. Tout ça parce que j'ai refusé de faire ses tests à la con. Il m'a demandé de dessiner un arbre. Moi, je dessine très bien j'ai pris mon temps pour reproduire à l'identique le vieux pommier, du verger de mon grand père, tordu et nervuré. Mais, je n'allais pas assez vite à son goût. Il a ensuite voulu qu je mettre des cubes l'un sur l'autre suivant leur face et je ne sais quoi d'autre d'affligeant pour mesurer mon intelligence.

Ensuite, il m'a demandé si j'avais déjà eu des rapports sexuels. Je ne savais même pas ce que ça veut dire, ou si je jouais avec des garçons. Non j'ai répondu je me bats avec eux quand ils embêtent mon petit frère. Puis, il a fait le tour de son bureau et m'a demandé de baisser ma culotte aux pieds de ma chaise. Il a glissé sa main entre mes cuisses, au bord des lèvres, doucement, furtivement, du bout des doigts, sans forcer. Il m'a demandé de ne rien dire à ma mère avec des mots de docteur, comme un secret d'initié qui n'intéressait pas les adultes et encore moins les parents. En clair, il m'a saoulée et je l'ai détesté d'emblée. Je ne suis pas folle ok ? Je manque juste de concentration et j'ai une sensibilité exacerbée. Je m'ennuie en classe tout me semble trop lent. Je suis une hyperactive avec des collisions de pensées incessantes qui me perturbent . j'ai droit à deux bureaux et quatre cases au fond de la classe dans lesquelles je ne retrouve jamais rien. Je bouge tout le temps. Je suis une « zenophobe » probablement... Pour faire mes devoirs correctement il me faudrait du calme à la maison. Or, chez nous la météo familiale est complètement déboussolée. C'est un jour soleil, un jour nuage, pluie de coups et tonnerre de voix. Et même si derrière les cris de mon père brille l'amour de ma mère, impossible d'apprendre une leçon. La terreur règne en maître à la maison.

J'ai une dizaine d'années. Gros temps dans mon coeur. Les gourous institutionnels l'ont décidé. Je suis malade... Je dois prendre des cachets...

En classe, pas de concentration, je suis ailleurs. Avec ma mère pour la plupart du temps. J'ai peur qu'elle ait mal. Que mon père lui fasse mal. Je n'apprends rien à l'école. Tant et si bien qu'elle a décidé de me placer chez les soeurs, avec la mienne... Nous ne rentrons que le week end à la maison. Pour une fois, je ne suis pas mécontente de quitter la prison familiale. Debout sur mes rêves je guette mon destin.

Plage de douceur... Odeur de cire... encens d'église...Catherine s'est évanouie deux fois à la messe... exode de la mémoire... Dentelle des souvenirs... Psy tes cachets font foi...

Lorsque nous sommes sages, soeur Marie Dolorès nous permet de lire « La vie des saints » avant de dormir. J'adore lire. Chut...Je ne dois pas employer ce verbe, les soeurs disent qu'il n'y a que Dieu que l'on doit adorer...L'histoire de la vie des saints me fait pleurer. Pas des larmes de peine. Non. des larmes de coeur, c'est pas pareil. J'aime cette sensation. Je la crée, je l'invente même. D'ailleurs, pour la retrouver je chante souvent des chansons tristes dans une langue inconnue. Elles «métallisent » mes pensées d'un composite acier qui me renforce tout en me faisant vibrer. Elles sortent de mes tripes, me bercent, m'apaisent et me font voyager. Née du bonheur d'être triste une vague mélancolique déferle de mes yeux dés que je les entonne. Elles s'envolent dans ma voix et ne m'impriment pas. Mes racines parlent au désespoir qui étouffe mon enfance. Blues d'école de la vie. J'y dérive comme un morceau de banquise au soleil. ...

Je trouve les saints merveilleux. Eux aussi font du bien à ma tristesse. Plus tard, comme métier je veux faire sainte. Pas religieuse, non, c'est toujours pareil et je déteste leurs vêtements. Je veux être sainte. Sainte Thérèse d'Avilla, sainte Bernadette ou Saint François d'Assise, mon préféré.

Catéchisme ! Soeur Raphaël m'appelle depuis cinq minutes déjà pour son cours. Elle passe et repasse devant ma cachette. Dans mon placard je ne bouge pas, je ne respire pas non plus. Je ne veux pas qu'elle me voie. Je sais que c'est péché mais je ne veux pas y aller. Tant pis ! Je ferais un « notre père » et un « Avé » et puis aussi un dessin du paradis avec Adam et Eve, je lui avais promis.

Samedi à la confesse, je n'en dirais rien au curé car, même si il ne dit rien à Dieu, à elle, il va le répéter. J'aime trop soeur Raphaël, je ne veux pas lui faire de peine. De toute façon, ça changera pas grand chose, J'invente les 3/4 de mes péchés. Les vrais sont creux, insipides, identiques : Colère, jalousie, gourmandise. Ils me font honte, ils m'ennuient aussi. Dieu ne m'en voudra pas, il sait lui aussi que je suis malade d'ailleurs il a du le savoir bien avant les médecins. Pour soeur Raphaël il le saura aussi. Il le sait sûrement déjà puisqu'il sait tout. Il y a plein d'autres choses que je ne dit pas aux soeurs ni au curé. Par exemple, elles ne savent pas que j'adore le diable, enfin, mon père... J'ai pourtant très peur de l'enfer. Pas celui de chez moi. Non. L'autre, celui d'après. Mais je ne peux pas leur dire ça elles ne comprendraient pas... Je prie matin et soir pour ma famille, pour que nous soyons tous réunis au paradis. Paraît qu'il n'y pas assez de place dans le caveau familial. Pour remercier les soeurs c'est avant les repas que je prie. Je sais que Dieu n'est que bonté et le curé aussi... il ne me touche que les genoux...

Il était une fois...Une marchande de foi...qui vendait de la foi...dans la ville de foi...Vite... Mon Dieu... j'ai le très grand regret...le péché vous déplait...ferme résolution... ne plus vous offenser...faire pénitence. .. Ainsi soit il.

La maîtresse ne m'aime pas. Elle m'a refusé le mot « Albatros » au jeu du baccalauréat en cours de français. Elle a dit que j'inventais des mots, que ça n'existe pas. Elle a donné le point à sa chouchou. Je m'en fous elle est nulle, elle ne connaît rien, pas même les oiseaux...


Slam:"Couleur Métisse" par Catherine.

Par Catherine - Publié dans : ECRITURE - Communauté : Oeil alarme ou larme à l'oeil
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